La nouvelle Présidence crée des remous

Les délégués du Bénin, hier à la Conférence sur le climat de Copenhague. (Photo: AP)
Encore une fois, aujourd’hui, on constate une certaine confusion dans les négociations de la COP15 à Copenhague. Fatigue excessive, ruses diplomatiques, jeux de procédures et faiblesse du leadership: nous avons là un cocktail dangereux qui met en danger les résultats attendus pour le renouvellement de la réglementation climatique internationale.
Suite au retard accumulé au cours des confrontations entre les différents camps, la reprise des négociations hier a nécessité que des séances se prolongent jusqu’au petit matin. Le comité sur le renouvellement de la CCNUCC, qui a seulement commencé ses travaux vers 4h30 am, a vu sa séance se prolonger sur près de trois heures après que les États-Unis aient pris d’assaut plusieurs articles du texte en cours de négociation dans le but de l’affaiblir considérablement en englobant de « brakets » de nouveaux passages, voire des pages au complet. En réaction, d’autres pays ont tenu à faire connaître leur avis sur d’autres passages insatisfaisants et ont tenté d’en modifier le langage.
Il est donc difficile de dire si le texte de ce matin est plus ou moins avancé par rapport à celui d’hier, mais il a sans doute le mérite de refléter les positions des parties qui le travaillent depuis la définition du Mandat de Bali. Il demeure l’option la plus légitime pour continuer les négociations.
2 grandes surprises
Or, la plénière de ce midi nous réservait quelques surprises. Tout d’abord, le Secrétaire général de la CCNUCC, Yvo de Boer, a annoncé la démission de la Présidente de la COP15, Mme Connie Hedegaard. Cette démission s’explique par la volonté du Premier Ministre Danois, M. Rasmussen, de présider lui-même les dernières journées de la COP. Les règles de la CCNUCC prévoient en effet que la présidence de la COP reviens toujours au pays hôte, et il semble que ce changement de garde était prévu.
Dans un contexte où plusieurs chefs d’État étaient présents dans la salle en prévision de leurs déclarations officielles, c’est toutefois la première action du Président Rasmussen qui a le plus choqué les représentants de plusieurs délégations, dont le Brésil, la Chine et l’Inde qui ont mené une riposte sans merci au nom du G77.
Nouveau texte sorti de nul part
Juste avant la fin de la plénière qui précédait la séance de discours des chefs d’État, il fut annoncé que la présidence allait soumettre un nouveau texte de sa propre initiative qui deviendrait la nouvelle base des négociations. La nuit blanche des diplomates devenait subitement une perte de temps. C’est donc lors de la séance plus protocolaire qui suivait que des pays ont apporté des points d’ordre auquel le nouveau président devait obligatoirement répondre.
Le Brésil a d’abord questionné la présidence sur le statut des deux textes en concurrence, avant que la Chine ne prenne le relai pour attaquer la présidence de front: «la situation est grave et cela affecte la confiance entre les parties et le pays hôte. La situation n’est pas transparente et il y aura des conséquences [...] la proposition de la présidence représente un manque de respect et nous nous y opposons».
Après une réponse maladroite du Président Rasmussen qui dévalorisait les «procédures et toujours les procédures», la Chine a repris le micro pour affirmer «qu’il ne s’agit pas seulement de procédures et toujours de procédures, c’est une question de respect pour les 192 parties. Nous avions un processus qui émanait des parties. On ne peut présenter un texte qui vient du ciel, comme ça. [...] Si le Président veut présenter un nouveau texte à cette étape, c’est une obstruction au processus et cela remet en cause un résultat positif à la COP15».
Il fallait voir le malaise d’un Président en sueur et les allers-retours du Secrétaire général entre son siège et l’oreille du nouveau venu, devant la contestation d’une dizaine de délégations dans cette salle de plusieurs milliers de personnes, pour comprendre que le mandat de M. Rasmussen allait être difficile…
Certaines ONG ont analysé la stratégie du nouveau texte comme étant dirigée par les États-Unis ou encore par le Groupe Parapluie. Ce qui est plus certain, c’est que les attaques contre le modèle d’accord sur la climat « à la G77″ proviennent de plusieurs fronts. La faiblesse du nouveau leadership de la COP15 risque de n’aider en rien à calmer le jeu.

Et si le nouveau texte permettait de regrouper les points de vue sans trop souffrir de diminutions des « objectifs »?
Réponse à ECP: C’est possible, mais dans le contexte où les pays en développement se battent depuis plus d’une semaine pour conserver une structure de négociation transparente et fondées sur les décisions antérieures, ce geste du président est contre-productif et surtout maladroit…
Maladroit, certainement…
D’autant plus que la semaine passée des fuites ont permis de comprendre que le Président Danois voulait proposer un texte qui avait été élaboré sans consultation avec les pays en développement. L’objectif de Rasmussen est d’avoir une « entente » à la fin de la conférence, peut importe le type d’entente. Il veut se faire du capital politique, avoir une belle séance de photo avec les chefs d’États et une belle déclaration politique permettant de faire croire que Copenhague est un succès. Or, une déclaration politique serait l’équivalent d’un échec, la conférence de Copenhague est trop importante pour qu’elle ne mène qu’à une déclaration politique générale. Il faut à tout le moins établir les fondations d’une entente légalement contraignante qui, au pire (ce qui semble d’ailleurs se profiler), sera signée/finalisée en 2010. Une déclaration politique à la G8/G20, sans rien de légalement contraignant ou sans fondation pour une entente complète serait du greenwash. THE TIME IS NOW!!!