Impressions de la conférence de Varsovie

Par Alain Brunel, chef de la délégation AQLPA à Varsovie.

Il y a de quoi donner le tournis : la conférence sur les changements climatiques de Varsovie est une énorme organisation occupant la totalité du Stade national pendant 15 jours et qui coûte quelque 30 millions de dollars. Entre 10 et 12 000 personnes sont attendues, le secrétariat de la conférence n’est pas absolument sûr du chiffre, il y a 193 pays participants sur 193 pays membres de l’Organisation des Nations Unies. Une centaine de réunions de négociation et d’événements parallèles tous les jours. De multiples kiosques d’organisations nationales et internationales. Des parties prenantes officielles, des représentants de la société civile, des scientifiques, des gens d’affaires, des consultants qui conseillent les pays ayant peu de moyens pour suivre le déroulement de négociations complexes couvrant de multiples champs, et même, oui, il s’en trouve encore, des négateurs des changements climatiques… Beaucoup de monde au chevet du monde. D’ailleurs, l’une des principales salles de travail collective est une immense aire ouverte où, avec tous ses ordinateurs en Wifi, il faut éviter de rester trop longtemps pour ne pas avoir l’impression d’avoir la tête dans un four micro-ondes!

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Comment s’étonner de la lourdeur du processus de négociations? Il y a des négociations sur la plate-forme de Durban post 2020, c’est l’accord qui doit être signé à Paris en 2015 – et des négociations sur l’avant 2020, pour rehausser les ambitions des pays développés – celles-là semblent mal parties, ce qui pourrait affecter l’ensemble du processus – et il y a aussi des négociations pour maintenir en vie le protocole de Kyoto ou pour améliorer les mécanismes de flexibilité. Il y a des plénières, des groupes de travail officiels, des groupes informels, des séances ouvertes aux observateurs et d’autres fermées. C’est une logistique impressionnante qui fonctionne rondement pour l’instant. Le réseau Climate Action Network International fait un travail impressionnant pour suivre et transmettre tout ce qui se passe ici.

Les sujets abordés touchent à beaucoup de choses : les moyens d’atténuer les GES, l’adaptation aux changements climatiques, la finance et la technologie requises, les mécanismes de flexibilité permettant d’atteindre des objectifs de réduction au moindre coût, et ceci en n’oubliant pas que ces négociations sont traversées par les clivages des relations internationales entre pays riches et pollueurs et pays pauvres et victimes des changements climatiques. D’ailleurs certains pays, dont les Philippines, insistent sur l’ajout d’un chapitre pertes et dommages causés par les dérèglements climatiques consécutifs à l’inaction internationale depuis 20 ans (voir l’article de Marc Lebel sur ce sujet).

Mais la préoccupation pour le climat rassemble des représentants du monde entier ici à Varsovie. À l’image de l’air que nous respirons et de l’eau qui nous traverse, les changements climatiques n’ont pas de frontières. L’humanité pourra-t-elle transcender les intérêts particuliers et s’unir pour préserver les conditions de sa perpétuation? La maison monde requiert d’urgence une sérieuse rénovation, un changement complet de son système énergétique. Ici, beaucoup en ont conscience et savent qu’ils devront s’engager à réaliser cette rénovation d’une manière ou d’une autre.