Recherche fondamentale sur le climat : un travail colossal reste à faire, selon la co-présidente du GIEC

Par Philippe Bélisle,  délégation de l’Association québécoise de lutte contre la pollution  atmosphérique (AQLPA) à la COP22

Avec l’Accord de Paris, maintenant que tout le monde reconnaît la réalité des changements climatiques, certains croient que la recherche fondamentale n’est plus nécessaire. Au contraire, elle doit s’accélérer, soutient Valérie Masson-Delmotte, la coprésidente du groupe 1 du GIEC sur la physique du climat.

Marrakech, le 8 novembre 2016 – Au moment où la planète vient de franchir le cap des 400 parties par millions (ppm) de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, la recherche fondamentale sur le climat doit demeurer une priorité pour la communauté internationale, a affirmé la coprésidente du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec), Valérie Masson-Delmotte, au premier jour de la 22ème conférence des parties sur les négociations climatiques (COP22).

Dans un entretien avec l’AQLPA, la paléoclimatologue française a rappelé que les budgets en recherche fondamentale sont globalement à la baisse alors que l’Accord de Paris fait explicitement référence à l’importance du renforcement des connaissances scientifiques pour mesurer et faire le suivi des émissions de GES et du CO2 stocké dans les océans, les forêts et les sols. Ces données sont indispensables à l’élaboration d’un inventaire planétaire prévu tous les cinq ans à partir de 2018 et qui éclaireront les gouvernements quant aux stratégies d’adaptation aux changements climatiques. Ces mécanismes de mesure et de vérification devront être adoptés par tous les pays.

C’est le principe de transparence, un des éléments clés de l’Accord, entériné par les signataires. Mais tous ces systèmes sont à construire et le travail de recherche demeure colossal selon la co-présidente du GIEC : « Il y a un grand besoin de connaissances scientifiques pour guider les politiques publiques dans les domaines de l’adaptation et de l’atténuation, et en même temps un besoin de recherche sur le plus long terme (…) Des nouveaux outils, des nouveaux processus qui n’existent pas encore aujourd’hui, et qui constituent un enjeu majeur pour nos sociétés (…) C’est la même chose avec le cycle du carbone. L’Accord de Paris prévoit la mise en place de systèmes de mesure et de vérification, qui n’existent pas non plus aujourd’hui. La communauté scientifique a également besoin de comprendre le cycle du carbone planétaire et la manière dont on le perturbe. Et puis il y a la question de l’habitabilité (de la planète), avec les événements extrêmes et les tendances à long terme.

L’exemple du protocole de Montréal

Pour Mme Masson-Delmotte, il est illogique de penser que le travail est fait parce que la communauté internationale a signé et ratifié l’Accord de Paris. Une façon de voir qu’elle avait observée dès le milieu des années 80, « en particulier chez des collègues chimistes de l’atmosphère, à la suite de l’adoption du Protocole de Montréal (1987), où, du jour au lendemain, les crédits pour la recherche sur la compréhension de la destruction de la couche d’ozone avaient  été arrêtés. Ils ont eu le plus grand mal à maintenir le réseau d’observation pour suivre l’évolution de l’ozone stratosphérique. Je le vois aussi dans le grand public, car je fais beaucoup de conférences et on me dit : « bon, le problème du climat, c’est réglé puisqu’il y  a l’Accord de Paris. »

La mise en garde de la coprésidente du GIEC intervient après que le gouvernement australien eut décidé, au printemps dernier, d’abolir 110 des 140 postes de climatologues du Commonwealth Scientific and Industrial Research Organization (CSIRO), estimant que la recherche fondamentale sur le climat n’est plus nécessaire. Or, le CSIRO joue un rôle crucial dans le système planétaire de surveillance de l’atmosphère et de l’océan, grâce à son réseau de stations et sa flotte de navires de recherche océanique.

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Valérie Masson-Delmotte, co-présidente du GIEC, sur le site de la COP22 à Marrakech.

Il y a quelques mois, Mme Masson-Delmotte a sévèrement critiqué cette décision qui  avait amené, selon elle « une restructuration massive vers des recherches très appliquées, et qui risque de déstabiliser la coordination internationale nécessaire à l’observation et à la modélisation du changement climatique. » Une opinion également exprimée par les trois mille chercheurs et le directeur du Programme mondial d’étude du climat dans une lettre au CSIRO.

