Jour de la Terre 2016 : Récolte de bonnes nouvelles avec quelques bémols

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Réseau électrique métropolitain
Le jour de la Terre 2016 a été fertile en bonnes nouvelles. Enfin un lien ferroviaire électrique rapide entre l’aéroport et le centre-ville de Montréal !  On ne peut évidemment que se réjouir de la vision et de l’ambition du vaste projet de Réseau électrique métropolitain (REM) annoncé lors du jour de la Terre par la Caisse de dépôt et placement du Québec.  C’est un projet majeur et structurant pour toute la région de Montréal.  Il augmentera la fréquentation des transports collectifs et diminuera les émissions de polluants de l’air. Ne boudons pas notre plaisir.

Mais il y a des bémols : certaines stations du centre-ville ne viendront pas avec cette première phase; on ne connait rien de la tarification et la Caisse investit pour avoir des rendements. Est-on en train d’avaliser un système de transport collectif à 2 vitesses, à multi-opérateurs et multi-tarifs ? On peut aussi se demander pourquoi la solution proposée, qui a l’air si simple finalement, vient de la Caisse et non du ministère des Transports?

Accord COP 21 signé
Autre bonne nouvelle : la signature de l’accord de Paris sur le climat par 175 pays. Un record pour un premier jour d’ouverture aux signatures d’un traité international. Un indicateur de l’importance de cet enjeu planétaire et de l’inquiétude partagée face à des dérèglements climatiques qui se manifestent partout. Reste maintenant à ce que 55 pays totalisant 55% des émissions en 2015 le ratifient pour qu’il puisse entrer en vigueur; 15 petits pays insulaires menacés de disparition l’ont déjà ratifié, plusieurs autres ont annoncé qu’ils le feraient avant la fin de l’année, dont le Canada. C’est de bon augure pour une mise en vigueur avant l’échéance de 2020.

Mais le plus difficile est d’agir. A commencer par chez nous. Gros bémol en effet dans le rapport du Directeur parlementaire du budget (DPB) rendu public le 21 avril : le Canada n’est pas sur la voie d’atteindre  la cible de réduction des gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030, fixée par les conservateurs, de -30% d’émissions sous le niveau de 2005. Au mieux le DPB prévoit une quasi stabilisation. Évidemment cette projection est faite à partir d’hypothèses de croissance économique, de production de pétrole et d’évolutions technologiques susceptibles de changer. Une image du DPB fait impression et a le mérite de montrer concrètement l’ampleur du défi : cette réduction de 30% équivaut à retirer les émissions de toutes les automobiles et tous les camions en circulation aujourd’hui au Canada. Pour y arriver il faudrait donc électrifier tous les transports et assurer leur alimentation par des énergies vertes et renouvelables. Les mesures actuelles prises par les gouvernements censés être en pointe dans la lutte contre les émissions de GES, comme le Québec, sont nettement insuffisantes. Et si on commençait par stopper la croissance de l’extraction des sables bitumineux, la principale cause d’augmentation des émissions de GES du Canada ?

TransCanada plie
Enfin, dernière bonne nouvelle, TransCanada annonçait vendredi qu’elle allait se soumettre à la Loi sur la qualité de l’environnement du Québec pour son projet d’oléoduc Énergie Est et avait déposé un avis de projet. Cette décision est le résultat des pressions des citoyens, des groupes co-requérants et du Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE). Félicitations pour leurs efforts! La loi doit s’appliquer à tous y compris aux multinationales du pétrole de l’ouest.

Cependant on peut s’interroger sur le réalisme de l’échéancier. Québec a fourni la liste de questions auxquelles il veut des réponses, le 26 avril. TC doit rendre son étude d’impact le 6 juin.  Le nouveau BAPE commencera en octobre. On ne peut ici que déplorer le peu de cas qui est fait du contenu des centaines de mémoires déposés. Il faudrait a minima que ces rapports soient rendus publics et versés à la nouvelle commission du BAPE. L’AQLPA estime aussi qu’il est indispensable de donner un mandat complet au BAPE incluant la dimension économique du projet et une analyse des émissions de GES selon le cycle de vie du puits à la roue du pétrole qui serait transporté.

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About Alain Brunel

Cofondateur de l’AQLPA en 1982, il a participé à la bataille contre les pluies acides pendant la décennie 80. Il a été consultant en France pendant 16 ans en hygiène, sécurité et conditions de travail, période pendant laquelle il a développé sa connaissance des enjeux environnementaux, économiques et sociaux pour les entreprises. Directeur climat énergie de l'AQLPA de 2013 à 2016, il a participé à la COP 19 à Varsovie, la COP 20 à Lima et à la COP 21 de Paris en tant que chef de la délégation AQLPA. Titulaire d’un DEA de sociologie de l’action organisée de l’Institut d’Études Politiques de Paris, d’une maîtrise de sociologie de l’université Paris X Nanterre, d’un baccalauréat en communication et d’un certificat en sciences de l’environnement de l’UQAM.