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Réaction AQLPA sur le bilan canadien à la COP22 : Le Canada est de retour… dans le passé.

Saint-Léon-de-Standon, le 21 novembre 2016 – La 22e conférence mondiale sur le climat (COP22) s’est terminée sur une note relativement positive si on exclut le Canada et les États-Unis.

La grande majorité des pays du monde ont donné suite aux engagements pris en 2015 lors de la COP21 à Paris. De plus, les deux grands abstentionnistes qu’étaient la Chine et l’Inde font maintenant partie des pays participants. Il y a certainement lieu de se réjouir de cette mobilisation planétaire.

«Pour ce qui est du Canada, c’est le jour de la marmotte; le Canada est de retour… dans le passé. En reconduisant les cibles irresponsables mises de l’avant par Harper, le Canada ne peut prétendre agir sérieusement dans la lutte au réchauffement planétaire, d’autant plus qu’il prévoit permettre une augmentation de 40% de la production de pétrole bitumineux. Le Canada a d’ailleurs encore mérité le titre de cancre de l’année décerné par le Réseau action climat international. À la clôture de cette conférence déterminante pour l’avenir de la planète, le Canada n’est tout simplement pas la hauteur de ses promesses et responsabilités» a déclaré Alain Brunel, conseiller climat énergie AQLPA.

De plus, le Canada annonce aujourd’hui une nouvelle qui se veut réjouissante : l’abandon de la production d’électricité produite par les centrales au charbon. L’AQLPA accueille cette dernière initiative positivement mais tient à apporter une importante nuance. La fermeture des centrales au charbon de la Nouvelle-Écosse est en fait encore reportée car selon l’Accord nord américain sur les pluies acides (annexe 1, 1991 et annexe 2, 2000), elles auraient dû être mises au rancart depuis 2006.

«Sous les conservateurs et Peter McKay, les centrales au charbon de la Nouvelle-Écosse ont bénéficié d’un report d’échéance indéterminé, aujourd’hui on apprend qu’elles continueront à cracher les polluants causant les pluies acides et le réchauffement planétaire encore longtemps, jusqu’en 2030 donc avec 25 ans en retard dans le dossier des pluies acides. Un devoir de mémoire s’impose» signale André Bélisle, président AQLPA.

Pour ce qui de notre voisin américain, les déclarations du président nouvellement élu démontrent clairement une rupture avec la bonne volonté et la conscience planétaire de l’administration Obama. Heureusement la société américaine, incluant de nombreux états et des centaines de grandes entreprises, demandent à Donald Trump de respecter leur volonté d’agir de façon responsable face à l’urgence climatique. L’espoir existe bien que mince.

Une conclusion s’impose : c’est à la société civile que revient encore la tâche de responsabiliser nos gouvernements.

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SOURCE
Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA)

INFORMATION
André Bélisle, Président, AQLPA
cellulaire : 418 390 2367

Ambition, transparence, cohérence – Les enjeux de la COP22 à Marrakech

Par Alain Brunel,  conseiller climat énergie, délégation AQLPA

Marrakech, Maroc, le 7 novembre 2016 –

Au sortir d’une période particulièrement difficile, l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) a tenu à envoyer pour une neuvième année consécutive une délégation à la 22e Conférence des parties (CdP ou en anglais COP 22) de Marrakech du 7 au 18 novembre. Philippe Bélisle, ancien journaliste de Radio-Canada, sans lien de parenté avec le président de l’AQLPA et moi-même, qui étions à la COP21 à Paris l’an dernier, sommes à Marrakech pour suivre les événements des deux prochaines semaines.

L’importance des enjeux des négociations climatiques n’est plus à démontrer. Et l’année écoulée a été fertile de bonnes nouvelles pour le régime des négociations climatiques internationales.  Contre toute attente, l’accord de Paris est entré en vigueur le 4 novembre dernier, en un temps record, moins d’un an après son adoption lors de la 21ème Conférence des Parties. Plus de 100 pays ont déjà ratifié l’accord. Il entrera donc en vigueur en 2020.

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La porte de la salle plénière Marrakesh sur le site de la COP22 à Marrakech

À Kigali, il y a un mois, les 196 Parties au Protocole de Montréal sur la protection de la couche d’ozone ont adopté un amendement prévoyant la réduction puis l’élimination des hydrofluorocarbures (HFC) d’ici 2047. Ce gaz, utilisé notamment dans les climatiseurs, a un potentiel de réchauffement planétaire 11 400 fois plus élevé que celui du dioxyde de carbone (CO2). Selon les experts, ce simple amendement au protocole de Montréal permettra d’éviter 0,5°Celsius de réchauffement global, mais bien après 2030.