Certains dirigeants risquent donc maintenant de considérer la recherche fondamentale comme « non payante » et la détourner vers des applications essentiellement vouées aux entreprises et aux technologies d’adaptation. Mais pour pouvoir nous adapter, il nous faut des modèles climatiques plus précis qui nous indiquent à quoi, où et quand nous devrons nous adapter, ce qui est justement le rôle de la recherche fondamentale.

Il est ironique de se rappeler que dans les années soixante,  une jeune équipe de glaciologues avait eu l’idée de tenter d’extraire le gaz carbonique contenu dans des carottes glaciaires prélevées dans l’Antarctique. Le Français Claude Lorius avait observé les petites bulles qui s’échappaient d’un morceau de glace datant de milliers d’années lorsqu’il le plongeait dans un verre de whisky.  Il a fallu attendre les années 80 pour percer le mystère. En 1987, trois articles publiés conjointement dans la revue Nature par des glaciologues français et soviétiques allaient changer la donne : l’analyse de la carotte de glace de la base antarctique de Vostok révélait que la teneur en gaz carbonique de l’atmosphère et sa température avaient évolué en parallèle depuis 160 000 ans.

Le reste appartient à l’histoire de la recherche. Dans les années qui suivirent, les scientifiques confirmèrent la corrélation entre le dioxyde de carbone et la température de la planète depuis presqu’un million d’années, ainsi que le lien avec la proportion de méthane dans l’atmosphère.

Un an après la publication de ces articles, l’ONU créait le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Ces découvertes interpellaient désormais non seulement les scientifiques mais aussi les gouvernements.

Les zones d’ombre de la recherche climatique

En ce premier jour de la COP22, Mme Masson-Delmotte animait une table-ronde regroupant plusieurs experts éminents et faisant état des priorités de la recherche climatique pour les prochaines années. Chacun dans son domaine, les panélistes ont insisté sur les zones d’ombre qui demeurent.

Par exemple, si les scientifiques connaissent assez bien les effets des changements climatiques sur les forêts tropicales humides, leurs impacts sur les forêts tropicales sèches sont pratiquement inconnus. Un des panélistes, Arturo Sanchez-Azofeifa, professeur au département des sciences de la terre et de l’atmosphère de l’Université de l’Alberta, a développé des outils inédits pour étudier les « trajectoires du carbone » dans la forêt tropicale sèche au Costa-Rica.

Avec son équipe, Sanchez-Azofeifa a créé des senseurs capables d’effectuer un éventail de mesures comme la vitesse du vent, l’épaisseur du couvert végétal ou l’échange de carbone entre la forêt sèche et l’atmosphère. Des centaines de senseurs ont été installés dans le parc national Santa Rosa, dans le nord du pays, dont les mesures sont relayées en temps réel  via satellite à son bureau d’Edmonton.

C’est le seul laboratoire dans le monde voué aux changements climatiques dans ce type d’environnement. Les senseurs ont recueilli des données lors du dernier épisode d’El Nino, que l’on tient responsable de deux années de sécheresse dans la région en 2014-1016. Disposant maintenant de données avant et après El Nino, Sanchez-Azofeifa espère qu’elles pourront permettre de mieux comprendre les signes avant-coureurs de la sécheresse, la façon dont la forêt tropicale sèche réagit aux changements du climat et d’aider le gouvernement du Costa-Rica à mieux se préparer et à s’adapter.

Voilà un exemple concret de ces nouvelles connaissances dont parle la coprésidente du GIEC et qui seront déterminantes pour assurer le succès de l’Accord de Paris.

Mais Mme Masson-Delmotte va plus loin.

Un « Plan Marshall »

Lors de son entretien avec l’AQLPA, la co-présidente du GIEC a évoqué le besoin d’injecter une dose d’adrénaline dans certains secteurs de la recherche climatique. Ses priorités : le pergélisol (permafrost), les nuages et les océans.

