Category Archives: COP

Vers un arrimage du REDD+ aux forêts du Québec?

Par Simon Côté, Coordonnateur d’Arbre Évolution et membre de la délégation de l’AQLPA à la COP21, Paris le 11 décembre 2015

Depuis le début de la conférence de Paris, mon travail de couverture du protocole de l’ONU sur la Réduction des Émissions liées à la Déforestation et la Dégradation des forêts (REDD+) m’a fait réalisé que de multiples enjeux polarisaient un débat virulent entre les promoteurs politiques de la séquestration forestière du carbone et les milieux les plus actifs de la société civile. Ces frictions ont sans aucun doute comme point central le caractère vertical et autoritaire de l’implantation des projets REDD+ dans plusieurs pays du sud. Cependant, les responsables onusiens semblent réellement préoccupés par cet enjeu et tentent de rallier les parties grâce notamment à l’instauration de mesures de surveillance impliquant activement les ONG nationales et internationales dans un système crédible de vérification des projets REDD+.

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Mécanisme de développement propre (MDP) En quête d’un nouveau modèle

Par Philippe Bélisle, consultant en communication, membre de la délégation AQLPA à la COP 21 – Paris le 10 décembre 2015

Le Mécanisme de développement propre (MDP) devait être l’outil majeur de la « finance verte » du Protocole de Kyoto. 10 ans après son lancement, le système de transfert technologique et de crédit carbone est sur le respirateur artificiel, miné par l’effondrement du prix du carbone, la corruption et le laxisme de l’ONU.

Lorsque le Protocole de Kyoto a instauré des dispositifs de marché comme le Mécanisme de développement propre (MDP), l’idée était qu’il en coûterait moins cher de réduire les émissions dans les pays en développement que dans les pays industrialisés. Le MDP visait à donc à accélérer la mise en œuvre de technologies vertes dans les pays du Sud grâce à des investissements des pays du Nord.

Aujourd’hui, les règles sont toujours les mêmes : une entreprise ou un gouvernement d’un pays développé investit dans un projet de réduction de GES dans un pays en développement. En échange des réductions obtenues, l’investisseur a droit à des crédits appelés Unités de réduction d’émissions certifiées (UREC). Chaque UREC équivaut à une tonne de dioxyde de carbone (CO2). L’entreprise peut alors vendre ces UREC sur le marché du carbone ou les déduire de ses propres obligations internationales de réduction de GES. Elle se trouve à avoir « délocalisé » ses réductions de GES à moindre coût.

Depuis 10 ans, près de 8000 projets ont généré des investissements de plus de 150 milliards de dollars canadiens. Les entreprises ont récolté 1,6 milliard de crédits (UREC), soit  1,6 milliard de tonnes de CO2 évitées. Cela peut paraître important, mais c’est peu lorsqu’on considère que la Chine émet à elle seule  10 milliards de tonnes de CO2 par année.

Depuis la crise financière de 2008, le système s’est presque totalement effondré, le prix du carbone étant passé de plus de $ 30 CAD la tonne à moins de $ 1 CAD cette année sur les marchés où le MDP peut opérer.

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Séquestration carbone : entre opportunités et menaces

Par Simon Côté, Coordonnateur de Arbre Évolution et membre de la délégation de l’AQLPA à la COP21, Paris le 9 décembre 2015

Dans mon dernier billet, je mentionnais que l’arrimage des nombreuses réalités socio-économiques et culturelles du processus d’implantation de la REDD+ (Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation) était extrêmement ardu. En fait, il paraît impossible. Lors d’un atelier donné par le No REDD in Africa Network dans le cadre du Sommet Citoyen de Montreuil, plusieurs éléments de réflexions ont été soulevés. L’ensemble des panellistes, tous des acteurs locaux au Mozambique, en Ouganda, au Kenya et en Équateur, a unanimement dénoncé l’attaque colonialiste que représente pour eux l’implantation de la REDD+ par le Forest Carbon Partnership Facilities (FCPF) et la Banque Mondiale et les risques évidents de dépossession forestière pour les communautés locales.