Enfin, les 191 États membres de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), dont le siège est à Montréal, ont convenu début octobre de geler les émissions de gaz à effet de serre du transport aérien à partir de 2020 et de diminuer leurs émissions de 50% d’ici 2050 par rapport à celles de 2005, notamment par la mise en place d’un marché carbone couvrant tout le secteur. Le transport aérien est un secteur d’activités en forte croissance qui n’est pas couvert par l’accord de Paris. Il cumule aujourd’hui 2% du total des émissions mondiales de CO2, soit autant que le Canada.

La rencontre de Marrakech se déroulera sous le mot d’ordre de l’action.  Il reste en effet beaucoup de pain sur la planche pour infléchir la trajectoire des émissions qui continuent toujours à augmenter, bien que le rythme de croissance ralentit : en 2014, les émissions mondiales ont atteint 54,2 milliards de tonnes de CO2 équivalent (GtCO2 eq) selon l’Onu. Voici donc les principaux enjeux à surveiller pendant la Conférence de Marrakech.

Rehausser les ambitions

Les mesures d’atténuation annoncées par les États sont  à ce jour nettement insuffisantes pour ne serait-ce que respecter l’objectif stipulé dans l’accord de Paris de limiter la hausse de la température moyenne mondiale « bien en deçà de 2°C », sans même parler de la limiter à 1,5 °C. Selon les estimations d’un rapport tout chaud du Programme des nations unies pour l’environnement (PNUE),  The Emissions Gap Report 2016, si les États se limitent aux mesures annoncées jusqu’ici, le réchauffement pourrait atteindre jusqu’à 3,4°C d’ici 2100. Et les mesures actuellement sur la table ne couvrent que le tiers du chemin pour limiter la hausse mondiale à moins de deux degrés.  Il est donc crucial de rehausser les ambitions avant 2020 et aussi avant 2030 afin de bénéficier des nombreux avantages d’une action anticipée, dont le simple fait de se donner une chance de limiter la hausse sous les deux degrés.  Un dialogue de facilitation est prévu en 2018 pour faire le point sur l’intensification des efforts avant l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris en 2020.  Beaucoup de travail technique reste à faire afin d’élaborer cette feuille de route et la délégation du Canada s’inquiète du fait que peu de séances techniques sont prévues à cet effet à Marrakech.

Objectifs de long terme

Des stratégies de long terme, c’est-à-dire pour 2050, doivent également être discutées à Marrakech.  Le contenu est vague pour l’instant, mais l’alignement sur les données de la science des derniers rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ne laisse guère de doute sur la destination et le chemin pour y arriver. Il passera par l’élimination totale des émissions, voire par des émissions dites négatives (retirer du carbone de l’atmosphère). L’accord de Paris était resté délibérément vague sur le sujet. Le Canada se joindra au Mexique et aux États-Unis pour faire une annonce sur ce point le 16 novembre.

La transparence : mesure, transmission, vérification

L’approche dite bottom up de l’accord, selon laquelle les pays doivent volontairement présenter leur plan national de réduction des émissions, impose de suivre une méthodologie rigoureuse pour mesurer de façon comparable les émissions de chaque pays et leur évolution dans le temps, afin également de pouvoir faire les nécessaires comparaisons internationales. De la transparence est requise. Deux enjeux subsidiaires : s’entendre sur des mécanismes de vérification externes et renforcer les capacités des pays en développement à piloter ce travail technique. Une journée complète sera consacrée le 8 novembre à cet important  enjeu.  Rendez-vous plus tard cette semaine.

Finance climatique

L’argent est toujours le nerf de la guerre. Une feuille de route pour trouver les moyens d’augmenter le financement climatique à 100 milliards $ US d’ici 2020, tel que stipulé dans l’AdP, doit également être établie à Marrakech. À quelque 67 milliards de financement public bilatéral et multilatéral comptabilisé aujourd’hui, on est encore loin du compte. D’autant que la tentation existe pour les pays contributeurs de recycler des fonds d’aide au développement en financement climatique.  Se pose également la question de la définition et des frontières de ce qui sera financé ou pas.