Vous êtes au Canada, vous voyez bien que le Grand Nord, on a besoin de mieux l’observer, en particulier le permafrost et son évolution. C’est quelque chose qui a une importance planétaire, et pour laquelle on a besoin d’un plan Marshall, pour comprendre ce qui se passe quand ça dégèle, les émanations de méthane… La rétroaction du cycle du carbone a d’ailleurs été soulignée dans le cinquième rapport du GIEC comme une incertitude majeure, et on n’a pas encore une vision d’ensemble (…) Il y a aussi la question des nuages et la façon dont ils réagissent dans un climat qui change.  Les modèles qu’on a aujourd’hui, on sait qu’ils ont une représentation très simplifiée. Donc il y a vraiment là quelque chose d’essentiel que nous devons comprendre. 

Et puis il y a les océans. On commence à peine à comprendre la dynamique des courants profonds. Par ailleurs, quels sont les enjeux de la recherche fondamentale sur le niveau des mers? C’est de mieux comprendre les mouvements des calottes polaires, le réchauffement de l’air et des eaux, le lien avec le changement des courants marins et des vents autour de l’Antarctique. C’est vraiment un sujet de recherche majeur, et ça cible la glaciologie (…) C’est un bel objet, complexe, pour lequel on a encore énormément d’incertitudes.

Une interdisciplinarité obligée

Par la multiplication de leurs impacts sur la nature et tous les aspects de la vie humaine, les changements climatiques interpellent un éventail de plus en plus large de scientifiques de tous les horizons. Cette interdisciplinarité de la recherche est donc cruciale mais difficile, selon Mme Masson-Delmotte, parce que le chercheur d’aujourd’hui est devenu un « super-technicien » qui maîtrise des connaissances très sophistiquées dans un domaine extrêmement restreint.  Et cela prend des années pour y arriver, pour avoir un certain recul sur sa propre discipline. En plus, les termes ne sont pas les mêmes d’une discipline à l’autre (…) Je pense que le GIEC et les sciences du climat ont fait beaucoup pour permettre à différentes disciplines de travailler ensemble, et en particulier le groupe 2 du GIEC … On parle d’écosystèmes, de sociétés humaines, d’agriculture, de gestion du risque, et le fait de faire travailler les auteurs ensemble, c’est quelque chose de formidable(…) Moi-aussi, je suis passée par là… J’ai travaillé avec des archéologues, avec des psychologues de l’environnement. Mais tout le monde n’est pas ouvert à ça. C’est pourtant la clé pour que les sciences du climat soient vraiment utiles à nos sociétés.

Ambition, transparence, cohérence – Les enjeux de la COP22 à Marrakech

Par Alain Brunel,  conseiller climat énergie, délégation AQLPA

Marrakech, Maroc, le 7 novembre 2016 –

Au sortir d’une période particulièrement difficile, l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) a tenu à envoyer pour une neuvième année consécutive une délégation à la 22e Conférence des parties (CdP ou en anglais COP 22) de Marrakech du 7 au 18 novembre. Philippe Bélisle, ancien journaliste de Radio-Canada, sans lien de parenté avec le président de l’AQLPA et moi-même, qui étions à la COP21 à Paris l’an dernier, sommes à Marrakech pour suivre les événements des deux prochaines semaines.

L’importance des enjeux des négociations climatiques n’est plus à démontrer. Et l’année écoulée a été fertile de bonnes nouvelles pour le régime des négociations climatiques internationales.  Contre toute attente, l’accord de Paris est entré en vigueur le 4 novembre dernier, en un temps record, moins d’un an après son adoption lors de la 21ème Conférence des Parties. Plus de 100 pays ont déjà ratifié l’accord. Il entrera donc en vigueur en 2020.

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La porte de la salle plénière Marrakesh sur le site de la COP22 à Marrakech

À Kigali, il y a un mois, les 196 Parties au Protocole de Montréal sur la protection de la couche d’ozone ont adopté un amendement prévoyant la réduction puis l’élimination des hydrofluorocarbures (HFC) d’ici 2047. Ce gaz, utilisé notamment dans les climatiseurs, a un potentiel de réchauffement planétaire 11 400 fois plus élevé que celui du dioxyde de carbone (CO2). Selon les experts, ce simple amendement au protocole de Montréal permettra d’éviter 0,5°Celsius de réchauffement global, mais bien après 2030.