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Les coalitions de la COP21 et la nouvelle dynamique des négociations climatiques

René Audet, Institut des sciences de l’environnement, membre de la délégation AQLPA à la COP21

Paris le 8 décembre 2015

Les conférences sur le climat sont toujours marquées par l’affrontement de coalitions de pays, parfois de leur convergence, et parfois même de leur émergence. À Cancun en 2010, le « Dialogue de Carthagène » avait joué un rôle central dans le dénouement des négociations (Voir : http://www.blogueaqlpa.com/2010/11/30/le-dialogue-de-carthagene-vers-une-coalition-des-bonnes-volontes/#more-715). Essentiellement composé des pays de l’Union européenne et de la coalition des petits États Insulaires (AOSIS), cette coalition avait fait contrepoids à une autre coalition, le « Groupe parapluie » qui représentait le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, le Kazakhstan, l’Urkraine, les États-Unis et l’Islande (Voir : http://www.blogueaqlpa.com/2010/12/01/le-japon-le-groupe-parapluie-et-la-lutte-contre-le-protocole-de-kyoto/#more-724) et qui constituait peut-être la frange des pays les moins ambitieux à l’égard de la lutte contre le changement climatique.

On pourra donc s’étonner de l’émergence d’un nouveau groupe ayant déclaré son existence dans les derniers jours : le Groupe des ambitions élevées. À l’instar du Dialogue de Carthagène de naguère, cette nouvelle alliance réunit des forces provenant de plusieurs autres coalitions de négociation : des pays africains, des Caraïbes et du Pacifique, mais aussi les membres de l’Union européenne et les États-Unis. Selon un article paru récemment dans le Guardian, le Groupe des ambitions élevées s’est formé en secret, il y a environ six mois, à la faveur d’autres rencontres internationales. Selon le même article, le niveau d’ambition auquel le groupe réfère porte sur quatre enjeux importants de la COP21 :

L’accord doit être légalement contraignant;

  • Il doit contenir un objectif à long terme à la hauteur des recommandations de la communauté scientifique;
  • Il doit contenir une « clause cliquet » (Ratchet clause dans le langage des négociations) qui consistera à assurer une évaluation des engagements des pays à chaque cinq ans, dans le but de les renforcer si nécessaire;
  • Il doit donner lieu à la création d’un mécanisme de suivi des progrès en matière de réduction des émissions pour tous les pays.

Ce sont là des enjeux importants dont il faudra suivre la matérialisation dans l’Accord de Paris. Mais au delà de l’importance de ces enjeux, c’est l’existence même de cette coalition qui est captivante : la dynamique des alliances dans les négociations climatiques a changé au cour des derniers mois.

Ceci est-il dû à une plus grande conscience du problème des changements climatiques dans la classe politique? Est-ce grâce à l’habile présidence française de la COP et à la vision de la Secrétaire générale de la Convention cadre des nations unies sur les changements climatiques, Christiana Figueres? Faut-il expliquer la nouvelle dynamique par des changements au sein de certains gouvernements, comme au Canada? À quel point la volonté du Président Obama de laisser un héritage constructif en cette fin de mandat joue-t-elle?

Ces questions restent ouvertes, mais on peut supposer que c’est la conjonction de tout cela qui rend la dynamique si intéressante. Lors de la plénière du « Comité de Paris » tenue hier soir, on pouvait sentir l’optimiste parmi les délégations. La nouvelle version du texte qui sera distribuée aujourd’hui permettra déjà d’évaluer la réelle portée de cette dynamique.

Au delà des cibles, où allons-nous?

René Audet, Institut des sciences de l’environnement, membre de la délégation AQLPA à la COP21

Paris le 8 décembre 2015

Après une première semaine de négociation, le Président de la Conférence climatique de Paris (COP21), Laurent Fabius, a rendu public ce samedi une nouvelle version du texte de l’Accord qui doit être signé à Paris. Peut-on trouver une meilleure manière d’arriver à la COP que d’attaquer tout de suite la lecture de ces 48 pages remplies de parenthèses, de crochets, d’alinéas, de notes de bas de page et autres symboles de l’énorme travail qui reste à faire?

