Québec, Kyoto : la magie des chiffres et des mots

Québec, Kyoto; la magie des chiffres et des mots

Par André Bélisle, président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA)

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Photo : © Mario Jean / MADOC

Par delà les mots envolés depuis longtemps et les chiffres qui ont rapidement fondu, dans l’incontournable et urgente lutte au réchauffement planétaire, il n’en demeure pas moins que depuis 1997 le gouvernement du Québec a pris trois engagements formels qu’il a pour ainsi dire perdus de vue.

Nous proposons ici un rappel de la situation en reprenant les propres mots du gouvernement du Québec.

  1. « En mai 2001 le projet de Loi modifiant la Loi sur la qualité de l’environnement a été élaboré par le ministère de l’environnement afin de permettre le recours à des instruments économiques et à des mécanismes de marché qui permettent d’atteindre les objectifs du Protocole de Kyoto. » – Extrait d’un document intitulé « L’État d’avancement de la mise en œuvre du Plan d’action québécois 2000-2002 sur les changements climatiques ».
  2. « C’est le temps d’agir. » Voila le leitmotiv qui guide l’action du gouvernement du Québec et la participation des citoyennes et des citoyens ainsi que des chefs d’entreprise face au défi mondial que représente la réduction des gaz à effet de serre. […] Ce plan d’action interpelle l’ensemble de la société québécoise et repose sur l’engagement des différents secteurs de l’économie. C’est le temps d’agir. -  Paul Bégin, Ministre de l’Environnement et Jacques Brassard, Ministre des Ressources naturelles. Tiré du Plan d’action québécois 2000-2002 sur les changements climatiques, Mots des ministres, page 5.
  3. Le 5 décembre 2007 l’Assemblée Nationale a déclaré à l’unanimité (décret 1074-2007) « Que le gouvernement du Québec adhère aux principes et aux objectifs du Protocole de Kyoto à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et s’y déclare lié… », objectifs qui visaient pour le Canada à réduire, dès l’année 2008, de 6 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport à 1990 et à maintenir ce plafond jusqu’en 2012.
  4. Le Québec s’est par la suite engagé formellement par décrets, les 18 novembre 2009 et le 23 mai 2012 (décrets 1187-2009 et 518-2012) à réduire ses émissions de GES de 20% par rapport à 1990 au cours de la période  2013-2020. 

À trois occasions, un plan d’action devait assurer l’atteinte de ces objectifs. C’est à ce niveau qu’une dérive commence. D’abord une bonne partie des mesures parmi les plus importantes prévues au plan 2000-2002 n’ont jamais été mises en œuvre. Le PIEVA, Programme d’inspection et d’entretien des véhicules automobiles (légers), en est un exemple révélateur. Ensuite le plan d’action 2006-2012 ne débuta qu’en 2010 et il ne contenait pas les mesures nécessaires pour assurer l’atteinte des objectifs.

Maintenant, quand le Québec annonce une réduction de 6,8% en 2012 par rapport à ses émissions de 1990, on peut, bien sûr, considérer que c’est une bonne nouvelle d’avoir finalement obtenu un bilan relativement positif mais cela ne coïncide aucunement avec son engagement « d’adhérer aux principes et aux objectifs du Protocole de Kyoto » maintes fois répété publiquement et dans les médias.

Depuis quelque temps, on proclame avec enthousiasme que nous avons atteint notre objectif de réduction de 6% pour 2012. Dans les faits cet objectif ne se retrouve ni identifié ni confirmé nulle part dans quelque loi ou décret que ce soit, on peut donc considérer cette déclaration comme une dérive de relation publique dans un discours adaptable au gré des besoins, puisque cela n’a jamais été un engagement formel ni légal. Il y a donc là un flou politiquement bien utile peut-être, mais une telle attitude est à la limite de la fausse représentation et induit la population du Québec en erreur.