Enfin, les 191 États membres de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), dont le siège est à Montréal, ont convenu début octobre de geler les émissions de gaz à effet de serre du transport aérien à partir de 2020 et de diminuer leurs émissions de 50% d’ici 2050 par rapport à celles de 2005, notamment par la mise en place d’un marché carbone couvrant tout le secteur. Le transport aérien est un secteur d’activités en forte croissance qui n’est pas couvert par l’accord de Paris. Il cumule aujourd’hui 2% du total des émissions mondiales de CO2, soit autant que le Canada.

La rencontre de Marrakech se déroulera sous le mot d’ordre de l’action.  Il reste en effet beaucoup de pain sur la planche pour infléchir la trajectoire des émissions qui continuent toujours à augmenter, bien que le rythme de croissance ralentit : en 2014, les émissions mondiales ont atteint 54,2 milliards de tonnes de CO2 équivalent (GtCO2 eq) selon l’Onu. Voici donc les principaux enjeux à surveiller pendant la Conférence de Marrakech.

Rehausser les ambitions

Les mesures d’atténuation annoncées par les États sont  à ce jour nettement insuffisantes pour ne serait-ce que respecter l’objectif stipulé dans l’accord de Paris de limiter la hausse de la température moyenne mondiale « bien en deçà de 2°C », sans même parler de la limiter à 1,5 °C. Selon les estimations d’un rapport tout chaud du Programme des nations unies pour l’environnement (PNUE),  The Emissions Gap Report 2016, si les États se limitent aux mesures annoncées jusqu’ici, le réchauffement pourrait atteindre jusqu’à 3,4°C d’ici 2100. Et les mesures actuellement sur la table ne couvrent que le tiers du chemin pour limiter la hausse mondiale à moins de deux degrés.  Il est donc crucial de rehausser les ambitions avant 2020 et aussi avant 2030 afin de bénéficier des nombreux avantages d’une action anticipée, dont le simple fait de se donner une chance de limiter la hausse sous les deux degrés.  Un dialogue de facilitation est prévu en 2018 pour faire le point sur l’intensification des efforts avant l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris en 2020.  Beaucoup de travail technique reste à faire afin d’élaborer cette feuille de route et la délégation du Canada s’inquiète du fait que peu de séances techniques sont prévues à cet effet à Marrakech.

Objectifs de long terme

Des stratégies de long terme, c’est-à-dire pour 2050, doivent également être discutées à Marrakech.  Le contenu est vague pour l’instant, mais l’alignement sur les données de la science des derniers rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ne laisse guère de doute sur la destination et le chemin pour y arriver. Il passera par l’élimination totale des émissions, voire par des émissions dites négatives (retirer du carbone de l’atmosphère). L’accord de Paris était resté délibérément vague sur le sujet. Le Canada se joindra au Mexique et aux États-Unis pour faire une annonce sur ce point le 16 novembre.

La transparence : mesure, transmission, vérification

L’approche dite bottom up de l’accord, selon laquelle les pays doivent volontairement présenter leur plan national de réduction des émissions, impose de suivre une méthodologie rigoureuse pour mesurer de façon comparable les émissions de chaque pays et leur évolution dans le temps, afin également de pouvoir faire les nécessaires comparaisons internationales. De la transparence est requise. Deux enjeux subsidiaires : s’entendre sur des mécanismes de vérification externes et renforcer les capacités des pays en développement à piloter ce travail technique. Une journée complète sera consacrée le 8 novembre à cet important  enjeu.  Rendez-vous plus tard cette semaine.

Finance climatique

L’argent est toujours le nerf de la guerre. Une feuille de route pour trouver les moyens d’augmenter le financement climatique à 100 milliards $ US d’ici 2020, tel que stipulé dans l’AdP, doit également être établie à Marrakech. À quelque 67 milliards de financement public bilatéral et multilatéral comptabilisé aujourd’hui, on est encore loin du compte. D’autant que la tentation existe pour les pays contributeurs de recycler des fonds d’aide au développement en financement climatique.  Se pose également la question de la définition et des frontières de ce qui sera financé ou pas.

