Le Canada est de moins en moins influent dans les négociations climatiques

Un Fossile en voie d’extinction ?

Par Marc Lebel, membre de la délégation AQLPA

Malgré les rencontres quotidiennes avec la société civile organisées par Dan McDougall, l’ambassadeur canadien affecté aux changements climatiques, le Canada est de moins en moins crédible lors des réunions annuelles de la Conférence des parties (CdP – COP en anglais) sur les changements climatiques. Ça ne tient pas du hasard. À force de faire preuve de mauvaise foi et d’afficher un parti pris envers l’industrie pétrolière et gazière, le gouvernement canadien est de plus en plus étiqueté comme un mauvais joueur et de moins en moins pris en compte par ses homologues internationaux.

Jadis un ardent défenseur du multilatéralisme, de la médiation, des droits humains et de l’environnement, il ne fait plus de doute aujourd’hui à Varsovie que les représentants canadiens parlent d’abord au nom de l’industrie – des sables bitumineux entre autres qui composent seulement 6% de notre bilan de GES aux dires de M. McDougall – plutôt que de défendre le bien public et de faire preuve d’initiative face à l’urgence climatique. 

Plusieurs désaveux

Faisant fi des réprimandes de la Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie (TRNEE) et plus récemment d’Environnement Canada et du commissaire fédéral à l’environnement, le gouvernement canadien garde tout de même le cap vers un accord global contraignant et universel sur le climat d’ici 2015 dont l’entrée en vigueur prévue pour 2020 s’appliquerait à tous les grands émetteurs. En ce sens, il s’inscrit dans la démarche de la Plateforme de Durban[1], à défaut d’avoir pu respecter ses engagements via le Protocole de Kyoto et l’Accord de Copenhague. Or, comme le rappelait aujourd’hui avec justesse une déléguée des Philippines, tous ces beaux mécanismes et mesures d’adaptation destinés aux pays du Sud doivent être financés de façon prévisible, transparente et durable par les pays du Nord. Et les sommes promises tardent à être versées.

Finance

Étant donné que les pays sous-développés subissent les pires conséquences du réchauffement planétaire causé principalement par les pays développés, le Nord s’est engagé à financer l’adaptation aux changements climatiques au Sud à raison de 100 milliards de $US par an d’ici 2020 et 60 milliards d’ici 2015 par l’intermédiaire du Fonds vert pour le climat. Le Canada a fait une soumission juste avant la Cdp19[2] dans laquelle il rappelle qu’il a fourni sa juste part à ce jour en versant 1,2 milliard réparti sur trois années fiscales de 2010-2011 à 2012-2013. Or, rien n’indique que le financement public des mesures d’atténuation sera à la hauteur des besoins croissants des pays du Sud.

Engagements pré-2020

Il est difficile de prendre le Canada au sérieux après qu’il se soit retiré de Kyoto en 2011 et que des sources officielles aient indiqué dernièrement qu’il y a fort à parier qu’il ratera largement la cible de réduction des GES de 17% par rapport à 2005 d’ici 2020 comme il avait pris l’engagement à la dernière minute en 2009. Quoiqu’il en soit, le Canada répète qu’il s’engagera dans un accord multilatéral en 2015 si les autres pays le font aussi. La Conférence de Varsovie sert justement à établir une feuille de route et à régler des paramètres techniques afin que cet accord voie le jour lors de la CdP21 à Paris en 2015. Or, d’ici 2020, année de l’entrée en vigueur de cet accord, les rapports scientifiques nous rappellent que nous devons mettre en place des mesures de réduction ambitieuses sans plus tarder afin d’espérer limiter le réchauffement global à 2 degrés Celsius. Mais le Canada devient frileux lorsqu’il est question de réduire notre dépendance aux énergies fossiles tout en investissant massivement en efficacité énergétique et en développant les énergies vertes.

Conclusion : Trop peu pour être pris au sérieux

Lors des CdP précédentes, le Canada raflait une panoplie de prix Fossile remis par le Réseau Action Climat International. Aujourd’hui, rares sont les États qui lui accordent de l’attention. Le Canada a la tête plongée dans les sables bitumineux, impossible d’entendre les signaux d’alarme qui se font de plus en plus nombreux. Hier, c’était plutôt l’Australie qui remportait le premier Prix Fossile avec ses objectifs de réduction revus à la baisse et la décision du nouveau gouvernement conservateur d’abolir la taxe carbone. Ce matin en plénière, l’Australie s’exprimait au nom du Canada et d’autres pays industrialisés dans le groupe Parapluie. Cet après-midi, c’était au tour de la Pologne d’obtenir un prix Fossile pour l’événement parallèle organisé par l’industrie du charbon qui débute lundi prochain et l’inaction du pays hôte dans la lutte aux changements climatiques. Serait-ce que le Canada est en train de perdre son titre de Fossile récalcitrant? Chose certaine, il est de plus en plus marginalisé en raison du manque de vigueur et de crédibilité de ses engagements en faveur du climat et du manque de sérieux des ministres de l’Environnement conservateurs qui l’on représenté jusqu’à maintenant.