Au cours de cette deuxième semaine de COP, j’essaierai de démystifier les enjeux de négociation, les mots qui les traduisent et les forces qui les défendent. Je me concentre ici sur les trois premiers articles (en gros, les 8 premières pages) du texte sobrement intitulé « Ébauche de l’Accord de Paris ». Je procède à partir de trois notions qui y sont énoncées et qui, à s’y intéresser attentivement, permettent de comprendre la direction générale que les négociations poursuivent. Ces trois notions sont « l’accès équitable au développement durable », les INDC (Intended Nationally Determined Contribution) et la transformation. Ces trois notions, à mon avis, permettent d’entrevoir vers où pourraient mener un accord à Paris, au delà de la question des cibles concrètes de réduction et de l’objectif du 2 degrés.

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Forêts, carbone et climat : le dispositif REDD +

Par Simon Côté, Coordonnateur de Arbre Évolution et membre de la délégation de l’AQLPA à la COP21, Paris le 7 décembre 2015

Ça y est, l’équipe d’Arbre-Évolution est en sol parisien afin de prendre part aux événements de la Conférence cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) dite COP21 de Paris. Nous sommes très heureux de participer à cette ébullition politique et sociale. L’esprit de collaboration et de partenariat dans lequel nous accomplirons cette mission européenne pour le climat, notamment avec l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) et le Collectif de la Société Civile Québécoise regroupant plus de 25 organisations, est, à notre avis, ce qui représente le mieux nos objectifs pour la COP21. Cet esprit de synergie est également l’élément fondateur qui représente à nos yeux la meilleure façon de bâtir ensemble la société de demain.

En tant que coordonnateur de cette belle organisation de reboisement socio-environnemental qu’est Arbre-Évolution, j’aurai la tâche de couvrir le processus de la REDD+ (Réduction des Émissions liées à la Déforestation et la Dégradation des forêts), un volet des négociations de la COP21 qui démontre de grandes ambitions pour la gestion des stocks de carbone forestier à travers le globe.

Parlons REDD+

D’entrée de jeu, signalons que la REDD+ est un protocole d’entente ayant déjà été ratifié par 47 pays dont 18 en Afrique, 18 en Amérique centrale et 11 en Asie. Ces nations du « sud » seront appelées à devenir les principaux acteurs de l’enjeu de la lutte contre la déforestation et la dégradation des forêts qui occupe à lui seul jusqu’à 20% des émissions totales de GES de la planète selon le Forest Carbon Partnership Facilities (FCPF), organe administratif de la REDD+[1].

La structure actuelle de ce protocole permet à des pays en voie de développement de souscrire à un fond de mise en œuvre, le « Readiness Fund », afin d’enclencher un processus d’évaluation, d’inventorisation et éventuellement de protection des stocks de carbone contenu dans les forêts nationales. Les capitaux du « Readiness Fund » sont principalement  fournis par les pays du nord comme l’Allemagne, la Norvège, l’Angleterre et…le Canada !

En effet, le Canada a contribué à une hauteur de 40 millions de dollars en 2011[2] afin de participer à l’effort collectif des pays dits développés pour soutenir des solutions forestières à la lutte aux changements climatique dans les pays dits défavorisés (REDD+). Par solutions forestières, la REDD+ entend davantage les aspects de conservation et d’aménagement durable que de reboisement. [3]

Lorsqu’un pays souscrit à la REDD+ et demande par conséquent l’aide du « Readiness Fund », il doit d’abord développer une très complexe analyse de ses stocks de carbone forestier tout en intégrant les doléances des secteurs de l’industrie privée (forestières, minières, etc…) et ceux des communautés citoyennes et des peuples autochtones. Arrimer de façon juste l’éventail des nombreuses réalités socio-économiques et culturelles afin d’appliquer des mesures concrètes de protection du carbone forestier est une tâche extrêmement ardue. Et c’est ce qui explique en parti que depuis l’entrée en vigueur de la REDD+ en 2007, seuls quatre pays ont réussi à faire une percée sur des marchés de carbone bilatéraux et vendre des crédits. [4]

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Les apatrides du climat

Par Philippe Bélisle,  membre de la délégation AQLPA à la COP21, Paris le 5 décembre 2015

« Les choses mal nommées n’existent pas », déclarait cette semaine Nicolas Hulot, l’envoyé spécial du président français pour la protection de la planète, à propos des réfugiés climatiques. Ils sont 25, 30 millions, forcés chaque année de tout laisser derrière eux à cause des dérèglements du climat.

