Le climat à la COP21

Par Isabeau Desrochers Giroux, membre de la délégation AQLPA à la COP21,Paris le 3 décembre 2015

S’échelonnant sur deux semaines à compter du 29 novembre au Parc des expositions du Bourget, la 21e Conférence des Parties (ou COP21 pour les connaisseurs) sur les changements climatiques a marqué l’histoire lundi dernier. L’arrivée de 150 chefs d’État, présents simultanément sur le site, en fait un rassemblement sans précédent. Malgré les appréhensions, tout s’est déroulé sans problèmes particuliers et dans une ambiance électrique. 

Le site, divisé en trois sections[1], représente un microcosme des enjeux environnementaux où se côtoient jeunes activistes, gens d’affaires, Organisations non gouvernementales (ONG) et membres de délégation. Chacun y trouve son compte avec plus d’une centaine de conférences, rencontres de négociations, points de presse et projections de film par jour, sans compter les expositions d’art, les exposés de groupes de recherche et les démonstrations de nouvelles technologies.

Si certains rassemblements environnementalistes manquent parfois d’authenticité en proposant des aliments suremballés ou en choisissant un local mal-adapté et peu accessible, on constate rapidement l’effort de la présidence française et du secrétariat de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC)  dans l’orchestration de l’organisation. Deux cents navettes électriques desservent une liste d’hôtels dans la région de Paris et les gens accrédités bénéficient tous d’une passe Navigo leur permettant de circuler dans l’ensemble du réseau de transport collectif de l’île de France. Dès le premier jour, on nous propose un cadeau dans lequel est compris un sac réutilisable et deux crayons (de confection française), ainsi qu’une bouteille que les participants peuvent remplir en visitant un des 45 points d’eau sur le site. Du côté des restaurateurs, bien que quelques exceptions ternissent l’esprit durable, la plupart offrent des repas dont les déchets sont recyclables, compostables ou réutilisables, à des prix pouvant accommoder tous les budgets. 

Les cœurs verts se réjouissent de retrouver un pédale-a-watt où les plus motivés peuvent recharger leurs appareils électroniques en faisant un peu d’exercice. Pour les moins sportifs, on propose une multitude de casiers de recharge, barrés à clé, où les appareils peuvent se réalimenter en toute quiétude. Les amants de la technologie sont bien servis avec du WIFI sur l’ensemble du site, ainsi que 30 minutes gratuites (quoique moins fiables en période d’affluence) dans les autobus de la COP21 qui desservent les stations du Réseau Express Régional (ou train RER).

Si les évènements qui ont eu lieu à Paris le 13 novembre ont fait planer un doute quant à la convivialité des activités de la COP21, l’ambiance quotidienne n’en semble guère perturbée. Pendant les discours des chefs d’État, des attroupements de gens souriants se formaient autour de ceux qui les suivaient sur leur ordinateur portable. Dans les transports en commun, de parfaits étrangers échangent quotidiennement des commentaires et plaisanteries.

Une mise à jour du texte négocié est prévue pour vendredi de cette semaine, mais plusieurs des articles présentent toujours, malgré les nombreuses rencontres préalables, une multitude d’options parfois très dissemblables. L’inaccessibilité de plusieurs rencontres officielles, réservées aux délégués, et les nombreuses incertitudes demeurant quant au texte négocié, alimentent quelques frustrations chez les membres de la société civile.

Le début des négociations s’annonce positivement avec les quelques annonces, dont celle du Canada, de contribution monétaire pour l’adaptation. Il existe cependant toujours un énorme manque à gagner. Dans un rapport publié en 2007 par le secrétariat de la CCNUCC sur le financement de l’adaptation, on estimait qu’au minimum 38 milliards de dollars américains seraient nécessaires d’ici 2030 pour l’adaptation. On y parlait notamment des besoins: de l’adaptation des infrastructures de distribution d’eau (11 milliards de dollars américains), de fonds pour pallier à la croissance de la malnutrition et des maladies diarrhéiques et transmises par vecteurs (5 milliards de dollars américains) et les coûts d’adaptation des infrastructures pouvant frôler les 130 milliards de dollars américains. Ces chiffres ont depuis lors, été révisés à la hausse. Ces besoins seront d’autant plus importants si les États n’arrivent pas à réduire davantage leurs émissions.

Une analyse des quelques centaines de documents sur les réductions nationales (portant le nom d’INDCs pour “Intended Nationally Determined Contributions”) qui couvrent 94% des émissions globales selon le secrétariat de la Convention-cadre, démontre qu’elles sont insuffisantes. Sans intervention supplémentaire, la hausse moyenne du thermomètre estimée serait de 2.7°C. Quand on sait que la cible de 2°C est source de friction compte tenu de l’impact prévu dans les pays du Sud, on ne peut que s’inquiéter. Toutefois, le Secrétariat de la CCNUCC a laissé savoir que pour plusieurs États, ces documents représentaient un plancher de réduction et non pas un plafond. Seul le temps dira ce qu’il en sera, mais si le passé est garant de l’avenir, le protocole de Kyoto n’a pas été un exemple de conformité juridique. Les perceptions ont cependant beaucoup changé depuis et, avec un peu de chance et de volonté, un accord sur le climat digne de ce nom verra le jour à la fin de la semaine prochaine.



[1] Le centre de conférence, accessible seulement par les personnes accréditées, où se tiennent les négociations et les nombreuses conférences; les Espaces générations climat, une première dans l’histoire des COP; et la galerie, où les professionnels de l’industrie peuvent présenter et valoriser leurs  technologies et innovations. Pour plus d’information, visitez : http://bourget.cop21.gouv.fr/fr/