Heureusement, le ministre David Heurtel, dans son communiqué du 3 juillet 2014 sur le bilan 2012-2013 du Plan d’action sur les changements climatiques faisait preuve de transparence en termes de reddition de comptes. Monsieur Heurtel déclara clairement que pour bien comprendre, il fallait aussi inclure d’autres facteurs que le Plan d’action 2006-2012 pour expliquer la réduction de 6,8%. « En 2006, lorsque nous avons lancé le Plan d’action 2006-2012 sur les changements climatiques, nous avons démontré notre volonté ferme de contribuer au défi planétaire qu’est la lutte contre les changements climatiques. Les données de l’inventaire du fédéral indiquent que nous avons réduit nos émissions de 6,8% sous le niveau de 1990 en 2012. Si plusieurs facteurs peuvent expliquer cette diminution, les mesures du Plan d’action en font certainement partie. »

Dans ces conditions, on doit retenir que le Québec a raté l’objectif de Kyoto, c’est-à-dire une réduction de 6% dès 2008 et maintenue jusqu’en 2012, n’ayant atteint qu’un hypothétique -6,8% en 2012, soit une réduction applicable seulement une année sur cinq de la période visée dans l’objectif de Kyoto (2008-2012). Il n’existe d’ailleurs à ce jour aucun bilan déterminant la part des réductions d’émissions attribuable au Plan d’action 2006-2012 sur les changements climatiques versus celles en provenance des fermetures d’usines comme celles de la raffinerie Shell à Montréal en 2012 ou dans le secteur de la foresterie ou encore du ralentissement économique de 2008 à 2010.

Le Commissaire au développement durable du Québec mentionnait dans son rapport de 2012 que « l’atteinte de l’objectif de 6% pour une année déterminée peut résulter d’un événement fortuit ou d’une conjoncture exceptionnelle et notait « des lacunes de gestion importantes » dans l’évaluation de la performance et la reddition de comptes du Plan d’action 2006-2012 alors que « l’atteinte de l’objectif de réduction de 6% des émissions de GES requiert un système précis d’évaluation ». De plus, dans un souci de transparence, il prenait soin de rappeler dans son rapport que l’atteinte d’une réduction de 6% en 2012 ne correspond pas aux objectifs de Kyoto.

Pour atteindre ses objectifs de réduction d’émissions dans le cadre du Protocole de Kyoto, les émissions annuelles du Québec devaient passer de 84,54 Mt à 79,47 Mt dès 2008 et rester à ce niveau (ou plus bas) jusqu’en 2012, si, bien entendu, le Québec comptait réellement honorer ses engagements et ses nombreuses déclarations publiques à cet effet au fil des années… Les émissions au-delà du plafond annuel de 79,47 Mt pour les années 2008 à 2012 doivent être prises en compte, car elles se sont accumulées dans l’atmosphère. Le total des émissions en trop au Québec par rapport à l’objectif canadien dans le cadre du Protocole de Kyoto (années 2008 à 2012) serait donc de 5,32 millions de tonnes (si le bilan 2012 clamé actuellement se confirme, ce que nous ne saurons vraisemblablement qu’au printemps 2015 au moment de la diffusion du prochain inventaire des GES du Québec).

Surplus des émissions de GES du Québec de 2008 à 2012 en fonction du véritable objectif de Kyoto 

À partir des données de l’Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre en 2011 et leur évolution depuis 1990 (rapport daté de mai 2014, publié en juin 2014), nous avons calculé les surplus d’émissions GES au Québec en fonction de l’objectif de Kyoto :

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Réduction de 20% des émissions de gaz à effet de serre en 2020 : Besoin d’une mise au point

Pour ce qui est de l’objectif de réduction de 20% en 2020, la récente Commission sur les enjeux énergétiques du Québec (Lanoue-Mousseau) estime qu’en l’absence de nouveaux moyens draconiens pour réduire les émissions, cet objectif légal ne sera pas atteint.

