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Nouvelles du front climat énergie

Par Alain Brunel, directeur climat énergie, AQLPA, Montréal, le 15 novembre 2015

À deux semaines du démarrage de la conférence de Paris sur le climat, le rythme s’est fortement accéléré ces derniers temps. La quantité d’informations et de rapports qui déboulent quotidiennement est impressionnante. Il est difficile de suivre tout ce qui se passe et de communiquer régulièrement sur toutes ces nouvelles cruciales pour notre avenir. En guise de rattrapage, voici des informations et analyses sur une série de sujets clés.

Nouveaux records de concentrations de gaz à effet de serre et de températures

Le Met office britannique a récemment annoncé que l’année 2015 verrait pour la première fois le réchauffement planétaire moyen dépasser les 1°C par rapport au niveau préindustriel. L’Organisation météorologique mondiale (OMM) soulignait de son côté que les concentrations de dioxyde de carbone ont atteint en 2014 un nouveau record, une moyenne de 397,7 parties par million (ppm).  Au printemps boréal 2015, la barre des 400ppm de dioxyde de carbone – CO2 – a été franchie. L’OMM prévoit que ce seuil sera franchi en permanence en 2016. Le CO2 reste des centaines d’années dans l’atmosphère et encore plus longtemps dans les océans. Un tel niveau est sans précédent depuis le pliocène, une époque, il y a entre 2,6 et 5,3 millions d’années, où le niveau de la mer était de plusieurs mètres supérieur au niveau actuel. En 2014, la teneur moyenne de ce gaz dans l’atmosphère était de 143% supérieure à celle de l’ère préindustrielle. Le méthane  – CH4 – atmosphérique a également atteint un pic en 2014, une valeur 254% supérieure du niveau de l’époque préindustrielle; tandis que le protoxyde d’azote – N2O – avait une valeur 121% plus élevée.

« Le forçage radiatif, qui a pour effet de réchauffer le climat, s’est accru de 36% entre 1990 et 2014 en raison des gaz à effet de serre persistants ». Oui, augmentation de plus d’un tiers en seulement 24 ans!

Le secrétaire de l’OMM, Michel Jarraud s’alarme de ces hausses constantes qui agiront en retour en augmentant la vapeur d’eau dans l’atmosphère, autre puissant gaz à effet de serre. « C’est MAINTENANT qu’il faut agir pour réduire radicalement les émissions de gaz à effet de serre et pour qu’il nous reste une chance de contenir à un niveau raisonnable la hausse des températures. Les lois de la physique sont non négociables», a-t-il martelé.

Des effets déjà significatifs sur le climat

Des conséquences néfastes pour l’activité humaine sont déjà manifestes. Quelques exemples : après 5 ans de sécheresse extrême dans une grande partie de la Californie, le plus important État producteur de fruits et légumes des États-Unis ne disposait plus l’été dernier que d’un an de réserve en eau dans ses réservoirs. Cette année plusieurs milliers de personnes sont mortes de chaleur dans le sous-continent indien où le thermomètre a dépassé les 45°C et même atteint les 50° C en Inde! Dans l’autre hémisphère des Amériques, le Brésil a connu sa pire sécheresse en 80 ans. La déforestation de la forêt amazonienne accentue ici les dégâts climatiques. Dans le nord-est des États-Unis et dans les provinces maritimes, des précipitations neigeuses très importantes et récurrentes sont tombées l’hiver dernier, tandis que des inondations historiques ont frappé le Texas ce printemps. L’ouest canadien et américain a été littéralement carbonisé par le feu cet été, ce qui libère davantage de carbone. L’augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements climatiques extrêmes est un des faits associés à la croissance des GES bien établis par la science.

S’agissant de la hausse du niveau de la mer, il devient évident que le dernier rapport 2013-14 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le GIEC,  a sous-estimé les conséquences du réchauffement global sur les calottes glaciaires. En Antarctique ouest, la plateforme glaciaire Larsen B s’amenuise rapidement et devrait être complètement désintégrée d’ici la fin de la décennie selon la NASA. Cette plateforme glaciaire disparue, les glaciers qu’elle retient en leur faisant barrage, glisseront dans l’océan plus vite et contribueront à accélérer la hausse du niveau de la mer. Mauvaise nouvelle aussi du côté de l’Antarctique est : le glacier Totten fond aussi. Il contient à lui seul assez de glace pour hausser le niveau de la mer de 3,5m, autant que les glaciers de l’Antarctique ouest. Il est plus sensible qu’on le croyait au réchauffement des océans en raison de la structure géologique sous-marine qu’il chevauche, laquelle permet aux eaux chaudes de l’océan de le gruger par en dessous sur une vase surface.

