Choc de titans à la COP21 pour un accord ambitieux

Par Alain Brunel, directeur climat énergie AQLPA, Paris le 11 décembre 2015

La sortie d’une nouvelle version de l’accord de Paris hier soir à 21h25 a donné lieu à une nuit de très dures négociations. Il est d’avis largement partagé que cette dernière version d’accord présentait pourtant un bon équilibre entre les différents enjeux que sont les objectifs à long terme, l’atténuation, l’adaptation, la finance, les pertes et préjudices, les moyens de vérification et les institutions à mettre en place pour engager le monde dans la nouvelle direction requise par la science. Certains aspects du brouillon, notamment ceux portant sur son degré d’ambition (s’efforcer de limiter la hausse à 1,5°C, décarbonation, révision avant 2020 des contributions, prix carbone) ont pourtant donné lieu à des critiques en règle de certains pays comme l’Arabie Saoudite, le Venezuela ou la Russie qui veulent préserver leur économie basée sur les énergies fossiles ou comme l’Inde qui veut pouvoir continuer à utiliser son charbon pour son développement.

Face au bloc de ceux qui agissent pour un accord a minima ici à Paris, une Coalition des ambitions élevées s’est forgée au cours des derniers mois et dont l’existence a été révélée cette semaine. René Audet en parlait dans un précédent billet. Or, on apprenait aujourd’hui qu’après le Canada cette semaine (!), c’est le Brésil qui a rejoint la Coalition, avec le Chili, l’Islande, les Seychelles et les Philippines. Au cours d’une conférence de presse très courue, le président de cette Coalition, Tony deBrum, des îles Marshall, flanquée de plusieurs ministres dont de l’Allemagne, de la Norvège et de la représentante de l’Union européenne, a souligné que cette Coalition se battrait toute une nouvelle nuit s’il le fallait pour préserver le plus haut niveau d’ambition possible à ce projet d’accord. Cette coalition de plus de 100 pays, donc représentant plus de la moitié des pays de l’Organisation des nations unies, a ceci d’étonnant qu’elle regroupe des pays développés et en voie de développement. Elle se positionne au-delà des clivages habituels qui se manifestent au sein des Nations unies. Cette coalition sera peut-être circonstancielle et limitée à la COP21 de Paris. Ou probablement pas. Mais elle semble bien avoir réussi à faire bouger les lignes de camps depuis longtemps engoncés dans leurs tranchées idéologiques et leurs postures de négociation. Affaire à suivre…