Category Archives: Transports

Innovations du monde à venir

Par Alain Brunel, cofondateur et conseiller climat énergie, Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA)

La réalité bornée d’un Canada-Québec gavé au pétrole vous donne des haut-le-cœur? Moi aussi. Pour nous soigner, écoutons quelques rêves éveillés du monde à venir. Il y a des jours où l’avancée des innovations en marche donne à sourire même quand Québec ouvre grand la porte de son sous-sol ou qu’Ottawa ouvre grandes les vannes des tuyaux aux extracteurs d’or noir ou même quand le futur président des États-Unis nomme un climato-sceptique à la tête de l’EPA et le patron d’Exxon à la tête de sa diplomatie. Ce fut mon cas à la lecture du journal économique français les Échos du 7 décembre. Le journal y relate les projets novateurs et prometteurs de quatre entreprises, jeunes pousses et moins jeunes.

De la lumière sans électricité

Glowee, une startup de 15 salariés, utilise les propriétés luminescentes de certains organismes vivants pour produire de la lumière sans électricité. Elle est l’une des douze lauréates d’un appel à projets national sur le thème de l’écoconception. Avec l’appui de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, du ministère de l’Environnement français et d’une subvention de 190 000 euros, Glowee va pouvoir accélérer un « projet d’éclairage par bioluminescence de façades de bâtiments tertiaires. »

Vue d’artiste d’un éclairage urbain par bioluminescence. La dominante des bleu-vert et l’absence de pollution lumineuse permettraient de voir les étoiles en ville. (Source : Glowee).

Vue d’artiste d’un éclairage urbain par bioluminescence. La dominante des bleu-vert et l’absence de pollution lumineuse permettraient de voir les étoiles en ville. (Source : Glowee).

La fenêtre solaire s’ouvre en 2017

Vinci, un des géants français du bâtiment et des travaux publics et Sunpartner Technologies, une jeune pousse de 65 personnes d’Aix-en-Provence, créent une coentreprise, baptisée Horizon, qui produira dès 2017 des fenêtres génératrices d’énergie grâce à l’application d’un film photovoltaïque transparent de 2mm. Le coût, encore élevé pour les particuliers, incite les promoteurs à viser d’abord le marché des bureaux et bâtiments tertiaires, notamment pour diminuer les couts de climatisation des tours à bureaux. Une moitié de la fenêtre fournissant l’énergie pour opacifier l’autre moitié.

Une essence sans pétrole ?

Autre projet intéressant : Global Bioenergie a trouvé le moyen de produire de l’isobutène à l’aide du glucose. Cette molécule entre dans la composition des caoutchoucs, des plastiques, des lubrifiants et même de l’essence et du kérosène. Et l’essence fabriquée avec de la bio-isobutène est de la « vraie essence » qui peut être ajoutée sans limite dans les réservoirs, contrairement à l’éthanol. Le produit intéresse de nombreux industriels des différents secteurs utilisant cette brique de la chimie organique, dont… L’Oréal…

Un démonstrateur industriel sera bientôt mis en opération et produira 100 tonnes par an de bio-isobutène. Si le test réussit, la prochaine étape sera le lancement d’une vraie usine produisant 50 000 tonnes annuellement. Bémol économique cependant : la rentabilité du projet dépend de la remontée du cours du pétrole et de la baisse de celui du sucre. Autre problème : la matière première du bio-éthanol, le sucre, entre en compétition avec des productions alimentaires. Mais l’utilisation de déchets forestiers et agricoles reste une alternative possible, d’ailleurs développée avec un partenaire suédois. Et les recherches en cours faites par ailleurs sur les biocarburants de 3ème génération pourraient aussi réserver de bonnes surprises.

Renault élargit sa gamme de véhicules électriques et s’immisce dans la gestion de l’énergie

Est-ce un effet de la nouvelle stratégie de Volkswagen qui veut devenir en 2025 le premier constructeur de véhicules électriques d’Europe? Ou celui de l’augmentation de l’autonomie des batteries sur la nouvelle version de la Zoé ? Renault a décidé d’élargir sa gamme de véhicules électriques au-delà des quatre modèles actuels. Le lancement de véhicules utilitaires, un Kangoo et un Master, respectivement des modèles de fourgonnette de petite et grande taille est en préparation. Les futures générations de la Leaf de Nissan et de la Zoé devraient utiliser la même batterie et profiteront d’une plateforme dédiée à l’électrique. Et la citadine Twingo a été conçue pour être électrifiée lors de son renouvellement prévu vers 2020.

Enfin, Renault, qui demeure propriétaire des batteries de ses véhicules, – elles sont louées à l’acheteur – développe une activité de fournisseur d’énergie avec les batteries qui sont retirées des voitures lorsqu’elles passent sous la barre de 75% de capacité. Avant de les recycler, Renault leur donne une seconde vie en tant que moyen de stockage d’énergie, par exemple pour gérer des pointes de consommation ou stocker de l’énergie éolienne. Les applications sont nombreuses. Des activités nouvelles pour un constructeur automobile, situées au carrefour de la numérisation et de la gestion de l’énergie électrique.