Les océans, qui absorbent 90% de la chaleur supplémentaire retenue par la terre en raison des GES, manifestent des réactions inattendues ou bien plus rapides que prévu. Ainsi en est-il du Blob du Pacifique du nord-est, une surface d’un million de km2 plus chaude d’environ 3° C que le reste de l’océan, apparue en 2013. Cette importante anomalie thermique, distincte de celle bien connue liée au phénomène El Niño, a pris les chercheurs par surprise. C’est la première fois que l’eau du Pacifique du nord-est atteint une telle température pendant une aussi longue période. Elle a des conséquences majeures sur tout l’écosystème marin de la région et est l’une des causes de l’intensité de la sécheresse dans l’ouest du continent.

Pendant ce temps, dans l’Atlantique du nord-est, c’est une anomalie thermique froide qui surgit, un Blob froid, avec même des records de froid comme on peut le voir sur le graphique suivant de la NOAA qui donne les relevés de température terre-océan de janvier à août 2015.

Figure 1 : Écarts de température à la moyenne terre-océans janv. à Août 2015 – Source NOAA

On remarque que les records de chaleur ont très été nombreux sur l’ensemble terre-mer. La plupart des terres et des océans de la planète ont connu des températures « plus  chaudes » ou « beaucoup plus chaudes que la moyenne » selon l’expression de l’Administration américaine de l’atmosphère et des océans (NOAA). L’est de l’Amérique du nord, et en particulier le Québec, est un des seuls endroits sur terre où la température moyenne de la première moitié de l’année a été plus froide que la moyenne habituelle. Mais surtout il y a eu un record de froid dans l’Atlantique nord-est. L’apparition de cette zone plus froide, observée en ce lieu depuis quelques années déjà, est cohérente avec le constat du ralentissement prévu du courant chaud du Gulf Stream dû à l’influx massif d’eaux de fonte froides et douces provenant des glaciers du Groenland. Plusieurs données confirment que ce ralentissement est en cours mais l’ampleur et la rapidité du phénomène surprennent les spécialistes.

Ces faits démontrent hors de tout doute que la situation climatique se dégrade bien plus vite que le dernier rapport du GIEC sur la physique du climat ne l’indiquait il y a seulement deux ans…

Rejet de Keystone XL : le climat d’abord

Dans ce contexte, le refus du président Obama d’autoriser la construction de l’oléoduc Keystone XL, un projet de TransCanada, est une excellente nouvelle pour le climat. Les gouvernements du Canada et du Québec devraient soupeser les arguments avancés par le secrétaire du département d’État John Kerry pour rejeter KXL. Son analyse est remarquable car elle met en avant de bons arguments économiques mais elle priorise l’argument écologique. « Le projet proposé aurait un impact marginal sur la sécurité énergétique des États-Unis. Le projet proposé ne contribuerait pas à diminuer le cout de l’énergie des Américains. Le projet proposé aurait à long terme une contribution marginale à l’économie. Le projet soulève une série d’inquiétudes quant à ses conséquences sur les collectivités locales, l’approvisionnement en eau et pour des sites du patrimoine culturel. Le projet proposé faciliterait le transport dans notre pays d’une source de pétrole particulièrement sale. »

« Mais le facteur critique de ma détermination a été celui-ci : autoriser ce projet saperait significativement notre aptitude à continuer de mener le monde à combattre les changements climatiques » (notre traduction).

On peut penser que si les États-Unis avaient besoin du pétrole d’Alberta, les considérations écologiques seraient écartées sans trop de scrupules. Mais quand on sait que plusieurs rapports récents d’institutions fédérales – voir cette synthèse de la maison blanche – ont souligné que les changements climatiques affectaient la sécurité nationale des États-Unis, il n’est pas étonnant que le combat contre les changements climatiques devienne lui-même un enjeu d’intérêt national.