Quelle place pour l’adaptation?

De même, les pays en développement qui subissent déjà lourdement les impacts des changements climatiques souhaitent que le financement soit consacré de façon équitable entre adaptation et atténuation.  L’enjeu des pertes et préjudices reste également lancinant. Ici l’Accord de Paris exclut explicitement des financements provenant des pays riches pour compenser les pertes et préjudices déjà cumulés par les pays et populations vulnérables.  Mais des financements innovants, type taxe sur le transport aérien, pourraient y contribuer.

Quelle cohérence pour le Canada?

Comme à chaque COP, la délégation de l’AQLPA rendra compte des positions du Canada dans les négociations et, le cas échéant, celles du Québec dans ses participations à différents événements. Le Canada a franchement amélioré son image internationale depuis l’élection du gouvernement Trudeau. La ministre de l’Environnement et des changements climatiques, Catherine McKenna, a joué un rôle important l’an dernier dans le résultat des négociations de Paris. Mais le Canada de Justin Trudeau est aux prises avec une contradiction difficilement surmontable qu’il évite d’aborder publiquement: se faire le promoteur actif de l’augmentation de la production et de l’exportation des énergies fossiles canadiennes, tout en promettant de se conformer aux objectifs de l’Accord de Paris et de réduire les émissions de gaz à effet de serre de façon radicale.

L’AQLPA et la quarantaine de membres d’autres organisations non gouvernementales canadiennes présentes à Marrakech, se feront un devoir de le lui rappeler.

À Paris, un mondial de l’auto électrisé

Par Alain Brunel, conseiller climat énergie AQLPA

Quelque chose est-il en train de bouger chez les constructeurs automobiles?  Le mondial de l’auto qui s’est tenu à Paris du 1er au 16 octobre 2016 pourrait le laisser croire. Les SUV et autres 4×4 ont encore la cote pour l’instant. Mais difficile de ne pas voir qu’avec l’Accord de Paris sur le climat et les contraintes réglementaires sur les émissions polluantes, les grosses cylindrées deviennent anachroniques.  La course aux véhicules propres; hybrides, électriques, hydrogène, multifuel etc. est lancée, et quasiment tous les constructeurs s’y mettent. Hyundai décline ainsi avec la nouvelle Ioniq trois versions, hybride, hybride rechargeable et électrique du même véhicule. Une première mondiale en simultané.

Prise en flagrant délit de tricherie et confrontée de plein fouet aux limites de la quête de puissance sans polluer en brûlant du gasoil, même Volkswagen, longtemps dopée  au moteur diesel, annonce sa conversion écologique : la sortie de pas moins de 30 modèles hybrides et électriques est prévue autour de 2020.  Continue reading

Jour de la Terre 2016 : Récolte de bonnes nouvelles avec quelques bémols

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Réseau électrique métropolitain
Le jour de la Terre 2016 a été fertile en bonnes nouvelles. Enfin un lien ferroviaire électrique rapide entre l’aéroport et le centre-ville de Montréal !  On ne peut évidemment que se réjouir de la vision et de l’ambition du vaste projet de Réseau électrique métropolitain (REM) annoncé lors du jour de la Terre par la Caisse de dépôt et placement du Québec.  C’est un projet majeur et structurant pour toute la région de Montréal.  Il augmentera la fréquentation des transports collectifs et diminuera les émissions de polluants de l’air. Ne boudons pas notre plaisir.

Mais il y a des bémols : certaines stations du centre-ville ne viendront pas avec cette première phase; on ne connait rien de la tarification et la Caisse investit pour avoir des rendements. Est-on en train d’avaliser un système de transport collectif à 2 vitesses, à multi-opérateurs et multi-tarifs ? On peut aussi se demander pourquoi la solution proposée, qui a l’air si simple finalement, vient de la Caisse et non du ministère des Transports? Continue reading

L’importance de la mobilisation citoyenne pour faire contrepoids à la légèreté politique

Par André Bélisle, porte-parole de l’AQLPA

Nous voici au lendemain du Sommet de Paris 20015 sur le climat, COP 21, le vingt et unième sommet international visant une action planétaire pour faire face au réchauffement climatique qui bouleverse le climat partout sur la planète.

