Le nouveau pari de la coalition des bonnes volontés
Alors que les discussions stagnent en ce qui concerne la deuxième phase du Protocole de Kyoto, les discussions au sein de l’autre axe de négociation (l’action concertée à long terme au titre de la Convention) est en pleine ébullition.
Cette voie de négociation qui a comme origine la COP13 de Bali, où on a véritablement lancé les négociations sur des éléments d’intérêt pour les pays en développement comme l’adaptation, le transfert de technologie et le financement, pourrait donner lieu à Durban à un processus séparé qui viserait à négocier un nouveau protocole légalement contraignant qui deviendrait effectif en 2015. C’est du moins ce que préconisent l’Alliance of Small Island State (AOSIS) et les autres membres d’un groupement souple que nous avons déjà qualifié de « coalition des bonnes volontés », mais qui se présente officiellement comme le « Dialogue de Carthagène pour l’action progressive ».
Cette coalition qui regroupe, en plus d’AOSIS, de nombreux pays européens, africains et latino-américains, tient régulièrement des rencontres de coordination depuis l’épisode de Copenhague. Ici, à Durban, la convergence des bonnes volontés semble vouloir passer à un autre niveau : s’acoquiner au BASIC afin de créer une dynamique positive qui mènerait à un plus fort niveau d’engagement envers la lutte contre le changement climatique.
Nous avons vu cette semaine l’Europe et la Chine échanger de douces promesses sur le renouvellement du PK et l’éventualité de limitations des émissions chinoises. Depuis hier, c’est AOSIS qui semble vouloir reprendre le collier avec une proposition forte sur l’atténuation des émissions des pays développés.
La proposition d’AOSIS, bien accueillie par l’Europe et les alliés du Dialogue de Carthagène, demande la création d’un nouveau protocole dont l’objectif serait de « boucher » le « gigatonne gap », c’est-à-dire le fossé entre les engagements de réduction actuels (annoncés à Copenhague et Cancun) et le niveau de réduction approprié pour avoir une chance réussir à limiter le réchauffement à moins de 2° Celsuis. Cela impliquerait par exemple de remplacer l’objectif global des Accords de Cancun (qui est de -25% à -40% pour les pays développés) par un objectif plus ambitieux de -45% pour 2020.
Or, pour lancer un tel processus, il faudrait non seulement organiser l’éventuelle négociation en lui donnant un mandat clair, mais aussi définir ce mandat en l’opérationnalisant en fonction des opportunités et possibilités de réduction qui existent actuellement. C’est d’ailleurs la volonté de la coalition que de cibler des secteurs et des moyens précis pour réaliser les diminutions d’émission. L’alliance semble consciente de l’ampleur de la tâche, car elle recommande non seulement d’utiliser la COP17 comme rampe de lancement, mais aussi d’organiser une conférence ministérielle avant la COP18 – possiblement dans le cadre de la Conférence de Rio+20 – afin d’élaborer le mandat.
Il s’agit évidemment d’une proposition parmi d’autres options. Son but est notamment d’emmener les pays du BASIC à se positionner, et si possible de manière favorable. Pour l’instant tant l’Inde que la Chine semblent hésitants au lancement d’un nouveau processus, préférant les garanties « molles » du mandat de Bali à un nouveau processus plus contraignant mais dont on ne connaît pas précisément le contenu.
Quoi qu’il en soit, le pari est intéressant pour deux raisons. D’une part, les pays du BASIC auront éventuellement besoin de l’appui d’AOSIS et des nations les plus vulnérables. Ils ont donc intérêt à rester ouverts et ne pas tenter d’imposer trop brutalement leur propre option. D’autre part, si la stratégie fonctionne, les pays développés récalcitrants seront complètement isolés – déjà qu’ils ne savent plus trop sur quel pied danser avec le nouvel idylle sino-européen. Cela, toutefois, à condition que la Chine et le BASIC confirment ou affirment leur intention de s’engager eux-mêmes après 2020.
Spéculations? Je sais, je sais…

Dossier spécial Durban 2011 – CdP17
On peut voir de plus en plus qu’il est question d’imposer des contraintes légales. Est-ce qu’on a une idé du type de contrainte qui seraient imposé et quelle seraient leur ampleur? Est-ce déja présent dans les discussions?
[...] des petits pays insulaires (AOSIS) a proposé cette semaine le lancement à Durban d’un processus pour négocier un nouveau protocole applicable en 2015. [...]