Pression maximale sur Énergie Est

Le gouvernement du Québec pourrait reprendre quasiment intégralement cette analyse du département d’État en la transposant aux conséquences de l’oléoduc Énergie Est. La contribution du projet Énergie Est à la sécurité énergétique et à l’économie du Québec à long terme serait marginale. Des questions sérieuses se posent sur les conséquences pour les collectivités locales et l’approvisionnement en eau. Et Il serait bien difficile au gouvernement du Québec de prétendre être un leader dans la lutte aux changements climatiques – avec des objectifs relativement ambitieux de réduction d’ici 2030- s’il autorisait un projet ayant pour conséquence d’annuler entièrement sa cible de réduction (-37,5%) dès sa première année d’opération…

Les projets de pipeline pour sortir le pétrole bitumineux d’Alberta sont maintenant bloqués à l’ouest et au sud. Reste l’est. La pression sera donc maximale pour faire aboutir l’oléoduc Énergie est. D’entrée de jeu, le gouvernement du Québec a affiché un préjugé favorable à ce projet même s’il a posé 7 conditions à son acceptation. Malheureusement la condition posée par Québec relative aux émissions de GES consiste à n’étudier que les émissions locales et la lettre mandat du BAPE sur ce projet est à l’avenant.

Cela veut dire que Québec s’apprête à fermer sciemment les yeux sur les 180 millions de tonnes de CO2 eq associées au produit transporté qui seraient émises chaque année en amont et aval du tuyau. Ceci ne peut que saper sérieusement la crédibilité de sa position dans la lutte contre les changements climatiques alors même que les regards de tous ceux qui se préoccupent du climat sont maintenant tournés vers Énergie Est. Et comme TransCanada ne construira finalement pas de second port pétrolier au Québec, l’intérêt économique à long terme du projet est aussi fortement amoindri pour le Québec. L’émission La semaine verte de Radio-Canada nous apprend d’ailleurs que les assurances des agriculteurs comme le libre choix de leur culture seraient affectés par le passage de l’oléoduc sur leurs terres. Sous l’angle économique comme sous l’angle écologique le Québec a donc très peu à gagner et beaucoup à perdre en acceptant le projet Énergie Est.

Le « plan » libéral pour réduire les GES

L’élection du gouvernement Trudeau le 19 octobre a apporté un grand vent de fraîcheur à une politique canadienne devenue toxique sous Stephen Harper. Le « plan » libéral pour réduire les GES veut fixer une cible nationale de réduction élaborée en collaboration avec les provinces, soutenir la fixation d’un prix carbone dans toutes les provinces, mettre en œuvre un plan de réduction des GES crédible pour atteindre ses objectifs, notamment avec la création d’un Fonds pour une économie à faibles émissions carbone doté de 2 milliards$ pendant le mandat. La plateforme libérale prévoit aussi la suppression à moyen terme des subventions à la production d’énergie fossile. Des nouveautés intéressantes qui tranchent avec le passé.

Autres aspects intéressants du plan libéral, le soutien aux technologies vertes, l’émission d’obligations vertes par la nouvelle banque d’infrastructure du Canada et, une promesse chère à l’AQLPA, le resserrement des normes sur la qualité de l’air en collaboration avec les provinces; enfin le soutien à la rénovation écologiques des bâtiments industriels, commerciaux et résidentiels.

Mais l’un des premiers tests de la volonté du gouvernement Trudeau dans le domaine de la réduction des GES sera la révision du processus d’évaluation environnementale des projets d’oléoducs que les conservateurs ont sapé au point de détruire la crédibilité de l’Office national de l’énergie. Or la position de Justin Trudeau sur les oléoducs semble à géométrie variable : il est contre Northern Gateway d’Enbridge dans le nord de la Colombie-Britannique, mais favorable à l’expansion de l’oléoduc TransMountain de Kinder Morgan dans le sud de la Colombie Britannique, à condition que le processus d’évaluation soit révisé. Il soutient également le projet Énergie Est mais a signalé là aussi que le processus devait être révisé afin d’être crédible. Il s’est notamment engagé à ce que les évaluations environnementales tiennent compte des répercussions en amont des projets et « des émissions de gaz à effet de serre qu’ils généreront ».

Or, quelques jours avant l’élection, nous apprenions que l’un de ses directeurs adjoint de campagne libérale, le « bénévole » Dan Gagnier, agissait en même temps comme consultant de TransCanada. Il a même adressé un mémo à la compagnie pendant la campagne pour lui indiquer comment influer le processus décisionnel du futur gouvernement libéral afin de favoriser le projet Énergie Est… Dan Gagnier a démissionné et Justin Trudeau a pu limiter les dégâts. Heureusement pour lui, cette fausse note, qui montre les accointances de TransCanada avec le nouveau pouvoir, est survenue à la toute fin de la campagne.