Rappelons que des projets annoncés récemment risquent de faire augmenter de près de 20% les émissions québécoises de GES d’ici 2020 : la cimenterie de Port-Daniel, l’usine d’engrais IFFCO, l’éventuelle exploitation de pétrole et de gaz de schiste, le raffinage du pétrole des sables bitumineux à Montréal et Lévis. Signalons également que pendant ce temps, le parc automobile, qui comprend 4 500 000 véhicules légers, continuera d’augmenter en moyenne de 100 000 véhicules par année, lui qui est de plus le plus important contributeur au bilan des GES.

Ajoutons aux points précédents que le troisième plan d’action sur les changements climatiques, celui de la période 2013-2020, a été lancé par le gouvernement libéral en 2012 et n’identifiait qu’un tiers des mesures nécessaires pour atteindre l’objectif pour 2020 et n’a toujours pas été amélioré depuis.

Face à ce qui ressemble, depuis l’an 2000, à un exercice de relations publiques visant à faire bien paraître le Québec, nous déplorons grandement la dérive entre les paroles et le battage médiatique vantant la détermination du gouvernement dans la lutte au réchauffement planétaire par rapport aux objectifs déclarés et aux résultats réellement obtenus en termes de réduction de GES. Dans un esprit de transparence et de respect pour la société québécoise, il faudra établir clairement le niveau de réduction réellement obtenu par le plan d’action pour connaitre la base départ du plan d’action 2013-2020.

Une véritable réduction des GES est la seule issue responsable

Dans la lutte aux changements climatiques, actuellement le plus important défi environnemental de l’humanité, l’interprétation créative des chiffres et les déclarations nébuleuses ne sont d’aucun secours. Une véritable réduction des GES est la seule issue. Les pirouettes politiques ne sont pas inoffensives. Elles auront d’importantes répercussions sur les citoyennes et citoyens d’ici et d’ailleurs, elles ont déjà des répercussions tragiques. Le temps perdu à jouer sur les mots et les chiffres magiques fait que nous avons pris un retard important sur nos responsabilités face aux générations futures.

Bref, le Québec n’a pas vraiment de quoi se péter les bretelles et il doit agir bien plus résolument.

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Climat et énergie : le Québec à l’heure de vérité

Par Alain Brunel, directeur climat énergie, Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA)

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Source image : www.monclimatmasante.qc.ca (INSPQ)

Pendant que la planète Apple buzz à ses nouveaux gadgets, la planète Terre a une fièvre qui continue d’augmenter sans médecine pour la résorber. Deux récents rapports de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et de PricewaterhouseCooper (PwC) tirent de nouvelles sonnettes d’alarme sur les enjeux climatiques et énergétiques actuels. L’heure de vérité sonne aussi à Québec. À la veille des grandes manifestations et du sommet de New York sur le climat et du dépôt officiel du projet d’oléoduc Énergie Est à l’Office national de l’énergie, les contradictions s’empilent sur le bureau du premier ministre du Québec entre les actions nécessaires pour atténuer les dérèglements climatiques et les intérêts économiques de la pétro-finance.

Soulignons que l’OMM relève, entre 2012 et 2013, le plus fort taux annuel d’augmentation du dioxyde de carbone (CO2) depuis 1984. L’OMM mentionne que « des données préliminaires laissent supposer que cela pourrait être dû à la réduction des quantités de CO2 absorbées par la biosphère terrestre alors que les émissions de ce gaz continuent de croître. » Le méthane (CH4), deuxième gaz à effet de serre en importance, 86 fois plus réchauffant que le CO2 sur une période de 20 ans, a atteint un nouveau pic en 2013 « en raison de l’accroissement des émissions anthropiques. Après une période de stabilisation, la teneur de l’atmosphère en méthane augmente de nouveau depuis 2007. » Inquiétant.

