À Paris, un mondial de l’auto électrisé

Par Alain Brunel, conseiller climat énergie AQLPA

Quelque chose est-il en train de bouger chez les constructeurs automobiles?  Le mondial de l’auto qui s’est tenu à Paris du 1er au 16 octobre 2016 pourrait le laisser croire. Les SUV et autres 4×4 ont encore la cote pour l’instant. Mais difficile de ne pas voir qu’avec l’Accord de Paris sur le climat et les contraintes réglementaires sur les émissions polluantes, les grosses cylindrées deviennent anachroniques.  La course aux véhicules propres; hybrides, électriques, hydrogène, multifuel etc. est lancée, et quasiment tous les constructeurs s’y mettent. Hyundai décline ainsi avec la nouvelle Ioniq trois versions, hybride, hybride rechargeable et électrique du même véhicule. Une première mondiale en simultané.

Prise en flagrant délit de tricherie et confrontée de plein fouet aux limites de la quête de puissance sans polluer en brûlant du gasoil, même Volkswagen, longtemps dopée  au moteur diesel, annonce sa conversion écologique : la sortie de pas moins de 30 modèles hybrides et électriques est prévue autour de 2020. 

Mais l’une des discrètes stars électriques du salon n’est pas sortie du giron de Volks, Tesla ou d’Opel avec son Ampera-e  (version européenne de la Bolt de GM) mais bien de l’alliance Renault-Nissan.  Il s’agit de la nouvelle Zoé.

Nouvelle Zoé électrique, annoncée avec 300 km d'autonomie réelle pour moins de 20 000 euros, hors location de batterie

Nouvelle Zoé électrique, annoncée avec 300 km d’autonomie réelle pour moins de 20 000 euros, hors location de batterie

C’est une voiture électrique qu’on verra peut-être un jour sur les routes du Québec; avec trois types de motorisations et un nouveau pack densifié de batteries, la petite citadine Zoé est désormais en mesure d’avoir 300kmd’autonomie en conditions réelles (ou 400km selon la norme européenne NEDC).  Un cap psychologique est franchi.

Avec sa bouille sympathique, elle a d’ailleurs attiré bien des regards au salon et suscité beaucoup de commandes selon Renault. Sans dévoiler un nombre de ventes précis par modèle, Renault a affirmé avoir enregistré 1 700 commandes pendant le Mondial et Zoé fut le modèle le plus vendu.  Le 12 octobre  lors de notre passage, un salarié de Renault nous confiait que plus de 200 commandes étaient prises. Car il s’agit d’un véhicule disponible dès maintenant à partir de 17 300 euros (25 250$), bonus écologique déduit et hors location de batteries.  Renault a tiré les prix au plus bas en optant pour la location obligatoire de la batterie. C’est la seule compagnie à proposer une telle offre (qui augmente toutefois le cout d’usage sur la durée de vie du véhicule).

L’Ampera-e, qui a également fait sensation au Mondial de Paris,  fera mieux encore avec une autonomie  réelle prévue de  380km tout en étant équipée d’un moteur plus puissant.  Mais elle ne sera disponible en Europe que courant 2017, sera plus chère (autour de 30 000 euros = 43 800$ Cnd, bonus non déduit) et présenterait certaines faiblesses en matière de recharge.  La Bolt est en effet équipée d’un chargeur 6,6kW similaire à la Nissan Leaf pour une batterie de capacité deux fois plus grande. Résultat : la recharge complète de la Bolt-Ampera sur une borne semi-rapide de 7kW prendra 8 heures au lieu de 4 pour la Leaf. Et, curieusement, elle ne serait pas compatible avec les bornes de recharge rapide.

Cela étant, à chargeur équivalent, la batterie de 41kWh sur la Z.E.40 mettra toujours plus de temps à charger qu’une batterie de capacité inférieure. En contrepartie on gagne des kilomètres d’autonomie.  Tesla communique  désormais les capacités de charge des différentes options de chargeur en nombre de kilomètres engrangés par heure de chargement.  Plus simple à comprendre.

Renault a toutefois mis au point un moteur de 88 ch, le Q90, utilisable sur les bornes de recharge rapide de 43kW. Avec son chargeur caméléon, le constructeur affirme possible de recharger 80% de la batterie de la Zoé Z.E 40 en seulement 50 minutes.