Justin Trudeau veut à la fois réduire les GES du Canada et promouvoir la production des sables bitumineux qui a besoin de nouveaux oléoducs pour sa croissance. Ces objectifs sont antinomiques. Il devra choisir. Tout comme Québec qui se donne des objectifs de réduction ambitieux mais investit dans le même temps dans l’exploration pétrolière et dont la future politique énergétique risque fort d’encourager l’exploitation.

Une mobilisation en marche La population, elle, semble avoir déjà choisi. Un sondage commandité par le Réseau action climat (CAN-Rac) indiquait le printemps dernier que 61% des Canadiens (et 71% des Québécois) pensent qu’il est plus important de protéger le climat que de construire l’oléoduc Énergie est et de développer davantage les sables bitumineux. Plus de 100 groupes environnementaux, économiques et communautaires canadiens, dont l’AQLPA, ont écrit au nouveau gouvernement Trudeau pour lui demander de tenir ses promesses et de stopper, avant la conférence de Paris sur le climat, les processus actuels d’évaluation environnementale des projets de pipeline Énergie Est et TransMountain qui ne tiennent pas compte des impacts climatiques. Et ceci après que plus de 100 scientifiques renommés, dont un prix Nobel et 5 récipiendaires de l’Ordre du Canada, demandaient l’été dernier d’imposer un moratoire sur « le développement de nouveaux projets de sables bitumineux et des infrastructures qui leur sont associées » afin notamment de préserver le climat ». Au Québec, c’est plus de 160 groupes citoyens et environnementaux qui ont formé cet automne un Front commun pour la transition énergétique. L’AQLPA en fait bien évidemment partie.

La conférence des parties 21 (CdP21 ou COP21 en anglais) sur le climat de Paris sera l’occasion de nombreuses manifestations dans le monde où les gens démontreront qu’ils veulent de l’action en matière de climat et d’énergie. Il y en aura une à Ottawa. À Paris plus d’un million de personnes étaient attendues avant les tragiques événements du 13 novembre. On ne sait pas encore si cette manifestation pourra avoir lieu étant donné l’état d’urgence décrété à la suite des attentats. Mais au moment d’écrire ces lignes, la conférence, elle, est maintenue. Ceux qui sont prêts aux plus grands sacrifices pour défendre la vie ne peuvent que tenir tête devant les fanatiques de la mort et, au rendez-vous de l’histoire, redoubler d’ardeur pour aider à nous élever vers la grande transformation dont le monde a besoin. L’AQLPA sera sur place pendant toute la durée de la conférence et informera régulièrement ses membres et sympathisants des enjeux et du déroulement des négociations.

Les émissions de GES liées à Énergie Est sur 40 ans: l’équivalent de plus de 1,3 milliard d’autos

« Sur 40 ans, les émissions totales amont et aval du pipeline Énergie Est dépasseraient les 5,2 milliards de tonnes équivalent CO2, (GteqCO2) soit 64 fois les émissions du Québec de 2011. »
– Alain Brunel, directeur climat énergie, AQLPA 

Résumé : dans l’analyse qui suit, Alain Brunel, directeur climat énergie de l’AQLPA, expose des données inédites sur les émissions totales de gaz à effet de serre (GES), produites en amont par l’extraction et en aval par la combustion, associées au pétrole bitumineux transporté par les nouveaux projets d’oléoducs ou d’expansion des anciens sur toute leur durée d’opération. Les chiffres sont astronomiques. Et c’est une estimation conservatrice lorsqu’on la compare aux données du département d’État des États-Unis relativement au pipeline Keystone XL. Les émissions totales projetées sont également mises en perspective avec le budget carbone mondial limité qui nous est imparti pour éviter l’emballement climatique. Cette recherche montre hors de tout doute qu’on ne peut vouloir à la fois réduire les GES et favoriser l’exploitation des sables bitumineux. 

Version imprimable (PDF) à télécharger (cliquez ici). 

