Category Archives: Pollution atmosphérique

photo-1

Rencontre de la société civile avec Philippe Couillard, désolé M. le Premier ministre…

PHOTO : Patrick Lachance MCE, publiée sur le Site officiel du premier ministre du Québec. Rencontre avec les représentants de la société civile québécoise à Marrakech COP22.


Par Alain Brunel, délégation de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) à Marrakech

Marrakech le 16 novembre 2016 –  Nous devons des explications au premier ministre du Québec. Nous avons eu le privilège d’une rencontre avec Philippe Couillard qui avait convié les représentants de la société civile québécoise à lui faire part des objectifs que les uns et les autres poursuivaient à la 22ème Conférence sur le climat de Marrakech, dite COP22.  Une quinzaine de  représentants de diverses organisations avaient deux minutes chacun pour exposer leurs objectifs.  Il y avait là notamment, Isabelle Ménard de la Confédération des Syndicats Nationaux (CSN), Annie Bérubé d’Équiterre, Alain Bourque du centre de recherche Ouranos, Annie Chaloux et un groupe d’étudiantes de l’Université de Sherbrooke, des représentants éminents des quelque 100 000 Marocains vivant au Québec, dont Douchra Amzali de l’UQAM, Jamal Chaouki de Polytechnique, Fatiha Chandad de l’Université Laval, et aussi le cinéaste et explorateur Jean Lemire qui préside le Conseil d’orientation du programme de coopération climatique internationale .

Au nom de L’AQLPA, j’ai eu l’honneur de briser la glace du tour de table et… je n’ai pas parlé de nos objectifs. En deux minutes, il m’a semblé plus important d’informer le premier ministre des dernières nouvelles sur le climat et l’énergie recueillies à la COP22. En tant que cofondateur de l’AQLPA, je me suis tout d’abord permis de lui rappeler qu’il y a déjà presque 35 ans, nous avions fondé l’AQLPA avec André Bélisle pour lutter contre les polluants de l’air qui se transformaient en pluies acides et menaçaient de tuer des centaines de milliers de lacs du Québec. Aujourd’hui le dioxyde de carbone, une autre pollution de l’air, provenant largement des mêmes sources, acidifie les océans de la Terre… Je lui ai partagé mon sentiment que le climat semblait être en train de s’emballer, comme je le craignais il y a 10 ans déjà. L’Organisation météorologique mondiale annonçait ainsi lundi à Marrakech que la hausse moyenne des températures en 2016 atteindrait 1,2°C au-dessus des niveaux préindustriels. Nous n’avons quasiment plus de marge de manœuvre pour empêcher une hausse de 1,5°Celsius…

J’ai aussi attiré son attention sur le consensus scientifique au sujet du budget carbone limité qui nous est alloué si l’on veut respecter l’Accord de Paris : nous ne pouvons plus nous permettre d’exploiter de nouveaux gisements de combustibles fossiles, car les émissions de gaz à effet de serre (GES) associées aux puits actuellement en exploitation suffiront largement à dépasser la hausse de température moyenne de 2° C, s’ils étaient pompés jusqu’à leur épuisement.

Les bottines doivent suivre les babines, lui ai-je dit, nous n’avons aujourd’hui plus d’autres choix que de rejeter tout nouveau projet de développement des énergies fossiles.  À ce titre, j’ai souligné le fait que le Plan d’action climat du Québec pour 2020 avait pris du retard, de même qu’évoqué le projet de loi 106 de son gouvernement, concernant la mise en œuvre de la politique énergétique 2030. Celui-ci, comme il a pu le constater, a choqué certaines personnes. Car il nous semble, comme d’autres, que dans ce projet – comportant un volet sur la transition énergétique et un volet sur l’encadrement de l’exploration et l’exploitation pétrolière et gazière-  le jupon de l’exploitation des combustibles fossiles, dépasse de beaucoup le voile de la transition énergétique souhaitée. Je l’ai invité, à l’instar d’autres groupes, tels la FTQ, à scinder ce projet de loi en deux volets.

