L’importance de la mobilisation citoyenne pour faire contrepoids à la légèreté politique

Par André Bélisle, porte-parole de l’AQLPA

Nous voici au lendemain du Sommet de Paris 20015 sur le climat, COP 21, le vingt et unième sommet international visant une action planétaire pour faire face au réchauffement climatique qui bouleverse le climat partout sur la planète.

Quand on parle de bouleversements climatiques, on peut d’abord considérer les canicules, les sécheresses, les inondations, les tempêtes de toutes saisons, les écarts de température brusques et inhabituels. On peut fort bien constater aussi un réchauffement de la température la nuit, moment où normalement la chaleur du jour devrait se dissiper dans l’espace, mais qui au contraire reste emprisonné en basse altitude sous la couche de gaz enveloppant maintenant la planète.

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Regard sur l’Accord de Paris sur le climat

Par Alain Brunel, directeur climat énergie AQLPA

Un Accord juridiquement contraignant

La présidence française a contourné l’obstacle de la contrainte juridique de l’Accord en recourant à une habile distinction. Le document mis en ligne par le secrétariat de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) le samedi 12 décembre 2015, comporte deux parties. La première partie est un relevé de décisions de la Conférence des Parties (la COP21 de Paris) à la Convention. Ces décisions engagent les Parties à la Conférence des Parties mais ne nécessitent pas de ratification des gouvernements pour entrer en vigueur. Cette partie décisionnaire comporte néanmoins plusieurs précisions importantes pour opérationnaliser l’Accord sur lesquelles nous reviendrons.

La seconde partie, présentée comme une annexe, constitue l’Accord au sens strict. C’est lui que les États devront ratifier pour faire en sorte que l’Accord entre en vigueur. Elle est présentée comme une annexe car il s’agit d’une annexe à la CCNUCC qui, à partir du moment où elle entre en vigueur, fait intégralement partie de la Convention.

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Choc de titans à la COP21 pour un accord ambitieux

Par Alain Brunel, directeur climat énergie AQLPA, Paris le 11 décembre 2015

La sortie d’une nouvelle version de l’accord de Paris hier soir à 21h25 a donné lieu à une nuit de très dures négociations. Il est d’avis largement partagé que cette dernière version d’accord présentait pourtant un bon équilibre entre les différents enjeux que sont les objectifs à long terme, l’atténuation, l’adaptation, la finance, les pertes et préjudices, les moyens de vérification et les institutions à mettre en place pour engager le monde dans la nouvelle direction requise par la science. Certains aspects du brouillon, notamment ceux portant sur son degré d’ambition (s’efforcer de limiter la hausse à 1,5°C, décarbonation, révision avant 2020 des contributions, prix carbone) ont pourtant donné lieu à des critiques en règle de certains pays comme l’Arabie Saoudite, le Venezuela ou la Russie qui veulent préserver leur économie basée sur les énergies fossiles ou comme l’Inde qui veut pouvoir continuer à utiliser son charbon pour son développement.

Face au bloc de ceux qui agissent pour un accord a minima ici à Paris, une Coalition des ambitions élevées s’est forgée au cours des derniers mois et dont l’existence a été révélée cette semaine. René Audet en parlait dans un précédent billet. Or, on apprenait aujourd’hui qu’après le Canada cette semaine (!), c’est le Brésil qui a rejoint la Coalition, avec le Chili, l’Islande, les Seychelles et les Philippines. Au cours d’une conférence de presse très courue, le président de cette Coalition, Tony deBrum, des îles Marshall, flanquée de plusieurs ministres dont de l’Allemagne, de la Norvège et de la représentante de l’Union européenne, a souligné que cette Coalition se battrait toute une nouvelle nuit s’il le fallait pour préserver le plus haut niveau d’ambition possible à ce projet d’accord. Cette coalition de plus de 100 pays, donc représentant plus de la moitié des pays de l’Organisation des nations unies, a ceci d’étonnant qu’elle regroupe des pays développés et en voie de développement. Elle se positionne au-delà des clivages habituels qui se manifestent au sein des Nations unies. Cette coalition sera peut-être circonstancielle et limitée à la COP21 de Paris. Ou probablement pas. Mais elle semble bien avoir réussi à faire bouger les lignes de camps depuis longtemps engoncés dans leurs tranchées idéologiques et leurs postures de négociation. Affaire à suivre…

De Rio à Paris : une chronologie des négociations climatiques

René Audet de l’ Institut des sciences de l’environnement, membre de la délégation AQLPA à la COP21