Quelle place pour l’adaptation?

De même, les pays en développement qui subissent déjà lourdement les impacts des changements climatiques souhaitent que le financement soit consacré de façon équitable entre adaptation et atténuation.  L’enjeu des pertes et préjudices reste également lancinant. Ici l’Accord de Paris exclut explicitement des financements provenant des pays riches pour compenser les pertes et préjudices déjà cumulés par les pays et populations vulnérables.  Mais des financements innovants, type taxe sur le transport aérien, pourraient y contribuer.

Quelle cohérence pour le Canada?

Comme à chaque COP, la délégation de l’AQLPA rendra compte des positions du Canada dans les négociations et, le cas échéant, celles du Québec dans ses participations à différents événements. Le Canada a franchement amélioré son image internationale depuis l’élection du gouvernement Trudeau. La ministre de l’Environnement et des changements climatiques, Catherine McKenna, a joué un rôle important l’an dernier dans le résultat des négociations de Paris. Mais le Canada de Justin Trudeau est aux prises avec une contradiction difficilement surmontable qu’il évite d’aborder publiquement: se faire le promoteur actif de l’augmentation de la production et de l’exportation des énergies fossiles canadiennes, tout en promettant de se conformer aux objectifs de l’Accord de Paris et de réduire les émissions de gaz à effet de serre de façon radicale.

L’AQLPA et la quarantaine de membres d’autres organisations non gouvernementales canadiennes présentes à Marrakech, se feront un devoir de le lui rappeler.

Laval 1, Énergie Est 0

Par Alain Brunel, directeur climat énergie, AQLPA.

huile dans l'eau

Bravo Laval ! Bravo à Marc Demers, maire de Laval et à son conseil municipal, qui s’oppose fermement au projet d’oléoduc d’Énergie Est de TransCanada! La troisième ville en importance du Québec a pris cette position courageuse dans le mémoire déposé dans le cadre des audiences de la Commission métropolitaine de Montréal sur le projet de pipeline Énergie Est. Rappelons qu’il est prévu que cet oléoduc, devant transporter 1,1 million de barils par jour, ait un embranchement qui traverserait le territoire de Laval à son extrémité est, destiné à alimenter la raffinerie Suncor de Montréal.

L’argumentaire de Laval est d’une logique et d’une efficacité redoutables et il est important que nos lecteurs en prennent connaissance.

Première préoccupation, l’eau : en cas de déversement du pipeline en période de crue, « la totalité des prises d’eau de la ville de Laval pourrait être affectée dans un intervalle de 8 à 12 heures ». (…)

« Ainsi, un déversement de pétrole dans la rivière des Outaouais pourrait priver d’eau l’ensemble des Lavallois pour une durée indéterminée. De surcroît, tout le système de traitement d’eau potable incluant le système de distribution pourrait être affecté si les eaux captées par les prises d’eau étaient contaminées aux hydrocarbures. Ce scénario est très envisageable dans le cas d’une fuite non détectée. Le nettoyage des infrastructures de traitement et de distribution d’eau potable pourrait alors être long, difficile et onéreux.»

Deuxième préoccupation, l’impact sur la biodiversité et la fragmentation du territoire. Le tracé prévu du pipeline traverserait des territoires zonés agricoles et d’autres d’une grande richesse du point de vue de la biodiversité, notamment l’archipel du Mitan dans la rivière des Prairies, une réserve naturelle protégée. Un déversement porterait un coup fatal à des espèces en voie de disparition au Canada, comme la Carmantine d’Amérique ou le chevalier cuivré. Or l’étude de dispersion des contaminants en cas de fuite n’est même pas disponible.

Troisième préoccupation, l’absence d’information sur la manière dont l’oléoduc traverserait la rivière des Outaouais et les affluents de la rivière des Milles Iles. La société TransCanada « ne semble pas vouloir segmenter chaque passage d’un cours d’eau à l’aide de vannes par exemple ». « La ville de Laval juge l’ensemble de cette situation extrêmement préoccupante étant donné que la rivière des Outaouais est le tributaire des sources d’eau brute de la ville. »

Quatrième préoccupation : Laval comptabilise ses gaz à effet de serre et s’est engagé à produire un plan d’action pour la réduction des GES, elle est impliquée dans des réseaux pour ce faire et elle s’inquiète des impacts des changements climatiques pour sa collectivité. Or les émissions amont associées au pétrole transporté par Énergie Est s’élèveraient de 30 à 32 millions de tonnes par année, soit 15 fois plus que les émissions de GES annuelles de l’ensemble du territoire lavallois.

