Category Archives: GIEC

Les enjeux des négociations sur le climat – La conférence de Lima déterminante pour le succès de celle de Paris en 2015

Par Alain Brunel, Directeur Climat-Énergie, AQLPA et Marc Lebel, Coordonnateur Climat-Énergie, AQLPA

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D’entrée de jeu, Lima devra servir à créer un élan, un climat politique favorable à l’accord devant être signé à Paris en 2015. Il s’agit de s’entendre sur les principes et l’architecture d’un nouvel accord international. Il s’agit aussi d’élever le niveau d’ambition et de s’assurer que chaque État soit prêt à soumettre sa « contribution » nationale de réduction des émissions au plus tard en mars 2015. La somme de ces réductions d’émissions permettra ou non à la communauté internationale de stopper la progression fulgurante de 45% des émissions mondiales de GES depuis 1990. À cet égard, l’annonce conjointe surprise, à la mi-novembre, de l’intention des deux plus gros émetteurs mondiaux de CO2, les États-Unis et la Chine, de réduire leurs émissions de manière significative avec un objectif à long terme impulse une dynamique favorable à ces négociations. D’autant que cette annonce est survenue après celle de l’Europe qui veut réduire ses émissions de 40% en 2030 par rapport à celles de 1990. Le Canada de son côté a été pris les culottes baissées par l’annonce sino-étasunienne et n’a toujours aucun plan fédéral crédible de réduction des GES. Continue reading

Objectif climat Terre vivante : zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici la fin du siècle!

Par Alain Brunel, Directeur climat énergie, avec la collaboration de Marc Lebel  

France leader Hollande in Canada for state visit
Source photo : Le figaro

L’image était belle dimanche 2 novembre à Banff devant les Rocheuses. Le président de la France, côte à côte avec un Stephen Harper ravi, en communion devant un panorama spectaculaire de l’Alberta; avant d’entonner de concert l’hymne aux richesses de la province que les entreprises françaises sont bien placées pour exploiter – et où la pétrolière Total a investi massivement. Malaise chez les écologistes français et fâcheuse coïncidence : le jour même où François Hollande atterrissait pour une première visite historique d’un président français dans la province canadienne de l’or noir, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) rendait public le résumé final des trois rapports des groupes de travail sur la physique du climat, les impacts des changements climatiques et les moyens de réduire les gaz à effet de serre (GES). Continue reading

Méthane : la méga bombe climatique est-elle amorcée?

Par Alain Brunel, directeur climat-énergie, Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA)

Ce texte a été publié dans les pages du journal Le Devoir, le 7 août 2014

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Photo : Thinkstock

L’article d’Alexandre Shields dans le Devoir du 1er août sur le constat scientifique d’un dégazage de méthane dans l’océan Arctique donne froid dans le dos car il indique que nous sommes probablement aux portes du scénario climatique du pire que pire. Les tendances actuelles des évolutions des gaz à effet de serre nous placent déjà sur la trajectoire d’une augmentation moyenne de 3 à 5 degrés Celsius d’ici la fin du siècle. Or ces scénarios du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ne tiennent même pas compte des émissions potentielles de la fonte du pergélisol ou du dégazage des hydrates de méthane des fonds marins dont il est difficile d’envisager l’ampleur en l’absence de connaissances fines sur le phénomène. Continue reading

Le point sur le potentiel de réchauffement du méthane

Par Alain Brunel, directeur climat-énergie, AQLPA

Une confusion certaine entoure la notion de potentiel de réchauffement planétaire (PRP) du méthane et de ses valeurs qui ont augmenté dans le temps. Même l’AQLPA s’est laissé abuser par les incohérences des chiffres qu’on trouve dans le rapport du comité sur l’Évaluation environnementale stratégique (ÉES) du gaz de schiste rendu public le 17 février dernier. Après contre-vérification, nous pouvons maintenant affirmer que la synthèse de l’ÉES évoque une valeur de potentiel de réchauffement qui remonte à 2001, tandis que la recherche effectuée par le CIRAIG pour évaluer la contribution du gaz de schiste au bilan des gaz à effet de serre du Québec se base sur une valeur de 2007! Rappelons que le PRP du méthane a été rehaussé de manière significative dans le rapport 2013 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, (GIEC) si bien qu’au final l’ÉES sous-estime fortement les émissions de gaz à effet de serre associées à l’exploitation du gaz de schiste. L’AQLPA a d’ailleurs publiquement demandé un rectificatif au rapport de l’ÉES et que les calculs soient refaits avec les valeurs actualisées.

Faire le point sur le sujet s’impose car le potentiel de réchauffement planétaire est l’un des facteurs clé, avec les émissions fugitives, du rôle trop sous-estimé du méthane dans les changements climatiques. Mais avant tout un rappel : le gaz naturel, conventionnel ou de schiste, est essentiellement composé de méthane (CH4). Pour évaluer la contribution du méthane au bilan global des gaz à effet de serre, l’ÉES recourt à la méthode de conversion traditionnelle en équivalent dioxyde de carbone (eCO2) qui consiste à comparer les conséquences sur l’effet de serre d’un volume donné de méthane, à celles qu’aurait le même volume de CO2, sur une certaine période de temps. Cela se traduit par l’attribution d’une valeur représentant un potentiel de réchauffement planétaire, rapporté à celui du dioxyde de carbone, le plus important d’entre tous. Ce PRP, (aussi appelé potentiel de réchauffement global calqué sur l’anglais), représente donc une donnée fondamentale pour évaluer les impacts climatiques d’un gaz autre que le CO2. Continue reading