Pollution de l’air : de bonnes et moins bonnes nouvelles

Par Alain Brunel, directeur climat énergie, Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) – Texte mis à jour le 3 septembre 2015 – initialement publié le 3 juin

Ne boudons pas notre plaisir, les bonnes nouvelles sont plutôt rares en écologie ces temps-ci : la qualité de l’air s’est vraiment améliorée depuis 30-40 ans! Les concentrations des principaux contaminants de l’air ont fortement baissé au Québec de 1975 à 2008. Petit bémol cependant: les données commencent à dater. Le dernier inventaire des émissions atmosphériques issu du ministère du Développement durable, de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) remonte à 2008. Sept ans…  Il y a comme un trou noir qui risque de grossir avec les coupures budgétaires constantes infligées par les gouvernements successifs à ce petit ministère aux grosses missions. En plus les normes québécoises sont moins sévères que les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de 2005. Continue reading

Climats de Lima

Par Alain Brunel, directeur climat-énergie AQLPA

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L’espace central du site de la COP 20, en arrière-plan le quartier général de l’armée péruvienne. 

À Lima, capitale du Pérou, la dynamique politique de négociation sur les changements climatiques sous les auspices du secrétariat de la convention cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) n’a jamais été aussi bonne depuis des lustres, semble-t-il. Il est vrai que le récent accord sino-étasunien a ouvert le jeu ; le fonds vert est capitalisé à hauteur de $10 milliards US et des projets seront financés dès 2015. Mais rien n’est acquis pour la signature d’un accord international à Paris 2015, plusieurs obstacles majeurs subsistent et les négociations progressent à pas de tortue. Nous y reviendrons. Mais voyons dans quelle ambiance les délégations ministérielles ont travaillé dans la capitale péruvienne. Continue reading

Quelle stratégie de réduction des gaz à effet de serre dans le transport routier au Québec?

Par Alain Brunel, directeur climat-énergie, AQLPA

Le nouveau gouvernement de Philippe Couillard prend au sérieux, apparemment, la question des changements climatiques. Le nouveau nom du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) en est un indice. Le gouvernement Libéral majoritaire dispose d’ailleurs des marges de manœuvre nécessaires pour engager des politiques rigoureuses de réduction des gaz à effet de serre (GES) afin d’atteindre l’objectif de moins 20% d’ici 2020 par rapport au niveau de référence de 1990. Les décisions à l’égard du sort des hydrocarbures en sol québécois détermineront toutefois si le gouvernement est sincère dans sa volonté de réduire les GES à hauteur de l’urgence écologique soulignée par les experts du climat. Rappelons que le dernier rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) annonce qu’il faut viser zéro émission de GES dans la deuxième moitié du siècle si nous voulons limiter la hausse moyenne de température au seuil critique de 2 degrés Celsius. Il faut donc clairement sortir de l’ère du pétrole.

Quoiqu’il en soit à cet égard, cibler le secteur des transports restera incontournable dans toute stratégie de réduction des GES au Québec. Quelque 42,5% des émissions de GES du Québec proviennent du secteur des transports, dont 33% du transport routier, lequel produit à lui seul des émissions équivalentes à celles de tout le secteur industriel. Au 1er janvier 2015, les distributeurs de produits pétroliers seront soumis aux enchères de la bourse du carbone. Cela va renchérir le coût du litre de quelques sous chaque année et inciter à des changements de comportement. Mais le gouvernement peut faire beaucoup plus pour accélérer le mouvement.  Continue reading

Crise climatique : Transportons-nous au 21e siècle

Par Marc Lebel, membre de la délégation AQLPA à Varsovie

« L’infrastructure, la technologie et la gestion du transport représentent des options importantes d’atténuation des changements climatiques »
–  Rajendra Pachauri, président du GIEC et lauréat d’un Prix Nobel

La crise climatique est due à de nombreux facteurs. Parmi ceux-ci, il y a des secteurs sur lesquels nous pouvons agir rapidement afin d’atténuer les répercussions du réchauffement planétaire et espérer rester en-dessous d’un réchauffement de 2 degrés Celsius. Le transport fait partie de ces leviers.

La bonne nouvelle, c’est que l’inaction d’États nuisibles comme le Canada dans les négociations internationales peut être compensée par le pragmatisme d’entités fédérées comme le Québec et aussi par les villes. Nous avons eu la chance de rencontrer le ministre Yves-François Blanchet et la délégation québécoise cette semaine. M. Blanchet a soutenu que le Québec peut et doit contribuer à décentraliser la lutte aux changements climatiques.

En plus de participer à des événements parallèles sur le marché du carbone Québec-Californie, le ministre de l’Environnement nous a dressé un portrait de la contribution de la politique sur l’électrification des transports sur l’effort global de réduction des GES au Québec. Répondant à nos questions insistantes sur la part significative du transport (43%) dans notre bilan de GES, M. Blanchet a indiqué que l’électrification des transports (potentiel de réduction de nos GES de 1,5% d’ici 2020) doit être accompagnée d’autres mesures concrètes, dont une Politique sur la mobilité durable qui verra bientôt le jour.

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