Éviter un autre «La Haye»

Frank Loy, négociateur en chef des États-Unis à La Haye, qui se faisait entarter en 2000
Dans l’histoire des Conférences sur le climat, la COP6 de La Haye, tenue en 2000, représente sans doute le plus grand échec diplomatique. C’est d’ailleurs à la suite de cet échec que les États-Unis se sont retirés du Protocole de Kyoto.
En 2000 comme en 2009, le GIEC revoyait à la hausse les prévisions de réchauffement et imposait ainsi une plus grande pression sur les négociateurs. À La Haye, cela eu l’effet d’augmenter l’écart entre les positions plus progressistes et plus conservatrices, ce qui contribua à la débâcle. On peut se demander si les alertes répétitives lancées par le GIEC cette année auront enfin un effet positif sur les négociations.
Dans un contexte où la complexité de ce type de négociations est considérable, les ressources diplomatiques des pays sont mises à rude épreuve. Ceci est particulièrement vrai pour certains pays en développement qui ne sont représentés à Genève que par un ou deux diplomates qui doivent suivre les activités de plusieurs organisations internationales. Le réflexe, devant l’incompréhension des enjeux, est donc souvent de rester sur ses positions. Et d’autant plus si ces pays sont rarement consultés au cours d’un processus qui, devant la nécessité des “résultats”, contourne trop facilement certaines règles de transparence et de participation propres aux conférences de l’ONU. Il apparaît toutefois aujourd’hui que les pays en développement sont mieux organisés qu’à l’époque et que leurs stratégies de négociation collective ont évolués, ce qui pourrait aider à Copenhague.
La Haye avait aussi permis de constater la distance qui séparait les positions des États-Unis et de l’Europe. À l’époque, les enjeux de discorde concernaient surtout les mécanismes de marché (échange d’émission de carbone, mise en œuvre conjointe, etc.) et le calcul des puits de carbone dans les bilans d’émission. Ces enjeux refont évidemment surface à Copenhague, notamment en ce qui concerne les puits de carbone dans les pays en développement, mais l’enjeu principal de la COP15 est plutôt comparable à celui de la COP3 de Kyoto: le compromis sur les cibles à atteinte pour la période 2012-2020. C’est dans les conférences ultérieures que sera ficelé les autres aspects de l’entente. Ici aussi la distance entre l’Europe et les États-Unis demeure grande, mais parions que les européens se montrerons moins sévères envers Barak Obama qu’envers l’administration de G. W. Bush qui s’annonçait en 2000.
À Copenhague, on attend aussi de la Chine et des autres pays émergents une certaine forme d’effort pour le contrôle de leurs émissions. Cela ne peut que pousser les États-Unis vers une cible plus ambitieuse et, en même temps, adoucir la diplomatie européenne. Quant au Canada et au Groupe Parapluie, vais-je étonner en disant qu’ils ne représentent pas de grands leaders, ni dans l’histoire de la diplomatie sur le climat, ni dans la situation actuelle?
Si les chances de voir un échec à Copenhague sont loin d’être nulles, la situation actuelle est très différente et, pour certains aspects, plus positive.
- Pour plus d’infos sur l’échec de la COP6, voir le no.2, vol 77, du magazine International Affairs.

Dossier spécial Durban 2011 – CdP17
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