La multiplication et l’intensification des phénomènes météorologiques extrêmes sont confirmées, analysées, répertoriées. Inondations, typhons, déforestation, désertification, sécheresse, contamination de l’air et de l’eau, autant de fléaux qui poussent à l’errance des pêcheurs, des agriculteurs, des citadins, parfois plusieurs fois par année, dans leur propre pays ou à l’extérieur des frontières.

« Leur destin n’est plus anecdotique; en cette ère de télévision en direct, nous voyons maintenant leurs visages, nous connaissons leurs histoires, leurs tragédies et leurs souffrances », ajoutait Hulot. Mais ces personnes déplacées, qui seront jusqu’à 150 millions par année en 2050 selon les Nations Unies, sont des apatrides qui ne font l’objet d’aucune reconnaissance ni d’aucune protection.

La conférence, organisée par la Fondation Hulot avait pour thème : Sécurité, climat et migrations, et tombait à point nommé, au moment où les négociateurs d’un éventuel Accord de Paris s’accrochent sur des virgules mais se désintéressent complètement du sort des principales victimes du changement climatique.

Le concept de « réfugié climatique » a été évoqué – indirectement – pour la première fois à la COP de Cancun, en 2010, sous la forme d’une petite phrase dans le communiqué final  à propos du respect des droits humains dans la lutte au changement climatique. À Paris, plusieurs groupes font pression pour que le texte final reconnaisse l’existence de ces « écoréfugiés », à tout le moins dans le préambule, mais leurs voix ne semblent pas encore assez fortes pour influer sur le cours des négociations.

Vers une meilleure protection des réfugiés climatiques

En 2012, la Norvège et la Suisse lançaient l’Initiative Nansen, avec l’objectif de créer un consensus entre les États sur la meilleure façon de traiter les déplacements transfrontaliers des victimes des catastrophes naturelles reliées ou non au dérèglement du climat. Une centaine de pays appuient aujourd’hui cette initiative inédite qui porte le nom de Fridjof NANSEN, un explorateur et diplomate norvégien de la fin du 19è et début du 20è siècle. Nansen, qui avait mené des expéditions en Arctique, avait ensuite été nommé ambassadeur à la Société des Nations, responsable des réfugiés de la première Guerre mondiale; il avait créé un passeport spécial pour les réfugiés apatrides, le « passeport Nansen », qui avait été accepté par plus de 50 pays… Pour marquer son travail remarquable auprès des réfugiés, Nansen avait obtenu le prix Nobel de la Paix en 1922.

photo dans version attachée

Fridjof NANSEN (1861-1930)

Pour l’envoyé spécial de l’Initiative Nansen, Walter Kaelin, une meilleure protection des réfugiés climatiques ne passe pas nécessairement par l’élargissement du concept de réfugié décrit dans la Convention de Genève de 1951, qui s’attache davantage aux notions de persécution politique, raciale ou religieuse. Il serait donc difficile, selon M. Kaelin, d’inclure celle de « réfugié climatique » puisque la preuve de l’origine climatique des migrations demeure problématique auprès des tribunaux et des instances nationales ou internationales. Comment prouver que les catastrophes naturelles, responsables de la migration de millions de personnes, sont causées par le changement climatique et non par les cycles saisonniers?

Il y a bien la Déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU, qui prévoit le droit à la propriété, à la santé et à l’éducation, mais là encore, il n’y a pas de lien direct avec ces nouveaux migrants qui devraient être pris en charge par la communauté des nations qui, après tout, est responsable de la folie du climat à l’échelle planétaire. À moins d’une véritable volonté politique de tous les pays, conclue M. Kaelin, les droits des réfugiés climatiques ne seront jamais inscrits dans les législations nationales et demeureront dans les limbes.

« Migrer dans la dignité »

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM), un organisme intergouvernemental, a adopté une approche novatrice pour mieux gérer les déplacements forcés qui se multiplieront au cours des prochaines décennies : intégrer les migrations dans la réinstallation planifiée des populations vulnérables. Pour Dina Ionesco, chef de la division Migration, Environnement et Changement climatique à l’OIM, avec les connaissances accrues dont nous disposons à propos des effets du changement climatique, mieux vaut se préparer que de subir ses effets dévastateurs.

