Category Archives: Québec

Pollution de l’air : de bonnes et moins bonnes nouvelles

Par Alain Brunel, directeur climat énergie, Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) – Texte mis à jour le 3 septembre 2015 – initialement publié le 3 juin

Ne boudons pas notre plaisir, les bonnes nouvelles sont plutôt rares en écologie ces temps-ci : la qualité de l’air s’est vraiment améliorée depuis 30-40 ans! Les concentrations des principaux contaminants de l’air ont fortement baissé au Québec de 1975 à 2008. Petit bémol cependant: les données commencent à dater. Le dernier inventaire des émissions atmosphériques issu du ministère du Développement durable, de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) remonte à 2008. Sept ans…  Il y a comme un trou noir qui risque de grossir avec les coupures budgétaires constantes infligées par les gouvernements successifs à ce petit ministère aux grosses missions. En plus les normes québécoises sont moins sévères que les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de 2005. Continue reading

Réduction de GES : pas de potion magique pour Québec

L’objectif de Kyoto n’est PAS atteint

Par Alain Brunel, directeur climat énergie, Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA)

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En matière de réduction des gaz à effet de serre et d’atteinte des objectifs liés au protocole de Kyoto, la position du Québec – rapportée souvent sans mise en perspective par certains médias – ressemble fort à du pétage de bretelles comme l’a déjà souligné André Bélisle dans un texte limpide diffusé sur le Blogue AQLPA. Elle fait un peu penser à une situation comique de la bande dessinée Astérix le Gaulois. Le scénario? Trompé par Panoramix, le centurion romain Caius Bonus pense, faussement, avoir bu de la potion magique. Il essaie de soulever une énorme pierre qu’il n’arrive évidemment pas à bouger. Il tente alors d’en soulever une moins grosse et n’y arrive pas non plus. Il s’exclame finalement « je suis un surhomme! » quand il réussit à soulever à deux mains une petite roche pour laquelle assurément aucune potion magique n’était nécessaire…

L’objectif de protocole de Kyoto pour le Canada, auquel Québec s’est déclaré lié, consistait à réduire les émissions de 6% par rapport à 1990 pour chacune des années de 2008 à 2012 (donc pendant 5 années consécutives). L’idée était de s’assurer que les réductions n’étaient pas conjoncturelles mais témoignaient d’une tendance structurelle à long terme. Le communiqué de presse du 10 avril du ministère – « Caius Bonus » – du développement durable, de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) relève fièrement que le dernier inventaire québécois des gaz à effet de serre indique une réduction des émissions de 8% en 2012 par rapport à 1990. C’est évidemment une bonne nouvelle en soi et l’objectif pour 2012 (et strictement 2012) a effectivement été dépassé. Mais il est erroné de prétendre, comme cela est affirmé dans le communiqué, que l’objectif correspond à celui que Québec s’était donné « dans la foulée du protocole de Kyoto ».

C’est une erreur significative et fréquemment relayée par les médias. Lorsqu’on cumule les différences annuelles par rapport à l’objectif défini par le protocole de Kyoto pour chacune des années 2008 à 2011, on se retrouve en 2012 avec 9,58 millions de tonnes équivalent dioxyde de carbone (teq CO2) émises en trop sur 4 ans. L’objectif de Kyoto impliquait en effet de réduire les émissions de 84,54 mt (1990) à 79,47 mt eq CO2 en 2008 et de maintenir ce volume pendant 5 ans.

Selon l’inventaire québécois, le Québec a émis 78 millions de teqCO2 en 2012. L’objectif Kyoto pour l’année 2012 a donc été dépassé de 1,47 millions de teqCO2. Mais comme l’a montré André Bélisle, pour calculer l’écart par rapport à l’objectif du protocole de Kyoto il faut soustraire ce volume du surplus de tonnes émises pour les années 2008 à 2011, soit 9,58 – 1,47 = 8,11. Nous sommes donc encore à plus de 8 millions de tonnes de CO2 eq de l’atteinte de l’objectif du protocole de Kyoto.

De plus, la mobilisation citoyenne dans plusieurs dossiers d’exploitation de combustibles fossiles, dont les gaz de schiste, et le ralentissement économique ont permis d’éviter un dérapage encore plus grand des émissions du Québec par rapport à l’objectif de Kyoto. Il faut également mentionner la fermeture de la raffinerie Shell qui a mené à une réduction de 2 mt éq CO2.

Québec traîne encore plus de la patte qu’on le pense. Ses émissions pour 2013 sont estimées par Environnement Canada à 82,6 millions de tonnes eqCO2, c’est-à-dire 4,6 millions de tonnes de plus que le chiffre de 2012 donné par le MDDELCC. Comment se fait-il? C’est que dans son inventaire soumis au secrétariat de la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), Environnement Canada a rehaussé le potentiel de réchauffement planétaire (PRP) du méthane de 19%, pour se caler sur les données scientifiques de 2007, nouvelle référence fixée par convention internationale, ce que Québec n’a pas encore fait [1]. Le rehaussement du PRP du méthane à 25 fois celui du CO2 a pour effet d’augmenter le nombre de tonnes équivalent carbone de ce gaz dans le total des émissions du Québec. Donc les émissions totales du Québec augmentent mécaniquement en 2013. Nous reviendrons bientôt* sur ce sujet.