Désolé M. le Premier ministre, en deux minutes je n’ai pas pu parler de nos objectifs. Mais depuis bientôt 35 ans, l’AQLPA a le mandat d’informer sur la pollution de l’air, de faire de l’éducation populaire sur ce sujet, de soutenir les actions publiques et privées qui vont dans le sens de la réduction de cette pollution et de dénoncer celles qui vont dans le sens contraire. Vous comprendrez donc pourquoi nous devions être à Marrakech, même sans appui financier du Fonds vert…

Le défi de la mesure des émissions globales

Alain Brunel, délégation de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) à la COP22

Marrakech le 15 novembre 2016 – Un des enjeux des négociations climatiques les plus sous-estimés par le public, les médias et les Parties elles-mêmes, est celui de la mesure, de la transmission et de la vérification des données relatives aux émissions et atténuations de gaz à effet de serre (connu sous le sigle MRV en anglais, Measurement, Reporting, Verification), contenu dans l’article 6 de l’Accord de Paris. Cet article est particulièrement important puisque tous les pays devront se doter d’outils communs de mesure, de transmission et de vérification des émissions, qui seront seront un gage de crédibilité et de confiance pour la mise en œuvre de l’Accord. Autrement dit, tous devront jouer selon les mêmes règles. Car actuellement, on ne connaît pas avec exactitude le volume des émissions produites par chaque pays.

Il semble que les incertitudes entourant la quantification des émissions ont tendance à s’accroître au fur et à mesure que la part des émissions des pays émergents augmente.  La plage d’incertitude des émissions de la Chine, par exemple, le premier pollueur mondial, est plus importante que celle des États-Unis.

Rappelons-le, l’Accord de Paris sur le climat, que plus de 100 pays ont déjà ratifié et qui entrera en vigueur en 2020, a pour objectif de parvenir à contenir la hausse moyenne des températures globales « nettement en dessous de 2°C » par rapport aux niveaux préindustriels tout « en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5°C par rapport aux niveau préindustriels. » En vue d’atteindre cet objectif, l’article 4 de l’Accord stipule que les Parties doivent opérer des réductions d’émissions de gaz à effet de serre rapidement, « conformément aux meilleures données scientifiques disponibles de façon à parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre au cours de la deuxième moitié du siècle sur la base de l’équité et dans le contexte du développement durable et de la lutte contre la pauvreté.»

Autrement dit, d’ici une quarantaine d’années, l’humanité ne doit plus rajouter de carbone au cycle biogéochimique naturel de cet élément, alors même que 80% de l’énergie consommée dans le monde provient de la combustion des énergies fossiles ! C’est d’une véritable mutation mondiale dont on parle ici, qu’il faudra réaliser en deux générations…

Évolution des flux de dioxyde de carbone depuis 1880 entre les sources d’émissions provenant des combustibles fossiles, de l’industrie et des changements d’usage des terres; et les puits d’absorption terrestres et océaniques plus l’accumulation dans l’atmosphère.

Évolution des flux de dioxyde de carbone depuis 1880 entre les sources d’émissions provenant des combustibles fossiles, de l’industrie et des changements d’usage des terres; et les puits d’absorption terrestres et océaniques plus l’accumulation dans l’atmosphère.

L’accord étant basé sur une approche non contraignante dite bottom up et sur des contributions volontaires de réduction des GES déterminées au niveau national, il implique que les Parties communiquent avec transparence sur leurs émissions et leurs dispositifs d’atténuation selon des méthodologies éprouvées et comparables et qu’ils les mettent effectivement en œuvre. Un système planétaire fiable, transparent et indépendant de mesure et de vérification des émissions de gaz à effet de serre anthropique doit donc être organisé, accompagné du renforcement des capacités et du soutien technique nécessaire pour aider les pays en développement les moins outillés sur ce plan.