Elle donne l’exemple de l’Alaska, où la fonte du pergélisol, qui se produit à un rythme accéléré, empêchera bientôt les populations de poursuivre leur mode de vie; on commence donc déjà à prévoir leur déplacement vers des régions plus adéquates. Pour l’OIM, l’approche « Move in Dignity » relève du bon sens et d’une saine gestion des risques.

L’OIM définit ainsi les réfugiés du climat : « les réfugiés de l’environnement sont des personnes ou groupes de personnes qui, en raison de changements soudains ou progressifs de leur  environnement affectant leur vie ou mode de vie, sont contraints de quitter leur lieu de résidence, ou choisissent de le faire, de façon temporaire ou permanente, et qui se déplacent dans leur propre pays ou à l’étranger. ». La définition englobe donc non seulement les catastrophes liées au climat, mais aussi les catastrophes naturelles, comme les tremblements de terre ou les éruptions volcaniques.

Réfugiés climatiques et sécurité

Selon François Gemmene, membre de la commission scientifique de la Fondation Nicolas Hulot et spécialiste des migrations, le lien entre climat et sécurité est devenu un enjeu majeur dans le dossier des réfugiés climatiques. Selon lui, environ 40% de ceux-ci se retrouvent en zone de conflits, dont les causes sous-jacentes sont elles-mêmes intimement liées à l’accès à l’énergie, à l’eau ou aux manifestations météorologiques extrêmes.  Le changement climatique est devenu un enjeu de sécurité pour les États du monde. L’impuissance de l’armée américaine, la plus puissante de la planète, devant la dévastation des ouragans Katrina et Sandy et le sort des nouveaux « naufragés urbains », a incité la NSA et la CIA à considérer le changement climatique comme un enjeu de sécurité nationale. À une échelle plus réduite, François Gemmene donne l’exemple de certaines régions du Sahel où des populations migrantes en raison d’une sécheresse prolongée, doivent emprunter des corridors migratoires déjà occupés par d’autres ethnies, provoquant des conflits parfois violents.

Peu d’attention à la COP21

Avec la crise des migrants en Europe qui monopolise l’attention, les déplacés du climat sont à peu près laissés pour compte à la COP21 au Bourget. À l’issue de la première semaine de la Conférence de Paris, les observateurs s’inquiètent du blocage qui semble s’être installé à propos de l’enveloppe financière de 100 milliards de dollars promise par les pays développés aux pays vulnérables pour les aider à s’adapter au changement climatique. La question des « déplacés environnementaux » est probablement très, très loin dans l’esprit des négociateurs, au moment où les ministres reviendront dans la capitale française pour tenter, in extremis, de s’entendre sur un nouveau texte qui permettrait de sauver la planète.

Pendant ce temps, un nouveau pays s’est joint à l’Initiative Nansen, la République des Kiribati, un minuscule pays insulaire d’à peine 800 km2 situé dans le Pacifique sud, et qui risque d’être rayé de la carte d’ici la fin du siècle.

Océans : le géant en péril

Par Alain Brunel, directeur climat énergie, AQLPA, Paris, le 4 décembre 2015

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Pendant qu’à Paris, les Parties s’arc-boutent sur leurs positions respectives et que les négociations piétinent, un géant planétaire, le système océans, attaqué de toutes parts par les émissions de gaz à effet de serre, est en péril. Il subit de profondes transformations lourdes de menaces non seulement pour lui-même, mais pour les humains. Une journée a d’ailleurs été consacrée aux océans à la COP21 hier et plusieurs conférences ont porté sur ce sujet aux implications planétaires.

Il faut d’abord souligner que plus de 50% de l’oxygène que nous respirons provient du phytoplancton, des micro-algues, qui prospèrent dans les océans. Le système océanique joue un rôle majeur dans le climat du globe notamment par ses échanges de gaz, de vapeur d’eau et de chaleur avec l’atmosphère. Le rôle des océans dans la régulation du climat mondial est donc crucial et pas encore très bien compris, en particulier dans ses profondeurs. A l’occasion de la Conférence climatique de Paris, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a regroupé dans une publication spéciale les chapitres de son dernier rapport ayant trait à l’océan.

