Category Archives: Protocole de Kyoto

Réduction de GES : pas de potion magique pour Québec

L’objectif de Kyoto n’est PAS atteint

Par Alain Brunel, directeur climat énergie, Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA)

Canada_Quebec_relief_location_mapmodif

En matière de réduction des gaz à effet de serre et d’atteinte des objectifs liés au protocole de Kyoto, la position du Québec – rapportée souvent sans mise en perspective par certains médias – ressemble fort à du pétage de bretelles comme l’a déjà souligné André Bélisle dans un texte limpide diffusé sur le Blogue AQLPA. Elle fait un peu penser à une situation comique de la bande dessinée Astérix le Gaulois. Le scénario? Trompé par Panoramix, le centurion romain Caius Bonus pense, faussement, avoir bu de la potion magique. Il essaie de soulever une énorme pierre qu’il n’arrive évidemment pas à bouger. Il tente alors d’en soulever une moins grosse et n’y arrive pas non plus. Il s’exclame finalement « je suis un surhomme! » quand il réussit à soulever à deux mains une petite roche pour laquelle assurément aucune potion magique n’était nécessaire…

L’objectif de protocole de Kyoto pour le Canada, auquel Québec s’est déclaré lié, consistait à réduire les émissions de 6% par rapport à 1990 pour chacune des années de 2008 à 2012 (donc pendant 5 années consécutives). L’idée était de s’assurer que les réductions n’étaient pas conjoncturelles mais témoignaient d’une tendance structurelle à long terme. Le communiqué de presse du 10 avril du ministère – « Caius Bonus » – du développement durable, de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) relève fièrement que le dernier inventaire québécois des gaz à effet de serre indique une réduction des émissions de 8% en 2012 par rapport à 1990. C’est évidemment une bonne nouvelle en soi et l’objectif pour 2012 (et strictement 2012) a effectivement été dépassé. Mais il est erroné de prétendre, comme cela est affirmé dans le communiqué, que l’objectif correspond à celui que Québec s’était donné « dans la foulée du protocole de Kyoto ».

C’est une erreur significative et fréquemment relayée par les médias. Lorsqu’on cumule les différences annuelles par rapport à l’objectif défini par le protocole de Kyoto pour chacune des années 2008 à 2011, on se retrouve en 2012 avec 9,58 millions de tonnes équivalent dioxyde de carbone (teq CO2) émises en trop sur 4 ans. L’objectif de Kyoto impliquait en effet de réduire les émissions de 84,54 mt (1990) à 79,47 mt eq CO2 en 2008 et de maintenir ce volume pendant 5 ans.

Selon l’inventaire québécois, le Québec a émis 78 millions de teqCO2 en 2012. L’objectif Kyoto pour l’année 2012 a donc été dépassé de 1,47 millions de teqCO2. Mais comme l’a montré André Bélisle, pour calculer l’écart par rapport à l’objectif du protocole de Kyoto il faut soustraire ce volume du surplus de tonnes émises pour les années 2008 à 2011, soit 9,58 – 1,47 = 8,11. Nous sommes donc encore à plus de 8 millions de tonnes de CO2 eq de l’atteinte de l’objectif du protocole de Kyoto.

De plus, la mobilisation citoyenne dans plusieurs dossiers d’exploitation de combustibles fossiles, dont les gaz de schiste, et le ralentissement économique ont permis d’éviter un dérapage encore plus grand des émissions du Québec par rapport à l’objectif de Kyoto. Il faut également mentionner la fermeture de la raffinerie Shell qui a mené à une réduction de 2 mt éq CO2.

Québec traîne encore plus de la patte qu’on le pense. Ses émissions pour 2013 sont estimées par Environnement Canada à 82,6 millions de tonnes eqCO2, c’est-à-dire 4,6 millions de tonnes de plus que le chiffre de 2012 donné par le MDDELCC. Comment se fait-il? C’est que dans son inventaire soumis au secrétariat de la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), Environnement Canada a rehaussé le potentiel de réchauffement planétaire (PRP) du méthane de 19%, pour se caler sur les données scientifiques de 2007, nouvelle référence fixée par convention internationale, ce que Québec n’a pas encore fait [1]. Le rehaussement du PRP du méthane à 25 fois celui du CO2 a pour effet d’augmenter le nombre de tonnes équivalent carbone de ce gaz dans le total des émissions du Québec. Donc les émissions totales du Québec augmentent mécaniquement en 2013. Nous reviendrons bientôt* sur ce sujet.

*Mise à jour (7 mai 2015) : Voir article “Les émissions de GES du Québec augmentent de 7% en 2013 après intégration du nouveau potentiel de réchauffement du méthane“.


[1] Environment Canada, (2015) National Inventory Report, Greenhouse Gas and Sinks in Canada 1990-2013, the Canadian Government’s Submission to the UN Framework Convention on Climate Change, Part 1.

