«Draft» incertain et réthorique de grandeur

Connie Hedegaard, Ministre danoise du climat et de l'énergie
Aujourd’hui, vendredi le 11 décembre, la Présidente de la COP15, Connie Hedegaard, a mis fin aux séances plénières de la matinée en offrant aux délégués un texte de compromis et de synthèse (un draft, dans le jargon) concernant les ajustements qui pourraient s’appliquer a la Convention Cadre des Nations-Unies sur le changement climatique (adoptée à Rio en 1992 et qui a pavé la voie au Protocole de Kyoto).
Ce document, encore chaud, doit être analysé davantage, mais il ressort déjà qu’au delà des rappels de décisions prises à Rio (1992), à Kyoto (1997) et à Bali (2007), on y trouve surtout des “braquettes” (de l’anglais brackets – des passages mis entre parentheses sur lesquels il n’y a pas d’accord formel, ou qui visent a faire apparaître différentes hypothèses de négociation).
Même le but de la nouvelle Convention semble incertain: le document suggère de limiter le réchauffement à 2˚C ou à 1,5˚C par rapport à la période pré-industrielle. Les différentes perspectives pour les cibles des pays développés vont de 75% à 95% d’ici 2050 (par rapport à 1990) avec des cibles intermédiaires de 25% à 45% pour 2020. Les réductions, toutefois, devraient aussi être assumées par les pays en développement puisque l’objectif collectif du nouveau traité serait de réduire les GES de 50% à 95% d’ici 2050, puis de continuer à les réduire par la suite.
Deux enjeux majeurs
C’est justement là un enjeu majeur de la COP15: trouver l’équilibre entre des cibles ambitieuses et tenant compte des responsabilités historiques pour le Nord, et des cibles moins ambitieuses mais néanmoins existantes pour le Sud. L’autre grand enjeu de la conférence concerne le financement pour l’adaptation et l’aide aux pays en développement pour verdir leur économie, qui a déjà donné lieu a certains affrontements cette semaine.
Les questions des puits de carbones et des mécanismes de marché (échange d’émission, mécanisme de développement propre, etc.) sont aussi abordées avec amplement de «braquettes».
Malgré le flou artistique (permettons-nous d’accorder aux diplomates certaines capacités créatives…), le texte de ce vendredi fut l’objet d’une série de commentaires enthousiastes de la part des officiers de la Convention ainsi que de certains diplomates et politiciens, le Premier Ministre Anglais Gordon Brown parlant même de l’approche d’un «moment historique».
Or, peut-être y a t-il là un début de convergence ou, du moins, de direction. C’est bien souvent de direction et de leadership qu’il manque dans les négociations internationales difficiles, comme le montrent les expériences non seulement du protocole de Kyoto, mais aussi du Cycle de Doha à l’OMC. Si le présent texte n’évite pas délibérément les enjeux d’intérêt des pays en développement, et si on donne à ceux-ci la possibilité de participer aux négociations, il pourrait constituer un programme intéressant préparant la venue des chefs d’État la semaine prochaine. Le texte, d’ailleurs, fait suite à une proposition (et en reprend certains éléments) d’un groupe de pays en développement, l’Association des petits États insulaires (AOSIS).
Enfin, la principale qualité de ce texte est sans doute d’exister…

Dossier spécial Durban 2011 – CdP17
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