*Mise à jour (7 mai 2015) : Voir article “Les émissions de GES du Québec augmentent de 7% en 2013 après intégration du nouveau potentiel de réchauffement du méthane“.


[1] Environment Canada, (2015) National Inventory Report, Greenhouse Gas and Sinks in Canada 1990-2013, the Canadian Government’s Submission to the UN Framework Convention on Climate Change, Part 1.

Climat : Plus que quelques jours pour agir à Lima – Une occasion en or pour aider les populations les plus vulnérables à s’adapter

Par Marc Lebel, coordonnateur Climat-Énergie, AQLPA
9 décembre 2014

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Photo : Cordillera Blanca
Source : http://rafaelgribel.blogspot.ca/ – Crédit : www.summitpost.org

Rio est associé au Sommet de la Terre de 1992 où est intervenue la signature de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). New York rappelle le Sommet climatique de septembre dernier qui a engendré une immense vague citoyenne d’envergure mondiale. Mais Lima ? Que retiendra-t-on de la 20e conférence des parties (COP) de la CCNUCC, hormis un autre pèlerinage de diplomates servant à dérouler le tapis pour Paris en 2015 ? Quels sont les facteurs déterminants qui permettront d’éviter une répétition dramatique de l’échec de Copenhague en 2009 ? Après une semaine de préambules, la conférence de Lima entre dans sa phase critique. La présidence péruvienne et les négociateurs devront maintenant s’élever à la hauteur des enjeux en profitant des quelques jours qui restent pour laisser en héritage une feuille de route crédible pour aider les populations les plus vulnérables à s’adapter aux changements climatiques. Continue reading

Changements climatiques : le Québec participe à la Conférence des Nations Unies à Lima

Reprise d’un communiqué du MDDELCC

QUÉBEC, le 6 déc. 2014 /CNW Telbec/ – Le ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, M. David Heurtel, participera à la 20e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques qui se tient à Lima, au Pérou, du 1er au 12 décembre 2014. La mission du ministre s’échelonnera du 7 au 10 décembre.  Continue reading

L’AQLPA envoie une délégation à Lima – La conférence de Lima sur le climat est déterminante pour l’accord de Paris en 2015

Saint-Léon-de-Standon, le 8 décembre 2014 – Compte tenu de l’importance des négociations climatiques en cours qui se déroulent sous l’égide de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, malgré une conjoncture économique difficile, envoie une délégation de deux personnes à la 20e Conférence des Parties (CdP ou COP) sur le climat qui a démarré la semaine dernière à Lima au Pérou. Continue reading

Les enjeux des négociations sur le climat – La conférence de Lima déterminante pour le succès de celle de Paris en 2015

Par Alain Brunel, Directeur Climat-Énergie, AQLPA et Marc Lebel, Coordonnateur Climat-Énergie, AQLPA

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D’entrée de jeu, Lima devra servir à créer un élan, un climat politique favorable à l’accord devant être signé à Paris en 2015. Il s’agit de s’entendre sur les principes et l’architecture d’un nouvel accord international. Il s’agit aussi d’élever le niveau d’ambition et de s’assurer que chaque État soit prêt à soumettre sa « contribution » nationale de réduction des émissions au plus tard en mars 2015. La somme de ces réductions d’émissions permettra ou non à la communauté internationale de stopper la progression fulgurante de 45% des émissions mondiales de GES depuis 1990. À cet égard, l’annonce conjointe surprise, à la mi-novembre, de l’intention des deux plus gros émetteurs mondiaux de CO2, les États-Unis et la Chine, de réduire leurs émissions de manière significative avec un objectif à long terme impulse une dynamique favorable à ces négociations. D’autant que cette annonce est survenue après celle de l’Europe qui veut réduire ses émissions de 40% en 2030 par rapport à celles de 1990. Le Canada de son côté a été pris les culottes baissées par l’annonce sino-étasunienne et n’a toujours aucun plan fédéral crédible de réduction des GES. Continue reading

Climat et énergie : le Québec à l’heure de vérité

Par Alain Brunel, directeur climat énergie, Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA)

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Source image : www.monclimatmasante.qc.ca (INSPQ)

Pendant que la planète Apple buzz à ses nouveaux gadgets, la planète Terre a une fièvre qui continue d’augmenter sans médecine pour la résorber. Deux récents rapports de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et de PricewaterhouseCooper (PwC) tirent de nouvelles sonnettes d’alarme sur les enjeux climatiques et énergétiques actuels. L’heure de vérité sonne aussi à Québec. À la veille des grandes manifestations et du sommet de New York sur le climat et du dépôt officiel du projet d’oléoduc Énergie Est à l’Office national de l’énergie, les contradictions s’empilent sur le bureau du premier ministre du Québec entre les actions nécessaires pour atténuer les dérèglements climatiques et les intérêts économiques de la pétro-finance.