Paris le 11 décembre 2015

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Ce vendredi, suite à une nuit de travail des délégations, les négociations se déroulent derrières des portes closes, en rencontres bilatérales ou en petits groupes de décideurs stratégiquement sélectionnés. Le Président de la COP Laurent Fabius a annoncé tôt ce matin qu’une nouvelle version du texte de l’accord serait présentée demain, samedi. C’est donc dire que les délégués non gouvernementaux (comme moi) et les journalistes sont contraints d’errer dans le centre de conférence…

Profitons-en pour faire œuvre utile! Mon projet d’aujourd’hui est de remettre l’éventuel Accord de Paris dans le contexte des négociations climatiques lancées en 1992 avec l’adoption par le Sommet de la Terre de RIO de la Convention-cadre des nations unies sur le changement climatique (CCNUCC). Il existe entre cette convention, le Protocole de Kyoto et la COP21 une continuité qu’il n’est pas si facile de saisir. Ce billet – avec le schéma qui l’accompagne – permettra de mieux comprendre l’enchainement des évènements ayant mené au projet actuel d’accord.

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Vers un arrimage du REDD+ aux forêts du Québec?

Par Simon Côté, Coordonnateur d’Arbre Évolution et membre de la délégation de l’AQLPA à la COP21, Paris le 11 décembre 2015

Depuis le début de la conférence de Paris, mon travail de couverture du protocole de l’ONU sur la Réduction des Émissions liées à la Déforestation et la Dégradation des forêts (REDD+) m’a fait réalisé que de multiples enjeux polarisaient un débat virulent entre les promoteurs politiques de la séquestration forestière du carbone et les milieux les plus actifs de la société civile. Ces frictions ont sans aucun doute comme point central le caractère vertical et autoritaire de l’implantation des projets REDD+ dans plusieurs pays du sud. Cependant, les responsables onusiens semblent réellement préoccupés par cet enjeu et tentent de rallier les parties grâce notamment à l’instauration de mesures de surveillance impliquant activement les ONG nationales et internationales dans un système crédible de vérification des projets REDD+.

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Mécanisme de développement propre (MDP) En quête d’un nouveau modèle

Par Philippe Bélisle, consultant en communication, membre de la délégation AQLPA à la COP 21 – Paris le 10 décembre 2015

Le Mécanisme de développement propre (MDP) devait être l’outil majeur de la « finance verte » du Protocole de Kyoto. 10 ans après son lancement, le système de transfert technologique et de crédit carbone est sur le respirateur artificiel, miné par l’effondrement du prix du carbone, la corruption et le laxisme de l’ONU.

Lorsque le Protocole de Kyoto a instauré des dispositifs de marché comme le Mécanisme de développement propre (MDP), l’idée était qu’il en coûterait moins cher de réduire les émissions dans les pays en développement que dans les pays industrialisés. Le MDP visait à donc à accélérer la mise en œuvre de technologies vertes dans les pays du Sud grâce à des investissements des pays du Nord.

Aujourd’hui, les règles sont toujours les mêmes : une entreprise ou un gouvernement d’un pays développé investit dans un projet de réduction de GES dans un pays en développement. En échange des réductions obtenues, l’investisseur a droit à des crédits appelés Unités de réduction d’émissions certifiées (UREC). Chaque UREC équivaut à une tonne de dioxyde de carbone (CO2). L’entreprise peut alors vendre ces UREC sur le marché du carbone ou les déduire de ses propres obligations internationales de réduction de GES. Elle se trouve à avoir « délocalisé » ses réductions de GES à moindre coût.

Depuis 10 ans, près de 8000 projets ont généré des investissements de plus de 150 milliards de dollars canadiens. Les entreprises ont récolté 1,6 milliard de crédits (UREC), soit  1,6 milliard de tonnes de CO2 évitées. Cela peut paraître important, mais c’est peu lorsqu’on considère que la Chine émet à elle seule  10 milliards de tonnes de CO2 par année.

Depuis la crise financière de 2008, le système s’est presque totalement effondré, le prix du carbone étant passé de plus de $ 30 CAD la tonne à moins de $ 1 CAD cette année sur les marchés où le MDP peut opérer.