Par Alain Brunel, directeur climat énergie AQLPA, mars 2015

Pour une deuxième fois depuis qu’il est au pouvoir, le président des États-Unis a apposé son veto au projet de pipeline Keystone XL. Sur le fond, nous le savons, Barack Obama est préoccupé par l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES) que l’utilisation du pipeline entraînerait. Il a bien raison. En juin 2013, il affirmait dans un discours à Georgetown University qu’il considérerait KXL d’intérêt national pour les États-Unis uniquement s’il était démontré que l’oléoduc « n’exacerberait pas significativement » la pollution carbone. Et il a déclaré tout récemment que la production de pétrole bitumineux était « extraordinairement sale ». Continue reading

Énergie Est et GES : Alain Brunel, directeur climat énergie de l’AQLPA, a interpellé les dirigeants de l’ONÉ

Le président de l’Office national de l’énergie M. Peter Watson et sa vice-présidente Lyne Mercier sont venus expliquer le rôle de l’Office national de l’énergie le jeudi 26 février à HEC Montréal dans la perspective des audiences sur le projet Énergie Est de TransCanada. Un comité d’accueil d’une vingtaine de personnes de la coalition “SpeakVert !”, dont fait partie l’AQLPA, regroupement d’écologistes, de citoyens, d’agriculteurs et défenseurs de la langue française, les attendaient pour leur rappeler l’importance d’obtenir l’ensemble de la preuve de TransCanada en français. Pour leur rappeler également l’importance de prendre en compte la totalité des émissions de gaz à effet de serre que le projet de 1,1 million de barils par jour induira en permettant l’augmentation de la production des sables bitumineux de quelque 40%.

Alain Brunel, le directeur climat énergie de l’AQLPA, a interpellé directement les dirigeants de l’ONÉ sur ces questions en critiquant l’interprétation très restrictive de leur mandat alors qu’ils ont l’autorité des évaluations environnementales des projets d’oléoducs depuis la loi mammouth C-38. “Les émissions de gaz à effet de serre doivent être réduites à zéro d’ici quelques décennies, il s’agit de l’enjeu environnemental du siècle, d’un enjeu de civilisation. L’Oné ne peut pas ne pas en tenir compte quand le pipeline Énergie Est augmenterait à lui seul de 40% la production de sable bitumineux”.   Continue reading

Changer le cap du «Titanic» énergétique mondial

Texte d’Alain Brunel, directeur climat-énergie AQLPA, publié dans Le Devoir, le 30 décembre 2014, section Actualités sur l’environnement.

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Photo: Martin Mejia – Associated Press Des manifestants ont parodié les dirigeants mondiaux lors du dernier sommet sur le climat, à Lima.

Il s’est passé quelque chose d’important lors des négociations internationales sur l’avenir du climat tenues en décembre à Lima, au Pérou, pays du peuple du soleil, selon une légende inca. Les 195 États signataires de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques se sont engagés à soumettre l’an prochain — dès la fin du premier trimestre « pour ceux qui le peuvent » — un plan national de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), à mettre en oeuvre à partir de 2020. Malgré les persistants clivages Nord-Sud et les carences de l’accord conclu in extremis à Lima, des lignes figées depuis des années ont bougé. Les fondations d’un accord mondial de lutte contre les dérèglements climatiques commencent à prendre forme dans l’expression de cette volonté universellement partagée de faire partie de la solution. Continue reading

L’AQLPA commente l’accord historique de dernière minute à Lima – Le Canada doit maintenant faire face à ses responsabilités

Logo_AQLPA_LeftSidebarCOMMUNIQUÉ

Lima, 14 décembre 2014 – L’avenir du climat, donc du monde, s’est joué hier à Lima. Les négociations ont été ardues pour arracher un accord universel sur le projet de texte qui servira de clé de voûte à l’accord international devant être signé à Paris en 2015 dans le but d’éviter le pire des dérèglements climatiques.

Il a fallu deux nuits et une journée de temps supplémentaire au calendrier officiel pour y arriver. Bien sûr, beaucoup d’éléments essentiels manquent, mais l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) veut attirer l’attention sur le verre à moitié plein en soulignant la portée sans précédent de cet accord obtenu sous le leadership décisif – et respectueux de toutes les Parties – du président de la COP20, M. Manuel Pulgar Vidal, le ministre péruvien de l’Environnement. Continue reading

Une révolution 100% renouvelable à notre portée!