Lors de la première semaine de cette 22ème Conférence des Parties (CdP) à la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC), un jour entier, le Earth Information Day, a été consacré à cette question qui recouvre un domaine bien plus vaste encore que celui des seules émissions et absorptions d’origine anthropique. En fait, il s’agit d’évaluer les sources et les puits de carbone, tant humains que naturels, dans leur amplitude et leur étendue et ce, dans la durée, pour avoir une idée relativement juste des rétroactions en cours dans le système climatique et de l’efficacité de nos actions d’atténuation.  Rien de moins.

La co-présidente du GIEC, Mme Valérie Masson-Delmotte, a souligné la semaine dernière, dans un entretien accordé à l’AQLPA,  les besoins en recherche fondamentale relatifs au manque de connaissance des systèmes naturels, notamment les effets du réchauffement sur les océans et les courants marins, qui jouent un rôle fondamental pour le climat ; et les effets sur le pergélisol, dont la fonte pourrait avoir pour conséquence d’amplifier dramatiquement le réchauffement. Il subsiste en effet de grandes incertitudes sur les volumes de méthane et de carbone que le dégel du pergélisol va ajouter aux gaz à effet de serre d’origine humaine.

Une organisation internationale s’est structurée à cet effet : le Global Climate Observation System (GCOS) est chargé de coordonner les informations provenant de dizaines de centres de recherches qui travaillent sur les multiples aspects du problème.  Au niveau politique, la communauté internationale se concentre en effet sur un seul indicateur, celui de la température moyenne planétaire. Mais au cours du Earth Information Day, plusieurs chercheurs ont souligné la nécessité d’examiner d’autres indicateurs tout aussi importants pour sonder la santé et l’évolution du système planétaire tels que : l’acidification, le réchauffement et la désoxygénation des océans, le niveau des mers, les concentrations de dioxyde de carbone (CO2 ) dans l’atmosphère mais aussi de méthane (CH4), le déséquilibre entre les flux d’énergie captés sur Terre par rapport à ceux qui sont réfléchis dans l’espace, le changement d’usage des terres et l’état des forêts etc.

Le recueil de ces données, tout comme la vérification des émissions des pays, nécessite des moyens importants, tels que des satellites d’observation spatiale permettant de faire des analyses dites de modélisation inversée, (top down) et de les croiser avec les observations sur le terrain (bottom up).  Il est ainsi possible de distinguer les flux naturels de CO2 de ceux d’origine humaine et de tracer les émissions provenant de sources fixes telles que des centrales thermiques en identifiant la signature de l’isotope de carbone des sources humaines. Mais pour ce faire, il faut accroître la densité et la résolution spatiale des mesures de concentration du CO2.

Le programme européen Copernicus d’observation de la Terre prévoit rendre opérationnel un premier satellite d’observation à cet effet d’ici 2025. Il reste donc encore beaucoup à faire pour en arriver à un système international fiable et efficace de mesure, transmission et vérification.  On sait que les États-Unis ont joué un rôle important dans ce secteur. Or, si l’on se fie à l’expérience canadienne sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper, les budgets de la recherche étatsunienne risquent d’être les premiers à écoper du programme rétrograde de Donald Trump en matière de climat et d’environnement.  Heureusement, le monde entier est en marche vers la décarbonation.

Selon l’Organisation météorologique mondiale, 2016 sera encore plus chaude que 2015

Philippe Bélisle, délégation AQLPA à la COP22, Marrakech, Maroc

Marrakech, le 14 novembre 2016-  À partir des données des premiers neuf mois de 2016, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) prévoit que la température moyenne cette année sera encore plus chaude que le record établi en 2015. Les scientifiques de l’OMM en sont certains à plus de 90 pour cent.