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Séquestration carbone : entre opportunités et menaces

Par Simon Côté, Coordonnateur de Arbre Évolution et membre de la délégation de l’AQLPA à la COP21, Paris le 9 décembre 2015

Dans mon dernier billet, je mentionnais que l’arrimage des nombreuses réalités socio-économiques et culturelles du processus d’implantation de la REDD+ (Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation) était extrêmement ardu. En fait, il paraît impossible. Lors d’un atelier donné par le No REDD in Africa Network dans le cadre du Sommet Citoyen de Montreuil, plusieurs éléments de réflexions ont été soulevés. L’ensemble des panellistes, tous des acteurs locaux au Mozambique, en Ouganda, au Kenya et en Équateur, a unanimement dénoncé l’attaque colonialiste que représente pour eux l’implantation de la REDD+ par le Forest Carbon Partnership Facilities (FCPF) et la Banque Mondiale et les risques évidents de dépossession forestière pour les communautés locales.

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Les coalitions de la COP21 et la nouvelle dynamique des négociations climatiques

René Audet, Institut des sciences de l’environnement, membre de la délégation AQLPA à la COP21

Paris le 8 décembre 2015

Les conférences sur le climat sont toujours marquées par l’affrontement de coalitions de pays, parfois de leur convergence, et parfois même de leur émergence. À Cancun en 2010, le « Dialogue de Carthagène » avait joué un rôle central dans le dénouement des négociations (Voir : http://www.blogueaqlpa.com/2010/11/30/le-dialogue-de-carthagene-vers-une-coalition-des-bonnes-volontes/#more-715). Essentiellement composé des pays de l’Union européenne et de la coalition des petits États Insulaires (AOSIS), cette coalition avait fait contrepoids à une autre coalition, le « Groupe parapluie » qui représentait le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, le Kazakhstan, l’Urkraine, les États-Unis et l’Islande (Voir : http://www.blogueaqlpa.com/2010/12/01/le-japon-le-groupe-parapluie-et-la-lutte-contre-le-protocole-de-kyoto/#more-724) et qui constituait peut-être la frange des pays les moins ambitieux à l’égard de la lutte contre le changement climatique.

On pourra donc s’étonner de l’émergence d’un nouveau groupe ayant déclaré son existence dans les derniers jours : le Groupe des ambitions élevées. À l’instar du Dialogue de Carthagène de naguère, cette nouvelle alliance réunit des forces provenant de plusieurs autres coalitions de négociation : des pays africains, des Caraïbes et du Pacifique, mais aussi les membres de l’Union européenne et les États-Unis. Selon un article paru récemment dans le Guardian, le Groupe des ambitions élevées s’est formé en secret, il y a environ six mois, à la faveur d’autres rencontres internationales. Selon le même article, le niveau d’ambition auquel le groupe réfère porte sur quatre enjeux importants de la COP21 :

L’accord doit être légalement contraignant;

  • Il doit contenir un objectif à long terme à la hauteur des recommandations de la communauté scientifique;
  • Il doit contenir une « clause cliquet » (Ratchet clause dans le langage des négociations) qui consistera à assurer une évaluation des engagements des pays à chaque cinq ans, dans le but de les renforcer si nécessaire;
  • Il doit donner lieu à la création d’un mécanisme de suivi des progrès en matière de réduction des émissions pour tous les pays.

Ce sont là des enjeux importants dont il faudra suivre la matérialisation dans l’Accord de Paris. Mais au delà de l’importance de ces enjeux, c’est l’existence même de cette coalition qui est captivante : la dynamique des alliances dans les négociations climatiques a changé au cour des derniers mois.

Ceci est-il dû à une plus grande conscience du problème des changements climatiques dans la classe politique? Est-ce grâce à l’habile présidence française de la COP et à la vision de la Secrétaire générale de la Convention cadre des nations unies sur les changements climatiques, Christiana Figueres? Faut-il expliquer la nouvelle dynamique par des changements au sein de certains gouvernements, comme au Canada? À quel point la volonté du Président Obama de laisser un héritage constructif en cette fin de mandat joue-t-elle?

Ces questions restent ouvertes, mais on peut supposer que c’est la conjonction de tout cela qui rend la dynamique si intéressante. Lors de la plénière du « Comité de Paris » tenue hier soir, on pouvait sentir l’optimiste parmi les délégations. La nouvelle version du texte qui sera distribuée aujourd’hui permettra déjà d’évaluer la réelle portée de cette dynamique.

Au delà des cibles, où allons-nous?