Cinquième préoccupation, les mesures de sécurité de la compagnie. Le mémoire de Laval rappelle que plusieurs incidents récents justifient l’inquiétude des citoyens quant à l’efficacité de ces mesures :

  • La détection des fuites à l’aide des outils technologiques les plus modernes –tant vantés par TransCanada – n’a pas fonctionné lors de deux accidents récents (oléoduc Pegasus d’Exxon à Mayflower en Arkansas en 2013; oléoduc de Nexen à Fort McMurray en Alberta en 2015)
  • La distance importante entre les vannes d’isolement (29km) fait qu’en 16 minutes quelque 5 000 barils ou 750 000 litres ont pu s’échapper dans l’environnement à Mayflower. La même distance est prévue pour Énergie Est.
  • Les temps de réaction sont aléatoires. Le déversement de 20 000 barils de l’oléoduc 6b d’Enbridge dans la rivière Kalamazoo à Marshall au Michigan en 2010 a été causé par un temps de réaction très long (17 heures) et à la négligence d’Enbridge qui n’avait pas tenu compte des signaux d’alarme préalables attestant du mauvais état du pipeline.

Laval constate donc à partir de l’analyse des accidents survenus antérieurement que les compagnies sous-estiment les conséquences des « pires cas » :

  • « sous-estimation du délai d’arrêt d’urgence et des performances antérieures;
  • sous-estimation des fréquences des incidents et des bilans de sécurité antérieurs;
  • absence de souci des défaillances possibles de l’équipement;
  • culture d’entreprise présumant que les opérateurs ne font pas d’erreurs
  • en cas de sinistre, peu de différenciation des effets entre les types de pétrole : dilbit, pétroles conventionnels ou synthétique et pétrole de schiste. »

Étant donné que Laval « ne peut garantir la sécurité de ces citoyens et la protection de l’environnement sur son territoire » la ville ne peut donc que s’objecter à la réalisation du projet oléoduc Énergie Est. Enfin, la ville souligne aussi que le projet ne permet pas de réduire la dépendance énergétique aux combustibles fossiles, ne réduit pas les émissions de GES et n’aura pas d’impact positif sur la qualité de l’air, objectifs qu’elle fait siens.

Ce mémoire est implacable pour TransCanada. Résultat : Laval 1, Énergie Est 0.

Les émissions de GES du Québec augmentent de 7% en 2013 après intégration du nouveau potentiel de réchauffement du méthane

Par Alain Brunel, directeur climat énergie, AQLPA

Le ministère du développement durable, de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) du Québec se félicitait, il y a peu, d’une diminution des émissions de gaz à effet de serre du Québec de 8% en 2012 par rapport à 1990. Nous avons souligné dans notre précédent blogue qu’en dépit de cette bonne nouvelle, Québec n’avait pas pour autant atteint l’objectif de réduction fixé par le protocole de Kyoto comme le communiqué du ministère du 10 avril le laissait supposer (car Kyoto impliquait de diminuer les émissions de 6% pendant 5 années consécutives et non seulement une). Mais il y a plus : la hausse du potentiel de réchauffement planétaire (PRP) du méthane, deuxième gaz en importance après le dioxyde de carbone (CO2) dans le réchauffement planétaire, n’a pas été intégrée dans les données de l’inventaire des gaz à effet de serre (GES) du Québec 1990-2012. Continue reading

Réduire notre dépendance au pétrole : la danse du cobra

Un article d’Alain Brunel, directeur climat-énergie de l’AQLPA dans la Revue vie économique (Vol.6, No.2 – Mai 2015)