Océans en péril

Au-delà des nombreux phénomènes climatiques extrêmes et records de chaleur survenus en 2013 (dont 51°C au Pakistan !), l’OMM attire l’attention dans son rapport sur le rôle majeur des océans dans le système climatique. Ayant absorbé le quart des émissions mondiales de CO2 depuis le début de l’ère industrielle, ils sont devenus 30% plus acide. Les coraux, crustacés et ptéropodes, en souffrent déjà. Les ptéropodes sont à la base de la pyramide alimentaire des océans. La vie marine est menacée d’effondrement…

Un objectif insuffisant?

La température planétaire moyenne a augmenté de moins de 1 degré Celsius depuis le début de l’ère industrielle et les effets sont déjà majeurs. L’objectif partagé par la communauté internationale est de limiter le réchauffement moyen global à 2°C d’ici 2100. Mais plusieurs scientifiques, dont le renommé James Hansen, estiment que cet objectif, davantage politique que scientifique, est insuffisant pour « stabiliser les concentrations des gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique », ce qui est « l’objectif ultime » de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques.

Or, la tendance actuelle nous mène vers un réchauffement moyen de 4°C d’ici 2100…

Budget carbone épuisé dans 20 ans!

Pour atteindre l’objectif d’un réchauffement limité à deux degrés d’ici la fin du siècle, le rapport de PwC dit qu’il faudrait décarboner l’économie mondiale à un rythme 5 fois plus rapide que celui de 2013, soit – 6,2% par an jusqu’en 2100. L’intensité carbonique, c’est-à-dire la quantité de carbone émise par million de dollars de production, a quand même globalement décru de – 1,2% en 2013. Mais au rythme actuel, selon les calculs de PwC, le budget carbone total alloué pour limiter le réchauffement à 2 °C sera épuisé en 2034, dans moins de 20 ans…

La somme des engagements internationaux de réduction des GES actuellement sur la table donne une trajectoire aboutissant à 3°C, donc encore loin du compte. Le problème, c’est que plusieurs pays, dont le Canada, ne réalisent pas leurs objectifs annoncés de réduction des GES. D’où en fait une évolution vers un réchauffement de 4°C.

Lueurs d’espoir

Deux lueurs d’espoir sont néanmoins soulignées par le rapport de PwC. Pour la première fois, le groupe des pays émergents, dit E7, décarbone son économie plus vite que le groupe des pays du G7. Deuxièmement, ce phénomène s’appuie sur une croissance très rapide des énergies renouvelables, dont certaines (solaire et éolienne) deviennent compétitives avec les énergies fossiles. Ceci pave la voie à une accélération de leur déploiement sur toute la planète.

Le Canada hors champ

Dans ce portrait, le Canada est hors champ. Un dinosaure à la botte du complexe pétro-financier. S’il a réussi à réduire son intensité carbonique de 2,5% en 2013, grâce notamment à la fermeture des centrales au charbon en Ontario, il ratera son objectif auto proclamé de réduction absolue de 17% des émissions de CO2eq en 2020 par rapport à 2005, en raison essentiellement des sables bitumineux. La production du pétrole bitumineux était de 1,9 millions de barils par jour en 2012. Elle doublerait à 3,8 mb/j en 2022 et augmenterait jusqu’à 5 mb/j en 2030.

L’institut Pembina a calculé que les émissions anticipées de GES des sables bitumineux en 2022 équivaudraient à ajouter plus de 22 millions de voitures sur les routes chaque année. La production envisagée en 2030 ajouterait 94 millions de tonnes de CO2éq annuellement par rapport au total émis en 2012. Ce volume supplémentaire est 20% plus important que les émissions totales de GES du Québec en 2012.

Autrement dit, pour compenser la seule croissance des émissions de GES du pétrole bitumineux prévue en 2030 par rapport à celles de 2012, il faudrait retrancher la totalité des émissions québécoises de 2012, plus 20%!