René Audet, Institut des sciences de l’environnement, membre de la délégation AQLPA à la COP21

Paris le 8 décembre 2015

Après une première semaine de négociation, le Président de la Conférence climatique de Paris (COP21), Laurent Fabius, a rendu public ce samedi une nouvelle version du texte de l’Accord qui doit être signé à Paris. Peut-on trouver une meilleure manière d’arriver à la COP que d’attaquer tout de suite la lecture de ces 48 pages remplies de parenthèses, de crochets, d’alinéas, de notes de bas de page et autres symboles de l’énorme travail qui reste à faire?

Au cours de cette deuxième semaine de COP, j’essaierai de démystifier les enjeux de négociation, les mots qui les traduisent et les forces qui les défendent. Je me concentre ici sur les trois premiers articles (en gros, les 8 premières pages) du texte sobrement intitulé « Ébauche de l’Accord de Paris ». Je procède à partir de trois notions qui y sont énoncées et qui, à s’y intéresser attentivement, permettent de comprendre la direction générale que les négociations poursuivent. Ces trois notions sont « l’accès équitable au développement durable », les INDC (Intended Nationally Determined Contribution) et la transformation. Ces trois notions, à mon avis, permettent d’entrevoir vers où pourraient mener un accord à Paris, au delà de la question des cibles concrètes de réduction et de l’objectif du 2 degrés.

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Forêts, carbone et climat : le dispositif REDD +

Par Simon Côté, Coordonnateur de Arbre Évolution et membre de la délégation de l’AQLPA à la COP21, Paris le 7 décembre 2015

Ça y est, l’équipe d’Arbre-Évolution est en sol parisien afin de prendre part aux événements de la Conférence cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) dite COP21 de Paris. Nous sommes très heureux de participer à cette ébullition politique et sociale. L’esprit de collaboration et de partenariat dans lequel nous accomplirons cette mission européenne pour le climat, notamment avec l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) et le Collectif de la Société Civile Québécoise regroupant plus de 25 organisations, est, à notre avis, ce qui représente le mieux nos objectifs pour la COP21. Cet esprit de synergie est également l’élément fondateur qui représente à nos yeux la meilleure façon de bâtir ensemble la société de demain.

En tant que coordonnateur de cette belle organisation de reboisement socio-environnemental qu’est Arbre-Évolution, j’aurai la tâche de couvrir le processus de la REDD+ (Réduction des Émissions liées à la Déforestation et la Dégradation des forêts), un volet des négociations de la COP21 qui démontre de grandes ambitions pour la gestion des stocks de carbone forestier à travers le globe.

Parlons REDD+

D’entrée de jeu, signalons que la REDD+ est un protocole d’entente ayant déjà été ratifié par 47 pays dont 18 en Afrique, 18 en Amérique centrale et 11 en Asie. Ces nations du « sud » seront appelées à devenir les principaux acteurs de l’enjeu de la lutte contre la déforestation et la dégradation des forêts qui occupe à lui seul jusqu’à 20% des émissions totales de GES de la planète selon le Forest Carbon Partnership Facilities (FCPF), organe administratif de la REDD+[1].

La structure actuelle de ce protocole permet à des pays en voie de développement de souscrire à un fond de mise en œuvre, le « Readiness Fund », afin d’enclencher un processus d’évaluation, d’inventorisation et éventuellement de protection des stocks de carbone contenu dans les forêts nationales. Les capitaux du « Readiness Fund » sont principalement  fournis par les pays du nord comme l’Allemagne, la Norvège, l’Angleterre et…le Canada !

En effet, le Canada a contribué à une hauteur de 40 millions de dollars en 2011[2] afin de participer à l’effort collectif des pays dits développés pour soutenir des solutions forestières à la lutte aux changements climatique dans les pays dits défavorisés (REDD+). Par solutions forestières, la REDD+ entend davantage les aspects de conservation et d’aménagement durable que de reboisement. [3]

Lorsqu’un pays souscrit à la REDD+ et demande par conséquent l’aide du « Readiness Fund », il doit d’abord développer une très complexe analyse de ses stocks de carbone forestier tout en intégrant les doléances des secteurs de l’industrie privée (forestières, minières, etc…) et ceux des communautés citoyennes et des peuples autochtones. Arrimer de façon juste l’éventail des nombreuses réalités socio-économiques et culturelles afin d’appliquer des mesures concrètes de protection du carbone forestier est une tâche extrêmement ardue. Et c’est ce qui explique en parti que depuis l’entrée en vigueur de la REDD+ en 2007, seuls quatre pays ont réussi à faire une percée sur des marchés de carbone bilatéraux et vendre des crédits. [4]

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