Résumé de l’article

Réduire notre dépendance au pétrole suppose d’agir sur la demande, mais aussi sur l’offre. Les prévisions d’augmentation de la production de pétrole bitumineux au Canada rendent très difficile, sinon impossible, l’atteinte des objectifs de diminution des gaz à effet de serre à la hauteur des exigences scientifiques de protection du climat. Le Canada est en train de s’enfermer dans un modèle économique mortifère. Sur sa durée d’opération de 40 ans, le projet d’oléoduc Énergie Est à lui seul est susceptible, selon nos calculs, d’émettre 64 fois les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec de 2011, selon le cycle de vie complet, du puits à la roue, du pétrole transporté. Le Québec est en position géostratégique de démultiplier sur la scène canadienne sa volonté de réduction des émissions de GES en refusant le passage d’Énergie Est sur son territoire. Réduire notre dépendance implique aussi de renverser le règne de la vache sacrée automobile, de soutenir l’usage des véhicules les moins polluants, sanctionner celui des plus polluants et investir massivement dans le transport collectif, en sollicitant les entreprises et les automobilistes qui en sont des bénéficiaires indirects. Il nous faut saisir ce moment historique et donner la main au changement de modèle énergétique. Faire autrement reviendrait à se rendre complice de l’écocide en cours causé par les émissions débridées de gaz à effet de serre. 

Lire l’article complet :
Réduire notre dépendance au pétrole : la danse du cobra (Article d’Alain Brunel, directeur climat-énergie AQLPA)

Consulter la revue :
Transition énergétique : L’urgence d’agir (Revue vie économique Vol.6 No.2)

 

Transition énergétique : L’urgence d’agir

23Revue vie économique, Vol.6 No.2

La Revue vie économique vient de mettre en ligne son plus récent numéro sur le thème Transition énergétique : l’urgence d’agir. En ce début de 21e siècle, nous sommes confrontés à des défis majeurs sur les enjeux climatiques, comme nous le rappelait récemment le consortium Ouranos. Il nous faut réorienter le plus rapidement possible notre modèle de développement si nous voulons éviter une crise climatique irréversible, de manière à pouvoir répondre à de nouveaux impératifs écologiques. D’autres pays ont déjà commencé à agir avec vigueur. Le Québec ne pourrait-il pas faire partie de ce mouvement pionnier de transition vers une économie soutenable ? Malheureusement, les gouvernements actuels, dont les ambitions consistent à imposer une austérité sans faille et à ouvrir toutes grandes les voies d’accès aux exportations de pétroles provenant des sables bitumineux, ne semblent pas vouloir choisir cette voie innovatrice.

Même le Ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques a vu ses très maigres ressources être diminuées de 5% en dix ans. Un moment donné, il faut cesser d’avoir un double discours et faire les choix qui s’imposent. En soutenant le projet Énergie Est et en finançant l’exploration du pétrole de schiste sur Anticosti, les deux sources d’énergie fossile parmi les plus polluantes, on peut sincèrement se demander si M. Heurtel n’est pas plutôt le ministre du Développement insoutenable, de la Pollution et des Changements climatiques !

Heureusement, des mouvements citoyens, des groupes écologistes et des scientifiques veillent au grain. Non seulement représentent-ils, par leurs actions ou par leurs travaux, les grains de sable qui bloquent le formidable engrenage des puissants lobbys des énergies fossiles, mais ils proposent également à la société québécoise un défi collectif de faire aujourd’hui les choix déterminants pour construire le type d’économie dans lequel il faudrait inscrire notre modèle de développement. Pour encourager le débat public sur la pertinence de souscrire à un grand projet de transition vers une économie plus soutenable, la Revue vie économique offre donc cette tribune à un ensemble de chercheurs et de praticiens.

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Gilles L. Bourque, Éditeur

Transition énergétique : L’urgence d’agir (Revue vie économique Vol.6 No.2) : http://www.eve.coop/?r=23

Réduire notre dépendance au pétrole : la danse du cobra (Article d’Alain Brunel, directeur climat-énergie AQLPA) : http://www.eve.coop/?a=229

Réduction de GES : pas de potion magique pour Québec

L’objectif de Kyoto n’est PAS atteint

Par Alain Brunel, directeur climat énergie, Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA)

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En matière de réduction des gaz à effet de serre et d’atteinte des objectifs liés au protocole de Kyoto, la position du Québec – rapportée souvent sans mise en perspective par certains médias – ressemble fort à du pétage de bretelles comme l’a déjà souligné André Bélisle dans un texte limpide diffusé sur le Blogue AQLPA. Elle fait un peu penser à une situation comique de la bande dessinée Astérix le Gaulois. Le scénario? Trompé par Panoramix, le centurion romain Caius Bonus pense, faussement, avoir bu de la potion magique. Il essaie de soulever une énorme pierre qu’il n’arrive évidemment pas à bouger. Il tente alors d’en soulever une moins grosse et n’y arrive pas non plus. Il s’exclame finalement « je suis un surhomme! » quand il réussit à soulever à deux mains une petite roche pour laquelle assurément aucune potion magique n’était nécessaire…