Quand on parle de bouleversements climatiques, on peut d’abord considérer les canicules, les sécheresses, les inondations, les tempêtes de toutes saisons, les écarts de température brusques et inhabituels. On peut fort bien constater aussi un réchauffement de la température la nuit, moment où normalement la chaleur du jour devrait se dissiper dans l’espace, mais qui au contraire reste emprisonné en basse altitude sous la couche de gaz enveloppant maintenant la planète.

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Regard sur l’Accord de Paris sur le climat

Par Alain Brunel, directeur climat énergie AQLPA

Un Accord juridiquement contraignant

La présidence française a contourné l’obstacle de la contrainte juridique de l’Accord en recourant à une habile distinction. Le document mis en ligne par le secrétariat de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) le samedi 12 décembre 2015, comporte deux parties. La première partie est un relevé de décisions de la Conférence des Parties (la COP21 de Paris) à la Convention. Ces décisions engagent les Parties à la Conférence des Parties mais ne nécessitent pas de ratification des gouvernements pour entrer en vigueur. Cette partie décisionnaire comporte néanmoins plusieurs précisions importantes pour opérationnaliser l’Accord sur lesquelles nous reviendrons.

La seconde partie, présentée comme une annexe, constitue l’Accord au sens strict. C’est lui que les États devront ratifier pour faire en sorte que l’Accord entre en vigueur. Elle est présentée comme une annexe car il s’agit d’une annexe à la CCNUCC qui, à partir du moment où elle entre en vigueur, fait intégralement partie de la Convention.

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Choc de titans à la COP21 pour un accord ambitieux

Par Alain Brunel, directeur climat énergie AQLPA, Paris le 11 décembre 2015

La sortie d’une nouvelle version de l’accord de Paris hier soir à 21h25 a donné lieu à une nuit de très dures négociations. Il est d’avis largement partagé que cette dernière version d’accord présentait pourtant un bon équilibre entre les différents enjeux que sont les objectifs à long terme, l’atténuation, l’adaptation, la finance, les pertes et préjudices, les moyens de vérification et les institutions à mettre en place pour engager le monde dans la nouvelle direction requise par la science. Certains aspects du brouillon, notamment ceux portant sur son degré d’ambition (s’efforcer de limiter la hausse à 1,5°C, décarbonation, révision avant 2020 des contributions, prix carbone) ont pourtant donné lieu à des critiques en règle de certains pays comme l’Arabie Saoudite, le Venezuela ou la Russie qui veulent préserver leur économie basée sur les énergies fossiles ou comme l’Inde qui veut pouvoir continuer à utiliser son charbon pour son développement.

Face au bloc de ceux qui agissent pour un accord a minima ici à Paris, une Coalition des ambitions élevées s’est forgée au cours des derniers mois et dont l’existence a été révélée cette semaine. René Audet en parlait dans un précédent billet. Or, on apprenait aujourd’hui qu’après le Canada cette semaine (!), c’est le Brésil qui a rejoint la Coalition, avec le Chili, l’Islande, les Seychelles et les Philippines. Au cours d’une conférence de presse très courue, le président de cette Coalition, Tony deBrum, des îles Marshall, flanquée de plusieurs ministres dont de l’Allemagne, de la Norvège et de la représentante de l’Union européenne, a souligné que cette Coalition se battrait toute une nouvelle nuit s’il le fallait pour préserver le plus haut niveau d’ambition possible à ce projet d’accord. Cette coalition de plus de 100 pays, donc représentant plus de la moitié des pays de l’Organisation des nations unies, a ceci d’étonnant qu’elle regroupe des pays développés et en voie de développement. Elle se positionne au-delà des clivages habituels qui se manifestent au sein des Nations unies. Cette coalition sera peut-être circonstancielle et limitée à la COP21 de Paris. Ou probablement pas. Mais elle semble bien avoir réussi à faire bouger les lignes de camps depuis longtemps engoncés dans leurs tranchées idéologiques et leurs postures de négociation. Affaire à suivre…

De Rio à Paris : une chronologie des négociations climatiques

René Audet de l’ Institut des sciences de l’environnement, membre de la délégation AQLPA à la COP21