Le grand écart de Québec

On voit bien que le développement envisagé des sables bitumineux est incompatible avec les exigences de réduction radicale des GES requise par la science. Une réduction qui doit se faire dans le monde entier. Le gouvernement du Québec voudrait bien en même temps diminuer ses GES et profiter de la manne pétrolière. C’est un grand écart impossible à tenir. ­L’oléoduc Énergie Est, s’il était réalisé, entraînerait à lui seul une augmentation des émissions de GES des sables bitumineux de 30 à 32 millions de tonnes par an. Cela représente 40% des émissions québécoises de 2012.

Québec a beau se targuer d’être écouté lorsque son gouvernement se prononce à l’Office national de l’énergie, les émissions de GES que l’oléoduc entraînera en amont et en aval sont un sujet qui a été expressément exclu de ses travaux…

TransCanada voit juste. Grâce à la grande sagesse de la constitution canadienne que nous n’avons pas signée, les vraies affaires : oléoducs, mais aussi rails, aéroports, ports, voies navigables, entre autres, se décident à Ottawa. Quant aux investissements, l’individu « pétromane », la bouche pleine d’argent, pourra toujours se consoler ainsi d’avoir, dans un climat en folie, des cadavres de bélugas plein les bras…

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Méthane : la méga bombe climatique est-elle amorcée?

Par Alain Brunel, directeur climat-énergie, Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA)

Ce texte a été publié dans les pages du journal Le Devoir, le 7 août 2014

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Photo : Thinkstock

L’article d’Alexandre Shields dans le Devoir du 1er août sur le constat scientifique d’un dégazage de méthane dans l’océan Arctique donne froid dans le dos car il indique que nous sommes probablement aux portes du scénario climatique du pire que pire. Les tendances actuelles des évolutions des gaz à effet de serre nous placent déjà sur la trajectoire d’une augmentation moyenne de 3 à 5 degrés Celsius d’ici la fin du siècle. Or ces scénarios du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ne tiennent même pas compte des émissions potentielles de la fonte du pergélisol ou du dégazage des hydrates de méthane des fonds marins dont il est difficile d’envisager l’ampleur en l’absence de connaissances fines sur le phénomène. (more…)

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Quelle stratégie de réduction des gaz à effet de serre dans le transport routier au Québec?

Par Alain Brunel, directeur climat-énergie, AQLPA

Le nouveau gouvernement de Philippe Couillard prend au sérieux, apparemment, la question des changements climatiques. Le nouveau nom du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) en est un indice. Le gouvernement Libéral majoritaire dispose d’ailleurs des marges de manœuvre nécessaires pour engager des politiques rigoureuses de réduction des gaz à effet de serre (GES) afin d’atteindre l’objectif de moins 20% d’ici 2020 par rapport au niveau de référence de 1990. Les décisions à l’égard du sort des hydrocarbures en sol québécois détermineront toutefois si le gouvernement est sincère dans sa volonté de réduire les GES à hauteur de l’urgence écologique soulignée par les experts du climat. Rappelons que le dernier rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) annonce qu’il faut viser zéro émission de GES dans la deuxième moitié du siècle si nous voulons limiter la hausse moyenne de température au seuil critique de 2 degrés Celsius. Il faut donc clairement sortir de l’ère du pétrole.

Quoiqu’il en soit à cet égard, cibler le secteur des transports restera incontournable dans toute stratégie de réduction des GES au Québec. Quelque 42,5% des émissions de GES du Québec proviennent du secteur des transports, dont 33% du transport routier, lequel produit à lui seul des émissions équivalentes à celles de tout le secteur industriel. Au 1er janvier 2015, les distributeurs de produits pétroliers seront soumis aux enchères de la bourse du carbone. Cela va renchérir le coût du litre de quelques sous chaque année et inciter à des changements de comportement. Mais le gouvernement peut faire beaucoup plus pour accélérer le mouvement.  (more…)

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Le point sur le potentiel de réchauffement du méthane