Par Marc Lebel, coordonnateur Climat-Énergie, AQLPA 

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« Ça semble toujours impossible, jusqu’à ce qu’on le fasse. » – Nelson Mandela

Coup de théâtre à la Conférence de Lima sur le climat. L’expression « net emission levels near zero » s’est frayé un chemin dans le texte débattu cette semaine dans le cadre de la Plateforme de Durban pour une action renforcée (ADP). Bien entendu, cette percée ne garantit pas une transition décisive vers l’énergie renouvelable, mais ça sent drôlement bon. La science le martèle dans ses rapports aux décideurs, mais on en vient parfois à penser que ça prendrait une intervention divine pour dégager un consensus parmi les Parties réunies une énième fois pour sauver la planète. L’intervention du pape François visant à rappeler la « responsabilité éthique et morale » qui nous incombe par rapport aux dérèglements climatiques et aux plus vulnérables qui en subissent les foudres s’ajoute à la sortie conjointe des évêques catholiques qui plaidaient jeudi à Lima pour la fin de l’ère fossile et la justice climatique[1]. Signe providentiel que des changements importants se pointent à l’horizon? Continue reading

Climats de Lima

Par Alain Brunel, directeur climat-énergie AQLPA

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L’espace central du site de la COP 20, en arrière-plan le quartier général de l’armée péruvienne. 

À Lima, capitale du Pérou, la dynamique politique de négociation sur les changements climatiques sous les auspices du secrétariat de la convention cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) n’a jamais été aussi bonne depuis des lustres, semble-t-il. Il est vrai que le récent accord sino-étasunien a ouvert le jeu ; le fonds vert est capitalisé à hauteur de $10 milliards US et des projets seront financés dès 2015. Mais rien n’est acquis pour la signature d’un accord international à Paris 2015, plusieurs obstacles majeurs subsistent et les négociations progressent à pas de tortue. Nous y reviendrons. Mais voyons dans quelle ambiance les délégations ministérielles ont travaillé dans la capitale péruvienne. Continue reading

Budget carbone : Angle mort des négociations, impasse de civilisation

Par Alain Brunel, directeur climat-énergie, AQLPA

Pendant qu’à Lima les négociations sur l’avenir du climat se trouvaient bloquées à un jour de la fin officielle de la conférence, malgré une nouvelle dynamique positive impulsée par l’accord sino-étasunien, il faut constater qu’une question majeure reste dans l’angle mort des pourparlers : le budget carbone. Le constat des experts intergouvernementaux sur l’évolution du climat (GIEC) est pourtant implacable. Il y a une limite au nombre de tonnes de dioxyde de carbone (CO2) que l’humanité peut émettre dans l’atmosphère dans les prochaines décennies si l’on veut avoir une petite chance de maintenir l’augmentation de température moyenne du globe à moins de 2° C au cours du siècle. Notre budget carbone global est fini et sera bientôt épuisé. Continue reading

Climat : Plus que quelques jours pour agir à Lima – Une occasion en or pour aider les populations les plus vulnérables à s’adapter

Par Marc Lebel, coordonnateur Climat-Énergie, AQLPA
9 décembre 2014

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Photo : Cordillera Blanca
Source : http://rafaelgribel.blogspot.ca/ – Crédit : www.summitpost.org

Rio est associé au Sommet de la Terre de 1992 où est intervenue la signature de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). New York rappelle le Sommet climatique de septembre dernier qui a engendré une immense vague citoyenne d’envergure mondiale. Mais Lima ? Que retiendra-t-on de la 20e conférence des parties (COP) de la CCNUCC, hormis un autre pèlerinage de diplomates servant à dérouler le tapis pour Paris en 2015 ? Quels sont les facteurs déterminants qui permettront d’éviter une répétition dramatique de l’échec de Copenhague en 2009 ? Après une semaine de préambules, la conférence de Lima entre dans sa phase critique. La présidence péruvienne et les négociateurs devront maintenant s’élever à la hauteur des enjeux en profitant des quelques jours qui restent pour laisser en héritage une feuille de route crédible pour aider les populations les plus vulnérables à s’adapter aux changements climatiques. Continue reading

Avis de gros temps pour le pétrole extrême

Par Alain Brunel, directeur climat-énergie, AQLPA

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Pas d’écume sans vague. Le yoyo des prix du pétrole, le matraquage publicitaire et les stratégies d’influence choquantes de TransCanada ou la propagande climato-négationniste du groupe albertain « Friends of Science » sont l’écume de lames de fond déferlant sur le pétrole extrême des sables bitumineux. La vigie qui lance ici l’alerte n’a rien d’un « extrémiste » vert bouteille. Il s’agit du cabinet européen de conseil et de courtage financier Kepler Cheuvreux, dont les actionnaires sont de gros joueurs comme le Crédit Agricole et la Caisse des dépôts et de consignation. Deux études récentes, « Stranded assets, fossilised revenues » et « Toil for oil spells danger for majors » décrivent les trois lames de fond qui sapent lentement mais sûrement le modèle économique des pétroles extrêmes. Continue reading