Soulignons que l’OMM relève, entre 2012 et 2013, le plus fort taux annuel d’augmentation du dioxyde de carbone (CO2) depuis 1984. L’OMM mentionne que « des données préliminaires laissent supposer que cela pourrait être dû à la réduction des quantités de CO2 absorbées par la biosphère terrestre alors que les émissions de ce gaz continuent de croître. » Le méthane (CH4), deuxième gaz à effet de serre en importance, 86 fois plus réchauffant que le CO2 sur une période de 20 ans, a atteint un nouveau pic en 2013 « en raison de l’accroissement des émissions anthropiques. Après une période de stabilisation, la teneur de l’atmosphère en méthane augmente de nouveau depuis 2007. » Inquiétant. Continue reading

Méthane : la méga bombe climatique est-elle amorcée?

Par Alain Brunel, directeur climat-énergie, Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA)

Ce texte a été publié dans les pages du journal Le Devoir, le 7 août 2014

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Photo : Thinkstock

L’article d’Alexandre Shields dans le Devoir du 1er août sur le constat scientifique d’un dégazage de méthane dans l’océan Arctique donne froid dans le dos car il indique que nous sommes probablement aux portes du scénario climatique du pire que pire. Les tendances actuelles des évolutions des gaz à effet de serre nous placent déjà sur la trajectoire d’une augmentation moyenne de 3 à 5 degrés Celsius d’ici la fin du siècle. Or ces scénarios du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ne tiennent même pas compte des émissions potentielles de la fonte du pergélisol ou du dégazage des hydrates de méthane des fonds marins dont il est difficile d’envisager l’ampleur en l’absence de connaissances fines sur le phénomène. Continue reading

Quelle stratégie de réduction des gaz à effet de serre dans le transport routier au Québec?

Par Alain Brunel, directeur climat-énergie, AQLPA

Le nouveau gouvernement de Philippe Couillard prend au sérieux, apparemment, la question des changements climatiques. Le nouveau nom du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) en est un indice. Le gouvernement Libéral majoritaire dispose d’ailleurs des marges de manœuvre nécessaires pour engager des politiques rigoureuses de réduction des gaz à effet de serre (GES) afin d’atteindre l’objectif de moins 20% d’ici 2020 par rapport au niveau de référence de 1990. Les décisions à l’égard du sort des hydrocarbures en sol québécois détermineront toutefois si le gouvernement est sincère dans sa volonté de réduire les GES à hauteur de l’urgence écologique soulignée par les experts du climat. Rappelons que le dernier rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) annonce qu’il faut viser zéro émission de GES dans la deuxième moitié du siècle si nous voulons limiter la hausse moyenne de température au seuil critique de 2 degrés Celsius. Il faut donc clairement sortir de l’ère du pétrole.

Quoiqu’il en soit à cet égard, cibler le secteur des transports restera incontournable dans toute stratégie de réduction des GES au Québec. Quelque 42,5% des émissions de GES du Québec proviennent du secteur des transports, dont 33% du transport routier, lequel produit à lui seul des émissions équivalentes à celles de tout le secteur industriel. Au 1er janvier 2015, les distributeurs de produits pétroliers seront soumis aux enchères de la bourse du carbone. Cela va renchérir le coût du litre de quelques sous chaque année et inciter à des changements de comportement. Mais le gouvernement peut faire beaucoup plus pour accélérer le mouvement.  Continue reading

AU QUÉBEC : Le ministre Blanchet annonce la création d’un comité consultatif sur les changements climatiques

SOURCE : MDDEFP : http://www.mddep.gouv.qc.ca/Infuseur/communique.asp?no=2713

Montréal, le 15 novembre 2013 – Le ministre du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs, M. Yves-François Blanchet, annonce la création d’un comité consultatif sur les changements climatiques.Composé de représentants de divers secteurs de la société québécoise intéressés par la lutte contre les changements climatiques, ce comité conseillera le ministre sur les mesures à prendre afin d’atteindre l’objectif québécois de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 25 %, sur la base des émissions de 1990 au seuil de 2020.

« Il faut que notre démarche en matière de lutte contre les changements climatiques reflète les attentes et les préoccupations de tous les acteurs concernés. La mise sur pied de ce comité permettra d’avoir un éclairage complémentaire et une expertise précieuse dans la mise en place d’une stratégie gouvernementale d’une ambition sans précédent en matière de lutte contre les changements climatiques », a déclaré le ministre Blanchet. Continue reading