Par Alain Brunel, directeur climat-énergie, AQLPA

Une confusion certaine entoure la notion de potentiel de réchauffement planétaire (PRP) du méthane et de ses valeurs qui ont augmenté dans le temps. Même l’AQLPA s’est laissé abuser par les incohérences des chiffres qu’on trouve dans le rapport du comité sur l’Évaluation environnementale stratégique (ÉES) du gaz de schiste rendu public le 17 février dernier. Après contre-vérification, nous pouvons maintenant affirmer que la synthèse de l’ÉES évoque une valeur de potentiel de réchauffement qui remonte à 2001, tandis que la recherche effectuée par le CIRAIG pour évaluer la contribution du gaz de schiste au bilan des gaz à effet de serre du Québec se base sur une valeur de 2007! Rappelons que le PRP du méthane a été rehaussé de manière significative dans le rapport 2013 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, (GIEC) si bien qu’au final l’ÉES sous-estime fortement les émissions de gaz à effet de serre associées à l’exploitation du gaz de schiste. L’AQLPA a d’ailleurs publiquement demandé un rectificatif au rapport de l’ÉES et que les calculs soient refaits avec les valeurs actualisées.

Faire le point sur le sujet s’impose car le potentiel de réchauffement planétaire est l’un des facteurs clé, avec les émissions fugitives, du rôle trop sous-estimé du méthane dans les changements climatiques. Mais avant tout un rappel : le gaz naturel, conventionnel ou de schiste, est essentiellement composé de méthane (CH4). Pour évaluer la contribution du méthane au bilan global des gaz à effet de serre, l’ÉES recourt à la méthode de conversion traditionnelle en équivalent dioxyde de carbone (eCO2) qui consiste à comparer les conséquences sur l’effet de serre d’un volume donné de méthane, à celles qu’aurait le même volume de CO2, sur une certaine période de temps. Cela se traduit par l’attribution d’une valeur représentant un potentiel de réchauffement planétaire, rapporté à celui du dioxyde de carbone, le plus important d’entre tous. Ce PRP, (aussi appelé potentiel de réchauffement global calqué sur l’anglais), représente donc une donnée fondamentale pour évaluer les impacts climatiques d’un gaz autre que le CO2. (more…)

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L’Isle Verte, Lac-Mégantic et la Terre-mère

Le feu déchaîné, la voie du chaos

Par Alain Brunel, directeur climat-énergie, Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA)

À L’Isle-Verte, le curé Frigon a demandé de chercher le sens de cette tragédie qui a frappé les anciens les plus fragiles. Une telle quête de sens s’inspire forcément de la sensibilité, de l’expérience et des dispositions de chacun. Je ne connaissais personne à la résidence de L’Isle-Verte. Mais je voudrais néanmoins tenter de répondre à cet appel en faisant un parallèle avec l’horreur de Lac-Mégantic, – où c’est surtout la jeunesse qui a été fauchée – et en remettant ces événements dans la perspective d’un autre feu qui couve avec la combustion croissante des énergies fossiles.

Tant à L’Isle-Verte qu’à Lac-Mégantic, le feu a pu se déchaîner par suite d’un laxisme législatif, réglementaire et organisationnel. Ici pas de gicleurs, – alors que leur efficacité est connue depuis des décennies – et là un train de pétrole mal identifié dans des wagons trop fragiles, abandonné sans surveillance sur une voie en pente qui aboutissait en plein centre-ville… Dans les deux cas, on peut parler de réglementations insuffisantes, de procédures inadéquates, de manque de moyens, et surtout d’une forme de déni de croire que le pire pouvait arriver. Un jour ou l’autre, le principe de réalité dessille les yeux des aveugles volontaires. (more…)

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Entre émissions et négociations – Bilan géoclimatique 2013

Par Alain Brunel, directeur climat énergie de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique

Ce texte a été publié dans le journal Le Devoir, édition du 28 décembre 2013 

A l’heure des nombreux bilans annuels, il en est un des plus graves qu’il ne faudrait surtout pas oublier : l’état du monde des émissions de gaz à effet de serre et des négociations visant à les juguler. Car sous nos yeux se dessine la « géoclimatique » d’un futur effrayant si nous continuons à faire des choix menant au chaos climatique et social. Et il ne reste que quelques années pour inverser à un coût raisonnable la tendance à la hausse des émissions de gaz à effet de serre (GES) qui accompagne l’exploitation et l’usage incontrôlés des combustibles fossiles.