Trois attaques simultanées

Trois phénomènes liés aux changements climatiques se conjuguent pour altérer les océans.

  1. L’acidification des mers est une conséquence de l’absorption du dioxyde de carbone (CO2) par les océans qui forme de l’acide carbonique. Les océans absorbent 25% des émissions mondiales de CO2 et l’acidification a augmenté de 30% au cours des 250 dernières années. La dernière fois que le taux d’acidité a augmenté à ce rythme, c’était il y a… 65 millions d’année. C’est un phénomène qui va nuire à la vie marine en particulier aux organismes comme les huitres, les moules, les coraux, certaines espèces de plancton dont le squelette est composé d’aragonite, un minéral de la famille des carbonates. On peut voir sur la photo jointe, montrant des simulations présentées à la COP21 par l’Agence américaine des océans et de l’atmosphère (NOAA) sur une maquette de globe, que dans les scénarios du laisser-faire, les trois océans entourant le Canada seront complètement sous-saturés en aragonite d’ici 60 ans, posant une grave menace à nombre d’organismes. Les premiers effets sont anticipés dans l’Arctique d’ici 2020…
  2.  Le réchauffement des océans. Les océans ont absorbé jusqu’ici 93% de l’excès de chaleur injecté dans le système climatique par les Gaz à effet de serre (GES). L’atmosphère n’en a retenu que 2,3%, la fonte des glaciers continentaux et polaires que 2%. Selon Ed Hill, un chercheur britannique entendu ici, sans la capacité d’absorption des océans, la température moyenne du globe aurait augmenté depuis 150 ans, non pas de 1°C mais bien de 36°C, oui trente-six degrés Celsius! La température moyenne de la mer en surface a déjà augmenté de 0,7°C, chiffre qui devrait excéder 3°C dans certaines régions océaniques d’ici la fin du siècle. Le réchauffement des mers a des effets directs sur la vie marine. Ainsi il est presque certain que la hausse des températures n’est pas étrangère au déclin des stocks de morue dans l’Atlantique nord. Le « Blob » du Pacifique, cette énorme « bulle » d’eau chaude apparue au large la Côte ouest depuis trois ans (et qui n’a pas de rapport avec le phénomène El Niño), perturbe toute la vie marine. Il a induit d’importantes efflorescences d’algues toxiques et a joué un rôle certain dans la vague de chaleur de l’ouest canadien de l’été dernier.
  3. La désoxygénation des océans est un phénomène moins connu. Des eaux plus chaudes ont une moindre capacité de solubiliser et d’absorber l’oxygène. Ce phénomène est donc déjà en cours. Également, le réchauffement risque d’accentuer la stratification verticale des couches d’eau de l’océan et donc d’altérer le transport de l’oxygène de la surface vers les profondeurs. L’acidification des eaux et le déversement des nutriments dans les eaux de surface contribuent aussi à la désoxygénation. Selon les modèles, la quantité d’oxygène dans les océans devrait chuter de 1 à7% au cours du prochain siècle. Là encore, les organismes vivants dans les océans seront durement affectés. Seuls ceux qui tolèrent des eaux pauvres en oxygène pourront se multiplier. C’est le cas des microbes…

Une interaction mal comprise

L’interaction de ces méga-phénomènes est mal comprise. Et nous n’avons même pas parlé de la hausse du niveau des mers qui va aller en s’accélérant. Les Nations Unies vont probablement demander aux experts du climat de produire dans les prochaines années un rapport spécial sur les océans qui inclurait les conséquences économiques et sociales de telles ruptures écologiques. Et les effets seront, à n’en pas douter, majeurs. Considérez ces chiffres : 145 millions de personnes vivent à moins d’un mètre d’altitude; 40% de la population mondiale vit à moins de 100km des côtes; 3 milliards de personnes tirent une partie significative de leurs protéines des poissons et des produits de la mer.