Paris le 11 décembre 2015

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Ce vendredi, suite à une nuit de travail des délégations, les négociations se déroulent derrières des portes closes, en rencontres bilatérales ou en petits groupes de décideurs stratégiquement sélectionnés. Le Président de la COP Laurent Fabius a annoncé tôt ce matin qu’une nouvelle version du texte de l’accord serait présentée demain, samedi. C’est donc dire que les délégués non gouvernementaux (comme moi) et les journalistes sont contraints d’errer dans le centre de conférence…

Profitons-en pour faire œuvre utile! Mon projet d’aujourd’hui est de remettre l’éventuel Accord de Paris dans le contexte des négociations climatiques lancées en 1992 avec l’adoption par le Sommet de la Terre de RIO de la Convention-cadre des nations unies sur le changement climatique (CCNUCC). Il existe entre cette convention, le Protocole de Kyoto et la COP21 une continuité qu’il n’est pas si facile de saisir. Ce billet – avec le schéma qui l’accompagne – permettra de mieux comprendre l’enchainement des évènements ayant mené au projet actuel d’accord.

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Vers un arrimage du REDD+ aux forêts du Québec?

Par Simon Côté, Coordonnateur d’Arbre Évolution et membre de la délégation de l’AQLPA à la COP21, Paris le 11 décembre 2015

Depuis le début de la conférence de Paris, mon travail de couverture du protocole de l’ONU sur la Réduction des Émissions liées à la Déforestation et la Dégradation des forêts (REDD+) m’a fait réalisé que de multiples enjeux polarisaient un débat virulent entre les promoteurs politiques de la séquestration forestière du carbone et les milieux les plus actifs de la société civile. Ces frictions ont sans aucun doute comme point central le caractère vertical et autoritaire de l’implantation des projets REDD+ dans plusieurs pays du sud. Cependant, les responsables onusiens semblent réellement préoccupés par cet enjeu et tentent de rallier les parties grâce notamment à l’instauration de mesures de surveillance impliquant activement les ONG nationales et internationales dans un système crédible de vérification des projets REDD+.

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Mécanisme de développement propre (MDP) En quête d’un nouveau modèle

Par Philippe Bélisle, consultant en communication, membre de la délégation AQLPA à la COP 21 – Paris le 10 décembre 2015

Le Mécanisme de développement propre (MDP) devait être l’outil majeur de la « finance verte » du Protocole de Kyoto. 10 ans après son lancement, le système de transfert technologique et de crédit carbone est sur le respirateur artificiel, miné par l’effondrement du prix du carbone, la corruption et le laxisme de l’ONU.

Lorsque le Protocole de Kyoto a instauré des dispositifs de marché comme le Mécanisme de développement propre (MDP), l’idée était qu’il en coûterait moins cher de réduire les émissions dans les pays en développement que dans les pays industrialisés. Le MDP visait à donc à accélérer la mise en œuvre de technologies vertes dans les pays du Sud grâce à des investissements des pays du Nord.

Aujourd’hui, les règles sont toujours les mêmes : une entreprise ou un gouvernement d’un pays développé investit dans un projet de réduction de GES dans un pays en développement. En échange des réductions obtenues, l’investisseur a droit à des crédits appelés Unités de réduction d’émissions certifiées (UREC). Chaque UREC équivaut à une tonne de dioxyde de carbone (CO2). L’entreprise peut alors vendre ces UREC sur le marché du carbone ou les déduire de ses propres obligations internationales de réduction de GES. Elle se trouve à avoir « délocalisé » ses réductions de GES à moindre coût.

Depuis 10 ans, près de 8000 projets ont généré des investissements de plus de 150 milliards de dollars canadiens. Les entreprises ont récolté 1,6 milliard de crédits (UREC), soit  1,6 milliard de tonnes de CO2 évitées. Cela peut paraître important, mais c’est peu lorsqu’on considère que la Chine émet à elle seule  10 milliards de tonnes de CO2 par année.

Depuis la crise financière de 2008, le système s’est presque totalement effondré, le prix du carbone étant passé de plus de $ 30 CAD la tonne à moins de $ 1 CAD cette année sur les marchés où le MDP peut opérer.

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