L’objectif de protocole de Kyoto pour le Canada, auquel Québec s’est déclaré lié, consistait à réduire les émissions de 6% par rapport à 1990 pour chacune des années de 2008 à 2012 (donc pendant 5 années consécutives). L’idée était de s’assurer que les réductions n’étaient pas conjoncturelles mais témoignaient d’une tendance structurelle à long terme. Le communiqué de presse du 10 avril du ministère – « Caius Bonus » – du développement durable, de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) relève fièrement que le dernier inventaire québécois des gaz à effet de serre indique une réduction des émissions de 8% en 2012 par rapport à 1990. C’est évidemment une bonne nouvelle en soi et l’objectif pour 2012 (et strictement 2012) a effectivement été dépassé. Mais il est erroné de prétendre, comme cela est affirmé dans le communiqué, que l’objectif correspond à celui que Québec s’était donné « dans la foulée du protocole de Kyoto ».

C’est une erreur significative et fréquemment relayée par les médias. Lorsqu’on cumule les différences annuelles par rapport à l’objectif défini par le protocole de Kyoto pour chacune des années 2008 à 2011, on se retrouve en 2012 avec 9,58 millions de tonnes équivalent dioxyde de carbone (teq CO2) émises en trop sur 4 ans. L’objectif de Kyoto impliquait en effet de réduire les émissions de 84,54 mt (1990) à 79,47 mt eq CO2 en 2008 et de maintenir ce volume pendant 5 ans.

Selon l’inventaire québécois, le Québec a émis 78 millions de teqCO2 en 2012. L’objectif Kyoto pour l’année 2012 a donc été dépassé de 1,47 millions de teqCO2. Mais comme l’a montré André Bélisle, pour calculer l’écart par rapport à l’objectif du protocole de Kyoto il faut soustraire ce volume du surplus de tonnes émises pour les années 2008 à 2011, soit 9,58 – 1,47 = 8,11. Nous sommes donc encore à plus de 8 millions de tonnes de CO2 eq de l’atteinte de l’objectif du protocole de Kyoto.

De plus, la mobilisation citoyenne dans plusieurs dossiers d’exploitation de combustibles fossiles, dont les gaz de schiste, et le ralentissement économique ont permis d’éviter un dérapage encore plus grand des émissions du Québec par rapport à l’objectif de Kyoto. Il faut également mentionner la fermeture de la raffinerie Shell qui a mené à une réduction de 2 mt éq CO2.

Québec traîne encore plus de la patte qu’on le pense. Ses émissions pour 2013 sont estimées par Environnement Canada à 82,6 millions de tonnes eqCO2, c’est-à-dire 4,6 millions de tonnes de plus que le chiffre de 2012 donné par le MDDELCC. Comment se fait-il? C’est que dans son inventaire soumis au secrétariat de la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), Environnement Canada a rehaussé le potentiel de réchauffement planétaire (PRP) du méthane de 19%, pour se caler sur les données scientifiques de 2007, nouvelle référence fixée par convention internationale, ce que Québec n’a pas encore fait [1]. Le rehaussement du PRP du méthane à 25 fois celui du CO2 a pour effet d’augmenter le nombre de tonnes équivalent carbone de ce gaz dans le total des émissions du Québec. Donc les émissions totales du Québec augmentent mécaniquement en 2013. Nous reviendrons bientôt* sur ce sujet.

*Mise à jour (7 mai 2015) : Voir article “Les émissions de GES du Québec augmentent de 7% en 2013 après intégration du nouveau potentiel de réchauffement du méthane“.


[1] Environment Canada, (2015) National Inventory Report, Greenhouse Gas and Sinks in Canada 1990-2013, the Canadian Government’s Submission to the UN Framework Convention on Climate Change, Part 1.