Les stratégies d’adaptation pour faire face à ces méga-problèmes impliquent de conserver autant que possible un potentiel de résilience maximal au système océans, notamment en sauvegardant un ensemble d’habitats variés. La lutte contre les autres facteurs de stress est également fondamentale. La pollution des eaux des mers et l’eutrophisation des deltas et embouchures de grands fleuves par les substances organiques et inorganiques doivent être stoppées.

Mais aucun progrès ne sera véritablement possible sans recourir à l’arme ultime : stopper la pollution de l’air en réduisant radicalement les émissions de dioxyde de carbone et autres gaz à effet de serre.

Le climat à la COP21

Par Isabeau Desrochers Giroux, membre de la délégation AQLPA à la COP21,Paris le 3 décembre 2015

S’échelonnant sur deux semaines à compter du 29 novembre au Parc des expositions du Bourget, la 21e Conférence des Parties (ou COP21 pour les connaisseurs) sur les changements climatiques a marqué l’histoire lundi dernier. L’arrivée de 150 chefs d’État, présents simultanément sur le site, en fait un rassemblement sans précédent. Malgré les appréhensions, tout s’est déroulé sans problèmes particuliers et dans une ambiance électrique. 

Le site, divisé en trois sections[1], représente un microcosme des enjeux environnementaux où se côtoient jeunes activistes, gens d’affaires, Organisations non gouvernementales (ONG) et membres de délégation. Chacun y trouve son compte avec plus d’une centaine de conférences, rencontres de négociations, points de presse et projections de film par jour, sans compter les expositions d’art, les exposés de groupes de recherche et les démonstrations de nouvelles technologies.

Si certains rassemblements environnementalistes manquent parfois d’authenticité en proposant des aliments suremballés ou en choisissant un local mal-adapté et peu accessible, on constate rapidement l’effort de la présidence française et du secrétariat de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC)  dans l’orchestration de l’organisation. Deux cents navettes électriques desservent une liste d’hôtels dans la région de Paris et les gens accrédités bénéficient tous d’une passe Navigo leur permettant de circuler dans l’ensemble du réseau de transport collectif de l’île de France. Dès le premier jour, on nous propose un cadeau dans lequel est compris un sac réutilisable et deux crayons (de confection française), ainsi qu’une bouteille que les participants peuvent remplir en visitant un des 45 points d’eau sur le site. Du côté des restaurateurs, bien que quelques exceptions ternissent l’esprit durable, la plupart offrent des repas dont les déchets sont recyclables, compostables ou réutilisables, à des prix pouvant accommoder tous les budgets. 

Les cœurs verts se réjouissent de retrouver un pédale-a-watt où les plus motivés peuvent recharger leurs appareils électroniques en faisant un peu d’exercice. Pour les moins sportifs, on propose une multitude de casiers de recharge, barrés à clé, où les appareils peuvent se réalimenter en toute quiétude. Les amants de la technologie sont bien servis avec du WIFI sur l’ensemble du site, ainsi que 30 minutes gratuites (quoique moins fiables en période d’affluence) dans les autobus de la COP21 qui desservent les stations du Réseau Express Régional (ou train RER).

Si les évènements qui ont eu lieu à Paris le 13 novembre ont fait planer un doute quant à la convivialité des activités de la COP21, l’ambiance quotidienne n’en semble guère perturbée. Pendant les discours des chefs d’État, des attroupements de gens souriants se formaient autour de ceux qui les suivaient sur leur ordinateur portable. Dans les transports en commun, de parfaits étrangers échangent quotidiennement des commentaires et plaisanteries.

Une mise à jour du texte négocié est prévue pour vendredi de cette semaine, mais plusieurs des articles présentent toujours, malgré les nombreuses rencontres préalables, une multitude d’options parfois très dissemblables. L’inaccessibilité de plusieurs rencontres officielles, réservées aux délégués, et les nombreuses incertitudes demeurant quant au texte négocié, alimentent quelques frustrations chez les membres de la société civile.

