Réalignement politique dans le ciel austral

Durcissement de l’Union européenne face aux pays émergents, tentative de marchandage entre l’Inde et les pays les moins avancés sur des questions à moitié liées au changement climatique, réflexion chinoise sur l’opportunité de s’engager plus tôt que prévu avec des cibles de réduction nette contraignantes… Les constellations politiques semblent bel et bien s’aligner différemment dans le ciel Sud africain. Les astres annoncent-elles le sauvetage du Protocole de Kyoto?

Ciel austral

Ciel austral

Alors que les préoccupations canadiennes ont largement monopolisé notre attention depuis le lancement de cette COP17, on constate avec enthousiasme en cette fin de première semaine de nouvelles possibilités d’alliance. Le lancement de la deuxième phase du Protocole de Kyoto (PK), malgré l’absence annoncée du Japon, du Canada, de la Russie et des Etats-Unis, demeure un horizon atteignable à Durban. Et encore mieux : de grands pays émergents pourraient se fixer des cibles de réduction nette dans un avenir rapproché. Regard sur quelques astres et constellations politiques…

Europa

Commençons avec l’Europe qui, sous la présidence polonaise, a durci le ton face aux pays émergents. Depuis la COP15 de Copenhague, on avait souvent critiqué l’UE pour son manque de leadership dans les négociations climatique. L’Accord de Copenhague, d’ailleurs, avait largement été négocié sans elle, entre les Etats-Unis et la Chine. Ironiquement, les menaces de retrait du PK de la part de plusieurs pays développés a ouvert une fenêtre d’opportunité dont l’Europe semble vouloir profiter : puisque l’avenir du protocole est essentiellement entre ses mains, elle possède dorénavant une levier intéressant pour faire bouger les économies émergentes.

Même sans les autres pays développés, l’Europe a intérêt à voir le PK reconduit pour une deuxième phase. En outre, cet intérêt repose sur le fait que l’ensemble de la politique climatique européenne – du partage du fardeau des réductions à l’interne à la mise sur pied de la bourse du carbone – est bâti en fonction de l’infrastructure institutionnelle que représentent le Protocole et la Convention-cadre. La prévisibilité du cadre institutionnel international est donc un facteur essentiel au bon fonctionnement et à la pérennité des instruments politiques et économiques de la politique européenne.

Or, les pays en développement qui souffriront le plus des changements climatiques et certains pays émergents qui ont largement profité du Mécanismes de développement propre (rattaché au PK) et qui ont investi massivement dans les crédits de carbone ont aussi intérêt à voir le PK renouvelé dans une deuxième phase. C’est là que l’Europe trouve un certain ancrage pour demander directement, comme elle l’a fait cette semaine, aux économies émergentes de s’engager plus avant dans le PK avec des cibles de réduction.

Le dragon

Est-ce en réponse à ces demandes que la Chine a commencé à évoquer des cibles de limitation nette pour un horizon temporel rapproché? La Chine et plusieurs pays émergents promettaient depuis Copenhague des réductions de « l’intensité carbone » de la croissance. Il s’agit de diminuer l’intensité en carbone de chaque point de croissance économique. Ceci n’implique pas une réduction nette étant donnée la forte croissance de l’économie chinoise, mais bien une diminution relative qui devrait en théorie mener à un verdissement progressif de la production chinoise.

Il est maintenant question pour la Chine de prévoir des cibles nettes pour la période post-2020. C’est justement cela que demandent les pays du Groupe parapluie (Canada, Japon, Russie, Etats-Unis et al.) et la plupart des pays développés.

La couronne australe

Mais les pays les moins avancés – qui sont également parmi les plus vulnérables au changement climatique – ont aussi intérêt à voir les pays émergents s’engager plus fermement envers l’atténuation. Et ils ont trouvé un levier original pour faire pression sur l’Inde.

Les pays en les plus vulnérables ont proposé à l’Inde un marché qui met en scène un enjeu politique non lié au changement climatique : la volonté de l’Inde d’être élu sur le Conseil de sécurité des Nations Unies. Ceux-ci offrent à l’Inde leur support à l’Assemblée générale en échange d’un engagement formel de ce pays dans un traité légalement contraignant issu de la COP qui impliquerait des limitations aux émissions de tous les grands émetteurs, dont l’inde fait partie. On peut difficilement évaluer l’impact de cette idée sur la position indienne aujourd’hui. Peut-être est-il minimal. Mais si la COP17 accouchait d’un texte incluant des limitations d’émission pour les pays émergents, peut-être alors cet incitatif prendrait-il une toute autre ampleur.

Évidemment, rien n’est encore vraiment tangible dans ces nouveaux alignements. Mais ceux-ci indiquent tout de même deux tendances générales qui viennent modifier la politique globale du climat. Premièrement, la Chine et l’Inde ne peuvent plus aussi facilement prétendre parler au nom du G77 et de l’ensemble des pays en développement. La multiplication des coalitions de pays en développement dans les négociations internationales depuis une décennie a donné à plusieurs pays auparavant marginalisés un sens plus aigu de leur propre pouvoir dans une négociation où chaque membre à une voix. Deuxièmement, la stratégie abstentionniste que pratiquent les pays développés récalcitrants qui milite pour l’imposition de limite aux émissions des pays émergents semble moins efficace que celle de l’engagement proactif que pratique l’Europe. Espérons que ces pays le réaliseront à temps.

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