Et comme une mauvaise nouvelle ne vient jamais seule, l’OMM prévoit que la température moyenne cette année devrait être supérieure de 1,2 degrés Celsius à ce qu’elle était à l’époque préindustrielle, ce qui laisse maintenant peu de marge de manœuvre à la communauté internationale qui s’est engagée dans l’Accord de Paris à limiter la hausse de la température bien en dessous de deux degrés et à poursuivre les actions pour limiter la hausse à 1,5°Celsius par rapport aux niveaux préindustriels.

Print

 

L’OMM a rendu publiques ces nouvelles données lors d’une conférence de presse  ce lundi matin à la Conférence sur les changements climatiques (COP22) à Marrakech. Le Secrétaire général de l’OMM, Petteri Taalas, a également révélé qu’après avoir franchi le cap des 400 parties par million (ppm) plus tôt cette année, la concentration de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère avait grimpé à 407ppm sur une base annuelle.

Les experts de l’organisation attribuent au phénomène El Niño une responsabilité marginale – environ 0,2 degrés – à l’augmentation de la température en 2015-2016. Mais selon eux la cause principale est l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES).

«Dans certaines régions arctiques de la Fédération de Russie, la température était supérieure de 6 °C à 7 °C à la normale. Et dans de nombreuses autres régions arctiques et subarctiques de la Russie, de l’Alaska et du nord-ouest du Canada, la température a dépassé la normale d’au moins 3 °C. Or jusqu’ici, les records de chaleur s’exprimaient en fractions de degré» a souligné M. Taalas.

Météo extrême et changements climatiques

Maxx Dilley, directeur de la branche prévision et adaptation de l’OMM, une organisation qui dépend de l’Organisation des Nations unies, a noté les nombreux phénomènes météorologiques qui ont ponctué l’année 2016. Les typhons, inondations, vagues de chaleur, incendies et autres événements extrêmes, se sont produits sur l’ensemble des continents et tout indique que leur nombre va s’accélérer au cours des prochaines années, estime M. Dilley.

Il a affirmé que le lien entre les phénomènes extrêmes et les changements climatiques sont maintenant démontrés. « Des 79 études publiées entre 2011 et 2014, plus de la moitié ont démontré que les changements climatiques avaient contribué à un événement météorologique particulier d’une façon ou d’une autre. » M. Dilley, expert en gestion du risque et conseiller auprès de plusieurs pays en développement, exhorte les États à développer davantage leurs systèmes d’alerte précoce.

Omar Baddour, chef de la division du Programme mondial des données climatologiques et de surveillance du climat à l’OMM, rapporte que les événements météo extrêmes ont provoqué le déplacement de plus de 19 millions de personnes jusqu’ici en 2016, davantage que les conflits militaires. À un journaliste russe qui lui faisait remarquer qu’il restait trois mois avant la fin de l’année (sur la base du rapport dont les données s’arrêtent en octobre), M. Baddour a répondu que des conclusions contraires seraient inconcevables sur le plan scientifique. « Comment ne pas croire que la situation se détériore alors que la température planétaire a encore augmenté depuis la signature de l’Accord de Paris? », a répondu le météorologue et ingénieur de l’OMM.

Pollution de l’air : de bonnes et moins bonnes nouvelles

Par Alain Brunel, directeur climat énergie, Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) – Texte mis à jour le 3 septembre 2015 – initialement publié le 3 juin

Ne boudons pas notre plaisir, les bonnes nouvelles sont plutôt rares en écologie ces temps-ci : la qualité de l’air s’est vraiment améliorée depuis 30-40 ans! Les concentrations des principaux contaminants de l’air ont fortement baissé au Québec de 1975 à 2008. Petit bémol cependant: les données commencent à dater. Le dernier inventaire des émissions atmosphériques issu du ministère du Développement durable, de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) remonte à 2008. Sept ans…  Il y a comme un trou noir qui risque de grossir avec les coupures budgétaires constantes infligées par les gouvernements successifs à ce petit ministère aux grosses missions. En plus les normes québécoises sont moins sévères que les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de 2005. Continue reading