Le début des négociations s’annonce positivement avec les quelques annonces, dont celle du Canada, de contribution monétaire pour l’adaptation. Il existe cependant toujours un énorme manque à gagner. Dans un rapport publié en 2007 par le secrétariat de la CCNUCC sur le financement de l’adaptation, on estimait qu’au minimum 38 milliards de dollars américains seraient nécessaires d’ici 2030 pour l’adaptation. On y parlait notamment des besoins: de l’adaptation des infrastructures de distribution d’eau (11 milliards de dollars américains), de fonds pour pallier à la croissance de la malnutrition et des maladies diarrhéiques et transmises par vecteurs (5 milliards de dollars américains) et les coûts d’adaptation des infrastructures pouvant frôler les 130 milliards de dollars américains. Ces chiffres ont depuis lors, été révisés à la hausse. Ces besoins seront d’autant plus importants si les États n’arrivent pas à réduire davantage leurs émissions.

Une analyse des quelques centaines de documents sur les réductions nationales (portant le nom d’INDCs pour “Intended Nationally Determined Contributions”) qui couvrent 94% des émissions globales selon le secrétariat de la Convention-cadre, démontre qu’elles sont insuffisantes. Sans intervention supplémentaire, la hausse moyenne du thermomètre estimée serait de 2.7°C. Quand on sait que la cible de 2°C est source de friction compte tenu de l’impact prévu dans les pays du Sud, on ne peut que s’inquiéter. Toutefois, le Secrétariat de la CCNUCC a laissé savoir que pour plusieurs États, ces documents représentaient un plancher de réduction et non pas un plafond. Seul le temps dira ce qu’il en sera, mais si le passé est garant de l’avenir, le protocole de Kyoto n’a pas été un exemple de conformité juridique. Les perceptions ont cependant beaucoup changé depuis et, avec un peu de chance et de volonté, un accord sur le climat digne de ce nom verra le jour à la fin de la semaine prochaine.



[1] Le centre de conférence, accessible seulement par les personnes accréditées, où se tiennent les négociations et les nombreuses conférences; les Espaces générations climat, une première dans l’histoire des COP; et la galerie, où les professionnels de l’industrie peuvent présenter et valoriser leurs  technologies et innovations. Pour plus d’information, visitez : http://bourget.cop21.gouv.fr/fr/

COP21 La table est mise, reste à s’entendre sur le menu

Par Alain Brunel, directeur climat énergie, AQLPA, Paris le 1er décembre 2015

Hier, lors du premier jour la conférence COP21 des Nations Unies sur les changements climatiques, la France a convié 150 chefs d’État à prendre la parole devant les délégués. Un rassemblement sans précédent de dirigeants en un même lieu, qui marque déjà l’histoire. Chacun est venu poser, en trois minutes, sa vision et sa position sur les négociations devant mener à un accord pour juguler les changements climatiques devant prendre effet à partir de 2020. La table est donc mise, mais il reste à s’entendre sur le menu. Et là, les divergences de vues et de goûts restent fortes, en particulier entre pays développés et pays en développement.

Pourtant le constat, le diagnostic, sur les conséquences néfastes des émissions de gaz à effet de serre (GES), semble largement partagé. Le dernier rapport des experts du climat du GIEC, diffusé en 2013-14, était en effet sans équivoque : l’humanité doit réduire ses émissions globales de 40 à 70% d’ici 2050 et ensuite aller vers zéro émission nette dans la deuxième moitié du siècle pour limiter le réchauffement une hausse moyenne de 2°C, seuil considéré critique pour le système climatique.

Mais des pays comme l’Inde et la Chine soutiennent que les peuples des pays en développement  comme les leurs devraient avoir droit de continuer d’émettre des GES afin de pouvoir se développer comme l’ont fait les pays développés. Le premier ministre indien, Narendra Modi, a rappelé dans son discours que 300 millions d’Indiens n’ont même pas encore l’électricité. L’Inde et la Chine produisent l’essentiel de leur électricité en brûlant du charbon, ressource énergétique dont ils disposent en abondance sur leur territoire.

L’Inde qui s’est fixé des objectifs de réduction d’intensité carbone et non de réduction absolue en volume, souhaite donc que sa situation particulière soit prise en compte dans ces négociations. Les questions de financement de la transition énergétique et d’adaptation seront évidemment un des enjeux clés de cette négociation historique où, comme le soulignait le Prince Charles, « jamais les espoirs d’autant de gens n’auront été portés par aussi peu de personnes ».