Entre émissions et négociations – Bilan géoclimatique 2013

Par Alain Brunel, directeur climat énergie de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique

Ce texte a été publié dans le journal Le Devoir, édition du 28 décembre 2013 

A l’heure des nombreux bilans annuels, il en est un des plus graves qu’il ne faudrait surtout pas oublier : l’état du monde des émissions de gaz à effet de serre et des négociations visant à les juguler. Car sous nos yeux se dessine la « géoclimatique » d’un futur effrayant si nous continuons à faire des choix menant au chaos climatique et social. Et il ne reste que quelques années pour inverser à un coût raisonnable la tendance à la hausse des émissions de gaz à effet de serre (GES) qui accompagne l’exploitation et l’usage incontrôlés des combustibles fossiles.

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Photo : Agence France Presse / Ed Jones

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Océans : acidification et désoxygénation en cours

Par Alain Brunel, chef de la délégation AQLPA à Varsovie

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Il faut insister sur le fait que l’enjeu de la réduction des gaz à effet de serre (GES) ne concerne pas que des intérêts nationaux ou transnationaux, mais aussi l’ensemble du monde vivant de la planète. Le déséquilibre du cycle biogéochimique du carbone affecte les écosystèmes à un rythme extrêmement rapide d’un point de vue écologique. Les océans, source de toute vie, sont en première ligne. Ils produisent 50% de l’oxygène que nous respirons. Ils jouent un rôle majeur dans l’équilibre climatique. Mais les changements en cours vont affaiblir leur effet protecteur.

De 1971 à 2010, les océans ont absorbé 90% de la chaleur en surplus retenue dans l’atmosphère par les GES. Les océans sont un formidable puits de carbone opérant par des processus physiques, chimiques et biologiques. Ils absorbent à ce jour 50% du dioxyde de carbone émis en surplus dans l’atmosphère. Conséquence : les océans sont aujourd’hui 26% plus acides qu’avant l’industrialisation. Les perspectives du scénario laisser-faire montrent que l’acidité pourrait encore augmenter de 100 à 170%. Les espèces les plus menacées par cette augmentation de l’acidité sont les mollusques, les crustacés et les coraux. Or, selon Lauren Linsmayer, de la Scripps Institution of Oceanography, qui a fait une présentation à Varsovie, les effets néfastes de l’acidification sont déjà perceptibles chez certaines espèces telles que les ptéropodes dans l’océan austral dont les coquilles se dissolvent. La production d’huîtres au nord-ouest du Pacifique est déjà affectée. Continue reading

Christiana Figueres demande à l’industrie du charbon de se transformer rapidement et radicalement

Par Alain Brunel, chef de la délégation AQLPA à Varsovie

La tenue d’un sommet parallèle sur le climat organisé par la World Coal Association (L’association mondiale du charbon) sous la houlette du vice- premier ministre polonais a fait grincer bien des dents à Varsovie. Sans compter que le sommet des Nations Unies sur les changements climatiques est parrainé notamment par l’industrie charbonnière polonaise… Mais Christiana Figueres, la secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) a livré aujourd’hui le 18 novembre, un solide discours en forme d’appel à l’action devant les dirigeants de l’industrie mondiale du charbon réunis à Varsovie. Un message qui aurait tout aussi bien pu s’adresser à l’industrie pétrolière au Canada.

En s’appuyant sur les constats du 5e rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution climatique (GIEC), Mme Figueres a invité l’industrie à « changer rapidement et dramatiquement pour le bien de chacun ». « Nous avons des concentrations de gaz à effet de serre sans précédent dans l’atmosphère. Nous avons dépensé la moitié de notre budget carbone. Si nous continuons à combler les besoins énergétiques de la manière dont nous l’avons fait dans le passé, nous allons rater l’objectif agréé internationalement de limiter le réchauffement à moins de deux degrés. »

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Source photo : http://phys.org/news/2013-11-coal-summit-stokes-climate.html

Reconnaissant que le charbon a été au cœur de la révolution industrielle et a apporté de l’énergie à un coût abordable aux pays en développement, Mme Figueres a ajouté que nous savons maintenant que cette industrie implique aussi « un coût élevé et inacceptable à la santé humaine et à celle de l’environnement. »

Aussi, Mme Figueres a demandé à l’industrie pétrolière de :

  • fermer toutes les centrales inefficaces;
  • d’installer des unités de capture et de stockage du carbone sur toutes les nouvelles centrales, y compris les plus efficientes et;
  • de laisser dans le sol la majeure partie des réserves restantes.

Le monde se lève pour faire face au défi des changements climatiques, tandis que les dangers de l’inaction s’accroissent. Il est dans le meilleur intérêt de l’industrie qu’elle soit partie de la solution, a dit la secrétaire exécutive de la CCNUCC. Elle a aussi demandé à l’industrie de diversifier son portefeuille énergétique en investissant dans les énergies renouvelables afin de protéger ses propres actifs d’une dépréciation résultant du mouvement de citoyens qui désinvestissent leur argent des actifs fossiles, de financiers inquiets pour leurs investissements dans la bulle carbone en formation et d’une politique internationale qui mène vers une économie globale à basse émission.

Voilà un message fort annonçant et préparant un changement de paradigme énergétique dont l’écho mériterait sûrement de résonner jusqu’à Ottawa.