Pas de réduction sérieuse des émissions de GES au Canada sans limites sur les sables bitumineux

Par Alain Brunel, directeur climat énergie, AQLPA, le 10 avril 2015

Une étude solide de Greenpeace et Environmental Defence, intitulée « Le Canada s’enlise « , publiée le 9 avril 2015, démontre de façon extrêmement convaincante à partir de données gouvernementales, qu’il sera impossible pour le Canada de diminuer ses émissions de gaz à effet de serre (GES) à la hauteur requise par la science sans limiter l’extraction du pétrole bitumineux. Cette étude est indépendante et complémentaire à celle que l’AQLPA a réalisée récemment portant sur les volumes de GES associés, en amont et en aval, au pétrole qui transiterait dans les nouveaux oléoducs actuellement projetés au Canada. C’est la preuve par deux que si nous sommes sérieux dans notre volonté de réduire les GES, il nous faut absolument stopper la croissance de l’extraction du pétrole bitumineux. Et les paramètres de l’équation de Kaya viennent aussi nous le démontrer. En voici les éléments de preuve. Continue reading

Les émissions de GES liées à Énergie Est sur 40 ans: l’équivalent de plus de 1,3 milliard d’autos

« Sur 40 ans, les émissions totales amont et aval du pipeline Énergie Est dépasseraient les 5,2 milliards de tonnes équivalent CO2, (GteqCO2) soit 64 fois les émissions du Québec de 2011. »
– Alain Brunel, directeur climat énergie, AQLPA 

Résumé : dans l’analyse qui suit, Alain Brunel, directeur climat énergie de l’AQLPA, expose des données inédites sur les émissions totales de gaz à effet de serre (GES), produites en amont par l’extraction et en aval par la combustion, associées au pétrole bitumineux transporté par les nouveaux projets d’oléoducs ou d’expansion des anciens sur toute leur durée d’opération. Les chiffres sont astronomiques. Et c’est une estimation conservatrice lorsqu’on la compare aux données du département d’État des États-Unis relativement au pipeline Keystone XL. Les émissions totales projetées sont également mises en perspective avec le budget carbone mondial limité qui nous est imparti pour éviter l’emballement climatique. Cette recherche montre hors de tout doute qu’on ne peut vouloir à la fois réduire les GES et favoriser l’exploitation des sables bitumineux. 

Version imprimable (PDF) à télécharger (cliquez ici). 

Par Alain Brunel, directeur climat énergie AQLPA, mars 2015

Pour une deuxième fois depuis qu’il est au pouvoir, le président des États-Unis a apposé son veto au projet de pipeline Keystone XL. Sur le fond, nous le savons, Barack Obama est préoccupé par l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES) que l’utilisation du pipeline entraînerait. Il a bien raison. En juin 2013, il affirmait dans un discours à Georgetown University qu’il considérerait KXL d’intérêt national pour les États-Unis uniquement s’il était démontré que l’oléoduc « n’exacerberait pas significativement » la pollution carbone. Et il a déclaré tout récemment que la production de pétrole bitumineux était « extraordinairement sale ». Continue reading

Énergie Est et GES : Alain Brunel, directeur climat énergie de l’AQLPA, a interpellé les dirigeants de l’ONÉ

Le président de l’Office national de l’énergie M. Peter Watson et sa vice-présidente Lyne Mercier sont venus expliquer le rôle de l’Office national de l’énergie le jeudi 26 février à HEC Montréal dans la perspective des audiences sur le projet Énergie Est de TransCanada. Un comité d’accueil d’une vingtaine de personnes de la coalition “SpeakVert !”, dont fait partie l’AQLPA, regroupement d’écologistes, de citoyens, d’agriculteurs et défenseurs de la langue française, les attendaient pour leur rappeler l’importance d’obtenir l’ensemble de la preuve de TransCanada en français. Pour leur rappeler également l’importance de prendre en compte la totalité des émissions de gaz à effet de serre que le projet de 1,1 million de barils par jour induira en permettant l’augmentation de la production des sables bitumineux de quelque 40%.

Alain Brunel, le directeur climat énergie de l’AQLPA, a interpellé directement les dirigeants de l’ONÉ sur ces questions en critiquant l’interprétation très restrictive de leur mandat alors qu’ils ont l’autorité des évaluations environnementales des projets d’oléoducs depuis la loi mammouth C-38. “Les émissions de gaz à effet de serre doivent être réduites à zéro d’ici quelques décennies, il s’agit de l’enjeu environnemental du siècle, d’un enjeu de civilisation. L’Oné ne peut pas ne pas en tenir compte quand le pipeline Énergie Est augmenterait à lui seul de 40% la production de sable bitumineux”.   Continue reading