Les néophytes de l’auto électrique rebutés par les complexités du chargement ne pourront toutefois qu’être ébaubis de la simplicité technique du moteur électrique par rapport au moteur thermique, (voir architecture du ZE40 ci-dessous). Pas de bougies, pas de pistons, pas de soupapes, pas de carter, pas de filtre à huile ni de changement d’huile, pas d’embrayage ou de courroie de distribution, pas de pot d’échappement, un cout d’entretien au moins divisé par deux, sans compter les économies de carburant…

20161012_130948_004

Les performances de la  Zoé ZE 40 ont sérieusement déclassé l’offre d’autres constructeurs dans le domaine, dont Volkswagen  : la e Golf donne  entre 130 et 190 km d’autonomie.

Une campagne de publicité tous azimuts a d’ailleurs été lancée par Renault dans divers médias, y compris la télévision, pour faire connaître les nouvelles performances de la Zoé.

Mais le géant allemand n’a pas dit son dernier mot. Avec une trentaine de modèles en préparation, l’offensive est massive. Sur son stand, un prototype donne une idée de ce qui s’en vient. Le concept car I.D. (nom déposé) sera monté sur une plateforme dédiée.  Le prototype est destiné à être mis en marché et massivement distribué.

Le prototype électrique I.D. de VW sera monté sur une plateforme dédiée. Commercialisation vers 2020.

Le prototype électrique I.D. de VW sera monté sur une plateforme dédiée. Commercialisation vers 2020.

Un autre prototype de grand véhicule type fourgonnette était également en démonstration sur le stand.

Esquisse de la future fourgonnette électrique de Volkswagen

Esquisse de la future fourgonnette électrique de Volkswagen

Dans l’attente d’une commercialisation de ces véhicules zéro émission, le verdissement de la flotte de VW passera aussi par des véhicules dits multifuel aptes à fonctionner indistinctement avec essence ou un carburant composé d’éthanol à 85%. La nature écologique de ces véhicules est discutable mais avec un cout de l’éthanol E85 presque 50% moindre que l’essence, sa dimension économique pour l’usager l’est nettement moins.

La sortie récente de la Golf GTE hybride rechargeable, indique que  le changement de stratégie de la firme allemande n’est pas que cosmétique. Elle présente des qualités routières et d’agréments de conduite certains qui ont séduit les journalistes automobiles. Selon l’Association de défense des consommateurs Que choisir, il s’agirait du meilleur hybride rechargeable du marché.

Les voyageurs du métro se sont bien rendu compte que Volkswagen prenait la chose au sérieux. À la station du Salon de l’automobile à la Porte de Versailles, VW a envahi panneaux de la station, histoire de faire savoir à « ceux qui n’étaient pas encore au courant », qu’il comptait bien être présent sur ce marché.

Offensive publicitaire massive de VW dans le métro. Greenwashing ou changement réel de stratégie ?

Offensive publicitaire massive de VW dans le métro. Greenwashing ou changement réel de stratégie ?

Difficile en effet de de ne pas être encore au courant qu’il nous faut changer d’ère…  Et que nous avons encore beaucoup de pain sur la planche.  Le gouvernement français vient ainsi tout juste d’aligner la fiscalité des véhicules d’entreprise à essence sur celle des véhicules diesel, lesquels bénéficient d’une remise de 80%  sur la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Dès lors, on ne s’étonnera pas que tous les véhicules de société en France roulent au diesel, indépendamment du kilométrage effectué. Au Québec, on tarde encore à cesser de subventionner les énergies fossiles… Mais il y a un bon Dieu pour les innocents. Renault a annoncé l’an dernier sa volonté de revenir au Canada avec ses véhicules électriques comme porte-étendards.

This entry was posted in AQLPA on by .

About Alain Brunel

Cofondateur de l’AQLPA en 1982, il a participé à la bataille contre les pluies acides pendant la décennie 80. Il a été consultant en France pendant 16 ans en hygiène, sécurité et conditions de travail, période pendant laquelle il a développé sa connaissance des enjeux environnementaux, économiques et sociaux pour les entreprises. Directeur climat énergie de l'AQLPA de 2013 à 2016, il a participé à la COP 19 à Varsovie, la COP 20 à Lima et à la COP 21 de Paris en tant que chef de la délégation AQLPA. Titulaire d’un DEA de sociologie de l’action organisée de l’Institut d’Études Politiques de Paris, d’une maîtrise de sociologie de l’université Paris X Nanterre, d’un baccalauréat en communication et d’un certificat en sciences de l’environnement de l’UQAM.