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Photo : Agence France Presse / Ed Jones

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Le Canada gagne le prix Fossile du Non Accomplissement à vie à la conférence sur le climat de Varsovie

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VARSOVIE, Pologne – Le déshonneur du prix Fossile du Non Accomplissement a été décerné au Canada ce soir lors de la dernière journée officielle des négociations climatiques des Nations Unies. Créé dans la longue lignée des Prix fossile du jour et de l’année, le prix spécial a été donné pour pointer l’échec de longue date du gouvernement Harper à faire des contributions significatives aux pourparlers de l’ONU sur le climat. En lieu et place, le gouvernement Harper tente de bloquer et ralentir les progrès dans les négociations.

« En ayant remporté cinq ans de suite le prix du Fossile colossal – remis au pays qui a fait le plus de dommages aux pourparlers sur le climat – le Canada est dans une ligue à part pour son manque total de crédibilité en matière d’action climatique, » a déclaré Christian Holz, directeur général du Réseau action climat Canada. « L’inutilité du gouvernement Harper dans ce dossier a détérioré la position du Canada dans le monde, malgré le fait qu’une large majorité de Canadiennes et Canadiens veulent de l’action et du leadership sur les changements climatiques. » (more…)

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Climat trouble à Varsovie

Le Canada responsable de l’échec des négociations

Varsovie, 23 novembre 2013 – Les mines sont grises, comme le ciel, à la Conférence de Varsovie sur les changements climatiques. Malgré l’urgence d’un diagnostic scientifique implacable sur l’évolution du climat fourni par les experts du GIEC, la Conférence des Nations Unies débouche, à cette heure (Midi, heure de Varsovie), sur très peu de résultats concrets.

Seul un accord REDD+ (Réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts dans les pays en développement) a été adopté au moment de mettre sous presse. D’autres décisions sectorielles sur la finance et le mécanisme de « pertes et dommages » sont en voie d’être adoptés en plénière, mais ils pourraient bien être torpillés en raison des divergences de vue considérables entre les différents blocs.

Les pays du G77/Chine, présidés par la République des Fidji, et l’Inde, au nom du BASIC (Brésil, Afrique du Sud, Inde et Chine) ont exprimé de sérieuses réserves sur la 5e version du texte présentée par les présidents du Groupe de travail ad hoc sur la Plateforme de Durban. La plupart des pays en développement ont dénoncé l’absence d’une feuille de route et d’un échéancier clair dans le texte devant mener à un accord en 2015. (more…)

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CdP-19 : la société civile est déçue

Par Aida Ahmadi, membre de la délégation AQLPA à Varsovie 

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Il faut préciser d’entrée de jeu  que le Sommet sur le charbon se tient exactement au même moment que la CdP19, où les pays se réunissent dans le but de négocier des cibles ambitieuses, et au moment où des grands émetteurs prennent des initiatives pour abandonner ou diminuer le nombre de nouvelles centrales au charbon. Un exemple éloquent est celui du gouvernement de l’Ontario qui a annoncé il y a deux jours que sa province est maintenant libre de charbon, ce qui a réjoui les Canadiens. Cependant, en publicisant le charbon, le gouvernement polonais a non seulement affaibli la position de l’UE, il a aussi montré son manque de respect envers l’ensemble du processus de négociations. La société civile a manifesté son désaccord devant le Ministère de l’Économie polonais(1).

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