Les enjeux des négociations sur le climat – La conférence de Lima déterminante pour le succès de celle de Paris en 2015

Par Alain Brunel, Directeur Climat-Énergie, AQLPA et Marc Lebel, Coordonnateur Climat-Énergie, AQLPA

logo_cop_vertical

D’entrée de jeu, Lima devra servir à créer un élan, un climat politique favorable à l’accord devant être signé à Paris en 2015. Il s’agit de s’entendre sur les principes et l’architecture d’un nouvel accord international. Il s’agit aussi d’élever le niveau d’ambition et de s’assurer que chaque État soit prêt à soumettre sa « contribution » nationale de réduction des émissions au plus tard en mars 2015. La somme de ces réductions d’émissions permettra ou non à la communauté internationale de stopper la progression fulgurante de 45% des émissions mondiales de GES depuis 1990. À cet égard, l’annonce conjointe surprise, à la mi-novembre, de l’intention des deux plus gros émetteurs mondiaux de CO2, les États-Unis et la Chine, de réduire leurs émissions de manière significative avec un objectif à long terme impulse une dynamique favorable à ces négociations. D’autant que cette annonce est survenue après celle de l’Europe qui veut réduire ses émissions de 40% en 2030 par rapport à celles de 1990. Le Canada de son côté a été pris les culottes baissées par l’annonce sino-étasunienne et n’a toujours aucun plan fédéral crédible de réduction des GES. Continue reading

Québec, Kyoto : la magie des chiffres et des mots

Québec, Kyoto; la magie des chiffres et des mots

Par André Bélisle, président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA)

Raffineries_MADOC
Photo : © Mario Jean / MADOC

Par delà les mots envolés depuis longtemps et les chiffres qui ont rapidement fondu, dans l’incontournable et urgente lutte au réchauffement planétaire, il n’en demeure pas moins que depuis 1997 le gouvernement du Québec a pris trois engagements formels qu’il a pour ainsi dire perdus de vue.

Nous proposons ici un rappel de la situation en reprenant les propres mots du gouvernement du Québec. Continue reading

Impressions de la conférence de Varsovie

Par Alain Brunel, chef de la délégation AQLPA à Varsovie.

Il y a de quoi donner le tournis : la conférence sur les changements climatiques de Varsovie est une énorme organisation occupant la totalité du Stade national pendant 15 jours et qui coûte quelque 30 millions de dollars. Entre 10 et 12 000 personnes sont attendues, le secrétariat de la conférence n’est pas absolument sûr du chiffre, il y a 193 pays participants sur 193 pays membres de l’Organisation des Nations Unies. Une centaine de réunions de négociation et d’événements parallèles tous les jours. De multiples kiosques d’organisations nationales et internationales. Des parties prenantes officielles, des représentants de la société civile, des scientifiques, des gens d’affaires, des consultants qui conseillent les pays ayant peu de moyens pour suivre le déroulement de négociations complexes couvrant de multiples champs, et même, oui, il s’en trouve encore, des négateurs des changements climatiques… Beaucoup de monde au chevet du monde. D’ailleurs, l’une des principales salles de travail collective est une immense aire ouverte où, avec tous ses ordinateurs en Wifi, il faut éviter de rester trop longtemps pour ne pas avoir l’impression d’avoir la tête dans un four micro-ondes!

cop19_salledetravail_WEB

Comment s’étonner de la lourdeur du processus de négociations? Il y a des négociations sur la plate-forme de Durban post 2020, c’est l’accord qui doit être signé à Paris en 2015 – et des négociations sur l’avant 2020, pour rehausser les ambitions des pays développés – celles-là semblent mal parties, ce qui pourrait affecter l’ensemble du processus – et il y a aussi des négociations pour maintenir en vie le protocole de Kyoto ou pour améliorer les mécanismes de flexibilité. Il y a des plénières, des groupes de travail officiels, des groupes informels, des séances ouvertes aux observateurs et d’autres fermées. C’est une logistique impressionnante qui fonctionne rondement pour l’instant. Le réseau Climate Action Network International fait un travail impressionnant pour suivre et transmettre tout ce qui se passe ici.

Les sujets abordés touchent à beaucoup de choses : les moyens d’atténuer les GES, l’adaptation aux changements climatiques, la finance et la technologie requises, les mécanismes de flexibilité permettant d’atteindre des objectifs de réduction au moindre coût, et ceci en n’oubliant pas que ces négociations sont traversées par les clivages des relations internationales entre pays riches et pollueurs et pays pauvres et victimes des changements climatiques. D’ailleurs certains pays, dont les Philippines, insistent sur l’ajout d’un chapitre pertes et dommages causés par les dérèglements climatiques consécutifs à l’inaction internationale depuis 20 ans (voir l’article de Marc Lebel sur ce sujet).

Mais la préoccupation pour le climat rassemble des représentants du monde entier ici à Varsovie. À l’image de l’air que nous respirons et de l’eau qui nous traverse, les changements climatiques n’ont pas de frontières. L’humanité pourra-t-elle transcender les intérêts particuliers et s’unir pour préserver les conditions de sa perpétuation? La maison monde requiert d’urgence une sérieuse rénovation, un changement complet de son système énergétique. Ici, beaucoup en ont conscience et savent qu’ils devront s’engager à réaliser cette rénovation d’une manière ou d’une autre.

La 18e Conférence sur le climat : une année de transition

Par Mahdiah El Jed

La conférence sur le climat qui s’ouvre ce lundi à Doha, au Qatar,  marque la fin de la première période d’engagement du protocole de Kyoto, le seul instrument légalement contraignant dans la lutte aux gaz à effet de serre. Il expire à la fin de cette année 2012.

Ainsi, la 18e conférence des parties (CdP18) sera celle d’une transition vers de nouveaux instruments légaux qui permettront de mettre en place la deuxième période d’engagements du protocole de Kyoto.

« Il s’agit également de permettre l’augmentation des objectifs en cours de route dans cette deuxième période du protocole de Kyoto s’échelonnant jusqu’en 2020 », a mentionné Steven Guilbeault de l’organisme Équiterre, lors d’une séance d’information technique, tenue en présence de Clare Demerse de l’Institut Pembina et Patrick Bonin de Greenpeace. Continue reading